Mon ami Leonard
Chapitre 6
Donne-leur le repos éternel.
Donne-leur le repos éternel.
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Pleurs.
Je la pleure.
Pleurs.
J’appelle mon ami Kevin. Kevin est un vieil ami, très proche, l’un des plus proches amis que j’aie eus de ma vie. On s’est rencontrés à la fac et on a vécu ensemble à cette période, il m’a vu perdre les pédales, il m’a aidé quand je me suis mis à ramasser les morceaux de ma vie déglinguée. Il savait que j’étais sur le point de débarquer ici même s’il ne savait pas quand je débarquerais au juste. Il me dit bienvenue à Chicago et je dis merci et il me demande comment je vais et je dis bien, il me demande comment c’était, il sait ce que je faisais dans l’Ohio, je lui dis que ça a été. Il a entendu parler de Lilly et il me demande comment ça se passe avec elle et je lui dis mal et il me demande ce qui se passe et je lui dis que je n’ai pas envie d’en parler. Il me demande si je vais bien, je dis que je n’ai pas envie d’en parler. Je lui demande quand il aura terminé le boulot, il me dit à 19 heures et on s’entend pour se rejoindre chez lui.
Kevin vit dans les quartiers Nord de la ville. Son appartement se situe au premier étage d’un immeuble de grès brun de quatre étages, dans une rue bordée d’immeubles de grès brun de quatre étages. Le quartier est peuplé de jeunes d’une vingtaine d’années qui ont décroché leur premier ou leur deuxième boulot de cadre, dans les rues défilent à la queue leu leu costumes et jupes et mocassins. Je trouve l’immeuble facilement, je me gare en face. Je regarde par les fenêtres, il y a des gens qui fument des cigarettes et boivent. Je sors de ma voiture et je prends une grande inspiration. Je ne veux pas de ça voir plusieurs personnes je suis nerveux et effrayé j’ai l’habitude d’être seul. Je sais qu’il me faut briser cette solitude qu’il me faut passer du temps parmi les vivants. J’appuie sur la sonnette prends la porte qui mène au couloir il m’attend. Il sourit. Il fait un pas en avant, il me serre dans ses bras, il parle.
Ça fait du bien de te voir, mon pote.
Toi aussi.
On relâche notre étreinte.
Qui c’est à l’intérieur ?
Des gens qui voulaient te voir.
Qui ?
Viens voir.
Tu veux pas me dire ?
Viens voir, c’est tout.
Je prends une longue inspiration. Je sais qu’il faut que je m’efforce de continuer à vivre.
J’entre. Je vois des gens que je connais, des gens qui sont mes amis, des gens que je suis surpris de voir. Adrienne et Ali. Deux amis deux grands amis, pendant plusieurs années on a picolé ensemble et on a fumé ensemble et on a rigolé ensemble et parfois on a pleuré ensemble. Erin et Courtney c’étaient ses amies, à celle avec qui j’étais dans une autre vie. C’étaient ses amies et elles sont devenues mes amies. Je ne sais pas si elles la voient encore ou si elles lui parlent encore et je m’en fiche, c’était dans une autre vie. David et Scott, plus vieux que moi, je buvais et je fumais et je sniffais avec eux ce sont des banquiers maintenant ils sont guindés et collet monté. Callie et Kim, elles vivent avec Kevin, je leur vendais de la drogue de temps en temps j’en prenais avec elles. Ils savent tous que je viens de sortir d’une cure de désintoxication, mais seul Kevin sait pour la prison. Ils semblent tous heureux de me voir, ils semblent aussi avoir peur de boire devant moi, de fumer devant moi, d’être eux-mêmes devant moi. Ils me posent des questions prudentes comment vas-tu comment te sens-tu est-ce que tout va bien est-ce que ça va si je bois un verre devant toi est-ce que tu te sens à l’aise. Je leur dis que ça va, que l’alcool ne me dérange pas, qu’ils soient tranquilles. Je garde un visage calme et des manières détendues. À l’intérieur je ne suis pas du tout calme, c’en est trop pour moi. Tout ce bruit tous ces visages tous ces mots. Ça fait si longtemps que je suis seul. Seul et sauvage. Cette pièce est pleine de gens que je connais, que j’aime bien, qui sont venus me voir et c’en est trop pour moi.
On va dans un bar. On va tous ensemble dans un bar. Je joue au billard et je fume des cigarettes et je bois du soda. Mes amis jouent au billard et ils fument des cigarettes et ils se saoulent. Comme on approche du cœur de la nuit je parle de moins en moins. Comme on approche du cœur de la nuit mes amis perdent la capacité de parler. Je ne les juge pas. J’ai fait ce qu’ils sont en train de faire toutes les nuits pendant des années. Je me suis saoulé, j’ai trébuché, j’ai bafouillé. Je ne les juge pas, je suis heureux de les voir.
On reste dans le bar jusqu’à la fermeture. On part je dis au revoir à tout le monde je les remercie d’être venus me voir, je rentre à pied chez Kevin avec Callie et Kim. Ils rejoignent leur chambre, ils rejoignent leur lit. Je trouve des couvertures dans un placard, je rejoins le salon et je me fais une place sur le canapé et je m’allonge.
Je regarde le plafond.
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