Mon ami Leonard

James Frey · Chapitre 43 sur 97

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Mon ami Leonard

Chapitre 44

 

Leonard m’appelle me dit qu’il vient me voir, il dit qu’il est en tournée avec un groupe de rock, qu’ils font un concert à Chicago. Je lui demande quel groupe il me répond je ris lui demande qu’est-ce que tu fous en tournée avec un groupe de rock il me dit que le chanteur est un ami et qu’il a envie de passer un été qui change de l’ordinaire. Je lui demande s’il veut me voir à son hôtel, il dit non, il est ailleurs, il me dit où je me rends en ville à pied.

L’hôtel se trouve sur Michigan Avenue, en face de son hôtel habituel. L’entrée se situe dans les étages, au-dessus d’un centre commercial de luxe. Je prends l’ascenseur pour m’y rendre. Les portes s’ouvrent sur une grande salle qui couvre toute la surface au sol du bâtiment. Le long d’un mur, il y a l’accueil et la cabine du gardien, le long des trois autres se trouvent des vitres qui vont du sol au plafond. Au milieu de la pièce il y a des tables et des chaises, de grands et luxueux canapés, des serveurs et des serveuses poussant des chariots pleins d’amuse-gueules et de boissons. Je cherche Leonard, le vois assis sur un canapé en compagnie de quelques femmes et d’un homme. Je reconnais l’homme qui est le chanteur du groupe. Je vais vers eux, Leonard me voit arriver, se lève, s’exclame.

MON FILS, MON FILS !

J’agite la main, ris. Tout le monde sur le divan se tourne et me regarde.

MON FILS EST LÀ.

Quoi de neuf, Leonard ?

Je découvre la vie rock and roll, j’adore la vie rock and roll.

Je ris de nouveau, m’assieds sur un fauteuil face à Leonard. Il me présente le chanteur et les femmes. Le chanteur, qui joue aussi de la batterie, a une petite quarantaine d’années, des cheveux courts, grisonnants, un léger accent dû à son enfance texane, il porte un jean et un T-shirt. Aucune des femmes n’a plus de vingt ans, et sur une échelle de un à dix, on leur donnerait environ cinquante. Toutes portent une version différente de presque rien, ce qui me convient très bien. Bien que Leonard ait l’air complètement à l’aise avec elles, il ne cadre pas vraiment. Il est beaucoup plus vieux que tout le monde, et ses habits ressemblent plus à ceux d’un comptable. Le chanteur et les filles boivent tous. Leonard a une carafe d’eau. Je demande un cola et écoute le chanteur qui raconte des anecdotes à propos de sa vie de rock star en tournée. Il parle de chambres d’hôtel saccagées, d’orgies au fond des bus, de deux jumelles, une fois des triplées, de choses spécifiées dans son contrat que les salles de concert doivent fournir, comme des pyramides parfaitement façonnées en beurre de cacahouète et des canettes de cola à une température exacte de deux degrés. Les filles sont suspendues à ses lèvres. Leonard semble connaître les anecdotes, ajoute certains détails et dit c’est ça le rock and roll, mec, c’est ça le rock and roll à la fin de chaque histoire. Je reste simplement là et ris, bien que je ne sache pas trop si je ris avec le chanteur ou du chanteur. À la fin d’une anecdote sur une mère et une fille particulièrement cochonne, qui provoque de grands rires et de nombreux ohhh et ahhh, le chanteur dit qu’il a besoin de remonter dans sa chambre et de méditer avant le concert. Une des filles lui demande quel genre de méditation il fait, il l’invite à venir avec lui afin qu’il puisse lui montrer. Elle le remercie et ils s’en vont ensemble.

Les autres filles, se retrouvant en compagnie de Leonard et de moi, s’en vont assez rapidement, inventant chacune une excuse différente. Quand la dernière est partie, Leonard me regarde, il parle.

Qu’est-ce t’en penses ?

De lui ou d’elles ?

D’elles.

Je les aime toutes.

Il rit.

Et lui ?

Il est chouette.

Leonard rit à nouveau.

C’est un con.

Je ris.

C’est vrai, c’est un con.

Pourquoi est-ce que tu traînes avec lui ?

Parce que c’est amusant. Je fais le rock, je fais le roll, je le vis, je l’adore. Et même si c’est un con, c’est un con rigolo.

Je ris.

Tu vas bien ?

Ouais.

Du nouveau ?

J’ai réussi à faire lire mon scénario à cette fille de Hollywood.

Leonard sourit.

Tu as juste continué à la harceler et elle a fini par céder ?

Je hoche la tête, souris.

Ouais.

Qu’est-ce qu’elle a dit ?

Elle a dit qu’il est vraiment bon, que je devrais sûrement arriver à le vendre, que je devrais déménager là-bas et essayer de continuer.

Leonard sourit, se frappe dans les mains.

Putain, c’est génial.

