Mon ami Leonard

James Frey · Chapitre 97 sur 97

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Mon ami Leonard

fin

 

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J’apprends à Freddie à conduire le pick-up. Je fais un gros câlin à Bella elle me lèche le visage ils s’en vont.

Barracuda et moi récupérons les cendres de Leonard. Elles sont dans une boîte. On pose la boîte à l’arrière de la décapotable blanche, on achète une carte, on va vers l’est.

On traverse la Californie jusqu’au Nevada. On traverse les montagnes de l’Utah pour redescendre sur le Wyoming. On garde la capote baissée, on conduit vite, on prend le volant à tour de rôle, changeant toutes les deux ou trois heures. La nuit tombe Barracuda dort je bois du café et fume des cigarettes et conduis, le matin arrive je dors Barracuda boit du café et fume des cigares et conduit. On traverse le Nebraska et l’Iowa et l’Illinois on traverse Chicago ça fait trente-cinq heures d’affilée que l’on conduit. On passe de l’arrière à l’avant l’un conduit l’autre dort on s’arrête pour manger et boire du café, acheter des cigarettes et de l’essence. On continue. La Mercedes est une voiture robuste on roule encore onze heures en passant par l’Indiana, l’Ohio, la Pennsylvanie, le New Jersey. On entre dans New York. On est fatigués, épuisés, c’est le matin il est tôt on est presque arrivés. On continue jusqu’au Connecticut. Barracuda sait où on va il a longé le portail avec Leonard tellement de fois sans aller plus loin cette fois-ci sera la bonne.

On approche d’une allée bordée d’arbres il y a une pancarte devant nous. On s’arrête devant l’allée Barracuda est au volant. Il se tourne vers moi, parle.

T’es prêt ?

Je souris.

Ouais, je suis prêt.

Demande à Leonard s’il est prêt.

Je me tourne, regarde la boîte, parle.

T’es prêt, Leonard ?

J’observe la boîte un petit moment, regarde de nouveau Barracuda.

Il dit que ça fait un bail qu’il attend ce moment.

Barracuda sourit. On avance dans l’allée, on passe à travers le bosquet d’arbres, on en ressort, il y a un parking à notre gauche plein de Mercedes et de BMW, de Jaguar et de Porsche, il y a une Roll’s un peu à l’écart dans un coin. À notre droite il y a un pavillon, un beau bâtiment blanc, grand et informe, avec une entrée dotée de colonnes et une cabine de voiturier. Derrière le pavillon un terrain de golf s’étend à perte de vue, on voit de la rosée sur l’herbe.

On s’arrête devant le voiturier. Un employé en uniforme s’avance. Barracuda sort de voiture je sors de voiture. Je tends le bras vers le siège arrière et prends la boîte. L’employé regarde Barracuda, parle.

Puis-je vous aider ?

Barracuda prend un billet dans sa poche, le tend à l’employé.

Garez-la dans le parking. Prenez garde à la garer à une place correcte.

Vous jouez au golf ?

En effet.

Avez-vous des clubs ?

Ne vous en faites pas. Occupez-vous seulement de garer la voiture à une place correcte.

L’employé hoche la tête, monte dans la Mercedes, la dernière de toutes les Mercedes qu’a eues Leonard, et va au parking. On avance vers la porte d’entrée. Il y a un autre employé en uniforme à la porte. Il nous regarde nous avons passé les deux derniers jours à conduire nous n’avons pas l’air d’être ici pour jouer au golf. Il parle.

La porte de service se trouve de l’autre côté.

On avance. J’ai la boîte dans mes bras. Barracuda parle.

C’est la porte d’entrée ?

Oui.

On va passer par là.

L’employé parle.

Excusez-moi, Monsieur…

Barracuda l’interrompt.

On n’est pas ici pour créer des problèmes, il faut seulement qu’on entre par cette porte. Ça peut se passer bien ou se passer mal, dans les deux cas on entrera par cette porte. Je vous recommande fortement de faire en sorte que ça se passe bien, parce que si ce n’est pas le cas, je ferai en sorte de vous empoisonner sacrément la vie. Une fois qu’on sera entrés, vous ne le signalerez pas vous n’appellerez personne, et on sera repartis d’ici une demi-heure. On s’est bien compris ?

L’employé a l’air effrayé. Il hoche la tête, parle.

Oui, Monsieur.

Barracuda fouille dans sa poche, lui tend un billet.

Merci.

L’homme prend le billet. Barracuda le regarde.

En général, vous ouvrez la porte ?

Oui, Monsieur.

Alors faites-le pour nous.

L’homme ouvre la porte.

Merci.

On passe la porte, on pénètre dans un vestibule. Il y a un beau parquet ciré en bois sombre, un miroir, un bureau en chêne pour l’accueil avec un énorme bouquet, il y a un papier peint à fleurs discret. Un hall se trouve devant nous on avance il y a une grande pièce avec des divans, des tables, des chaises, une baie vitrée qui donne sur le terrain de golf. On traverse la pièce il y a toute une série de portes-fenêtres on les ouvre on sort.

C’est une matinée magnifique, ensoleillée fraîche claire. Il va bientôt faire chaud mais ce n’est pas encore le cas. Il y a un magasin spécialisé et un parking pour voitures de golf à notre gauche, à une cinquantaine de mètres.

Sans se concerter, on va dans cette direction. Il y a un green juste devant nous, trois hommes se trouvent dessus et attendent de putter. Barracuda me regarde, parle.

Puisqu’on est là autant suivre les règles.