Et il y a autre chose.

Autre chose, comment ça autre chose ?

Quand on a eu fini de parler du scénario, on a continué de parler. La première nuit, on a discuté pendant cinq heures. La nuit suivante, pendant encore cinq heures. Les trois dernières nuits, on s’est couchés à l’aube après avoir bavardé.

De quoi est-ce que vous parlez ?

Je ne sais pas. De tout et de rien. On parle, c’est tout.

Vous parlez pendant des heures et des heures et des heures ?

Ouais.

Comment elle s’appelle ?

Liza.

C’est un beau prénom, un prénom frappant. T’es amoureux ?

Je ne l’ai jamais rencontrée.

T’es amoureux ?

Je ne sais pas.

Oh ! là ! là ! C’est merveilleux bordel. Tu es amoureux et tu déménages à L.A.

Je ne déménage pas.

Pourquoi ?

Parce que.

Mais tu es barjot ou quoi ?

Non.

Tu viens de trouver un nouveau boulot, c’est ça ?

Ouais.

Qu’est-ce que tu fais ?

Je travaille dans un magasin d’encadrement. Je suis à la caisse.

C’est un boulot de merde.

Ouais.

Tu préfères ça à être écrivain ?

Non.

Alors va à L.A., tu pourras gagner ta vie avec les films stupides en faisant ce que tu as envie de faire, et passer du temps avec la fille à qui tu parles toute la nuit.

Je ne veux pas partir d’ici.

Pourquoi ?

Parce que.

Tu dois la quitter.

Quoi ?

Tu m’as bien entendu. Tu dois la quitter.

Ça n’a aucun rapport avec ça.

Tu veux pas le reconnaître, mais ça en a un.

Non, ça n’en a pas.

Oublie cet endroit, oublie-la, oublie tes souvenirs et oublie tous les rêves qui sont derrière toi et elle finira par s’en aller.

Va te faire foutre, Leonard.

Elle t’a quitté, tu dois la quitter.

Va te faire foutre, Leonard.

Elle a fait ce qu’elle pensait être bien pour elle, tu dois faire ce qui est bien pour toi. Tu respectes son choix, et tu sais qu’elle respectera le tien.

Va te faire foutre, Leonard.

Et si tu ne pars pas, dans dix ans tu vas regarder en arrière et le regretter, tu vas te détester d’avoir été lâche, tu vas détester Lilly de t’avoir fait rester ici et tu sauras que tu as tout foiré et tout raté.

LAISSE TOMBER, LEONARD, BORDEL.

Je vais laisser tomber, mais tu devrais y réfléchir, et on en reparlera.

Je détourne les yeux. Leonard ne parle plus, il laisse l’idée germer. Je me retourne, parle.

C’est à quelle heure, le concert ?

La première partie commence à 19 heures, mais ils sont nuls. Ils ne font pas du rock comme devrait en faire un bon groupe, donc on s’en fout. On n’a qu’à se pointer vers 20 h 30.

Tu veux qu’on te retrouve ici ?

Tu viens avec qui ?

Mon amie Erin.

Super, je l’aime bien, Erin. Elle s’habille bien, parle bien, elle a un joli sourire et un joli rire. Je viendrai vous prendre à 19 h 30 chez toi.

Je me lève.

À tout à l’heure.

Réfléchis, mon fils.

Je rentre chez moi à pied et je prends une douche. Je passe un moment avec Julianne elle boit une bière et je bois du cola, je la laisse parler l’écoute parler même si je me suis habitué à son accent j’aime toujours l’entendre. Erin arrive un peu en avance. Elle prend une bière. On attend Leonard qui arrive pile à 19 h 30. On sort de l’appartement. Une grande limousine noire nous attend, garée le long du trottoir, un chauffeur en uniforme est debout devant la portière arrière ouverte je regarde Leonard, parle.

Noire ?

Il parle.

Ouais, noire.

Je croyais que tu ne montais que dans des voitures blanches ?

Il y a des exceptions à chaque règle et les exceptions à ces règles s’appliquent aux limousines, parce qu’une limousine blanche, c’est ridicule.

Je ris. On grimpe dans la limousine et le chauffeur referme les portières derrière nous. On découvre un frigo rempli de cola et de champagne, un téléviseur, une chaîne stéréo. Leonard et moi buvons du cola, Erin boit du champagne, et on écoute la musique du groupe que l’on va voir alors qu’on se dirige vers la salle de concerts. Une fois là-bas, on nous fait signe de nous garer dans un parking réservé et on nous conduit à nos sièges, devant et au milieu. Le concert commence et le chanteur, qui est peut-être un enfoiré dans la vie, casse la baraque une fois qu’il est sur scène avec son rock’n’roll. Je fais le rock, Erin fait le rock, Leonard fait le rock.

On fait le rock and roll toute la nuit.

Le vivre, l’adorer.

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