On fait le tour du green, on se dirige vers le parking à voitures de golf. Un jeune homme sort du parking, nous demande s’il peut nous aider. Barracuda s’approche d’une voiture de golf, se met au volant. Il regarde le jeune homme, parle.

On va prendre cette voiture. Tu pourras la récupérer sur le parking à voitures dans un petit moment. Si tu commences à me dire que je ne peux pas la prendre, je t’éclate la tronche. Et si t’appelles n’importe qui pour dire qu’on l’a prise, ça sera pire, bien pire.

Le jeune homme hoche la tête, parle.

Compris.

Barracuda lui tend un billet, parle.

Merci.

Il se tourne vers moi, parle.

T’es prêt ?

Je hoche la tête, parle.

Pour Leonard.

Barracuda sourit, parle.

Pour Leonard.

Il tourne la clef, appuie sur la pédale. On part. On fonce sur le parcours. On rejoint le centre de la pelouse entretenue. On ne fait pas attention aux golfeurs qui sont surpris de nous voir, qui crient sur notre passage, qui demandent ce qu’on fait. Comme on s’éloigne j’ouvre la boîte, et pendant qu’on roule on puise chacun à notre tour dans la boîte pour disperser les cendres. On met des cendres sur tous les tees sur toutes les pelouses sur tous les greens. On disperse notre ami Leonard sur l’herbe parfaite et magnifique et verte du golf sur lequel, toute sa vie, il a rêvé qu’il pourrait jouer, comme n’importe quel membre. Pour chaque poignée de cendres on dit pour toi, Leonard, et pendant tout ce temps les larmes coulent sur nos visages. On disperse les cendres de Leonard, les cendres de notre ami Leonard, les cendres de notre magnifique ami Leonard.

Quand on a fini on ramène la voiture de golf dans le parking à voitures. On sort, on se dirige vers l’allée qui nous a menés ici. On laisse la Mercedes de Leonard dans le parking, à l’endroit qui lui revient, à l’endroit où elle restera jusqu’à ce que quelqu’un l’enlève. On marche en silence, pour la première fois depuis longtemps on est seuls sans rien qui nous rattache à notre ami. On l’a laissé à l’endroit qui lui revient, où il restera. Quand on atteint le bout de l’allée, Barracuda sort un téléphone de sa poche, appelle une compagnie de taxis. Quand il raccroche, on s’assied par terre et on attend. Aucun de nous n’ouvre la bouche, on reste assis et on attend. Dix minutes plus tard, deux taxis arrivent. On se lève. Barracuda me regarde, parle.

Je crois que c’est fini, Fiston.

Je crois aussi.

Il plonge la main dans sa poche, en sort une carte, me la tend.

C’est la carte d’Olivia. J’ai inscrit mon nom au dos.

Qu’est-ce que je suis con. Je ne t’ai pas demandé de nouvelles d’Olivia. Comment elle va ?

Elle va bien. J’essaie de la convaincre de se marier avec moi.

Dis-lui bonjour de ma part, et que j’ai dit que tu n’étais pas aussi méchant que tu en avais l’air, et que je pense qu’elle devrait t’épouser.

Il rit.

Appelle-moi si t’as besoin de quoi que ce soit, ou si je peux te filer le moindre coup de main.

Je souris.

Ça m’étonnerait que je le fasse.

Il sourit.

Ça vaut sans doute mieux.

Merci, Barracuda.

Merci, Fiston.

On s’embrasse. On se sépare. Barracuda parle.

Tu rentres à Los Angeles ?

Je vais faire un saut à Chicago.

Rendre une visite à ta copine ?

Il faut que je lui dise que Leonard arrive.

Il est sûrement déjà avec elle.

Je l’espère.

Barracuda me regarde pendant quelques minutes, hoche la tête, ouvre la portière d’un des taxis, entre. Il s’éloigne alors que je monte dans l’autre taxi. Le chauffeur de taxi me regarde, parle.

Quelle adresse ?

L’aéroport.

Lequel ?

LaGuardia.

Vous allez où ?

Je vais voir une amie, puis je rentre chez moi.

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Merci Maya, je t’aime Maya, merci pour notre magnifique bébé, je t’aime Maren. Merci Maman et Papa, Bob et Laura. Merci Sean McDonald. Merci Kassie Evashevski. Merci David Krintzman. Merci Tobin Babst. Merci Julie Grau, Cindy Spiegel, Roland Phillips. Merci Nan Talese et Coates Bateman. Merci Jenny Meyer. Merci Mike Craven, Warren Wibbelsman, Elizabeth Sosnow, Jeffrey Dawson, Kevin Chase, Dan Glasser, Matt Rice, Josh Kilmer-Purcell et Brent Ridge, Susan Kirshenbaum, Le Motley Crue of Hamilton, Nancy Booth, Eben Strousse, les Boys de cet enfoiré de GSL. Merci Nanci Ryder et Lisa Kussell. Merci Mih-Ho Cha, Noelle Murrain, Megan Millenky. Merci Dave Massey, Megan Lynch, Larissa Dooley, Justin Maggio, Alex Morris, Feroz Taj, Dave Bernad, Nicole Young. Merci Brooke. Merci Lyssa. Merci United Hudson Grocery et Mary’s Marvelous. Merci Bella et Preacher mes petits amis, mes petits amis. Merci Miles, on est toujours debout. Merci Lilly. Merci Lilly. Merci Leonard. Merci, mon ami.

Merci Leonard.

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Notes

 

1

 

Épaisse tranche de filet de bœuf grillé, semblable au chateaubriand.

2

« Tableaux vivants de maîtres ».

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