Mon ami Leonard

James Frey · Chapitre 73 sur 97

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Mon ami Leonard

Chapitre 28

 

Juste avant midi. Je suis assis dans mon salon. Il m’a fallu deux semaines pour réparer le toit je suis resté chez Allison on n’a pas arrêté de se disputer. Je suis assis devant la télévision. Je fume une cigarette je bois un cola les chiens m’entourent. On regarde un talk-show. Deux sœurs qui sont toutes les deux mariées avec leur cousin, le même cousin, se disputent. Elles s’envoient des coups de poing, hurlent, griffent, se tirent les cheveux. C’est malsain, mais ça m’amuse de regarder ça. Le téléphone sonne je décroche. Leonard parle.

Mon fils.

Quoi de neuf, Leonard ?

Il faut que je te voie.

D’accord.

Il faut que je te voie tout de suite.

Où tu es ?

Dans un petit resto à Hollywood.

Qu’est-ce que tu fais là-bas ?

C’est pas important, il faut juste que je te voie.

D’accord.

Tu peux venir maintenant ?

Bien sûr.

Il me donne le nom du resto je sais où il se trouve, je grimpe dans le pick-up, descends la colline, me gare dans la rue, ce qui est risqué, le quartier n’est pas sûr. Je rentre dans le resto aperçois Leonard assis dans un coin en direction de la porte. Il se lève comme je m’approche de lui. Il a l’air nerveux, angoissé.

Il parle.

Merci d’être venu.

De rien.

Il se lève et fait le tour de la table, me serre dans ses bras. On se sépare. Je parle.

Qu’est-ce qui ne va pas ?

Asseyons-nous.

On s’assied. Il parle.

Tu veux prendre quelque chose ?

Non.

Tout va bien de ton côté ?

Ouais.

Allison ?

Elle va bien.

Les chiens ?

Ils vont bien.

Le travail ?

Ça va, Leonard, tout va bien.

C’est bien.

Qu’est-ce qui ne va pas ?

Qu’est-ce qui te fait penser que quelque chose ne va pas ?

Tu avais disparu, tu ne m’as pas donné de nouvelles. On se retrouve dans un resto merdique dans un quartier merdique. Tu as l’air nerveux et tu sembles angoissé et je vois tes mains qui tremblent, alors que je ne t’ai jamais vu comme ça.

Il hoche la tête.

Tu as raison, mon fils, tout à fait raison.

Je ris.

Qu’est-ce qui ne va pas, Leonard ? Tu reprends de la coke ?

Non, putain. Jamais. Tu devrais savoir que j’en ai fini avec ça.

Alors qu’est-ce qui ne va pas ?

Je vais devoir m’absenter un moment.

Où tu vas ?

Je ne peux pas te le dire.

Pourquoi ?

Je ne peux pas, c’est tout.

Est-ce que c’est pour ça qu’on ne se voit plus, pour ça qu’on ne se parle plus, que t’as l’air foutrement bizarre ?

Oui.

Où tu vas ?

Je ne peux pas te le dire.

Est-ce que quelqu’un veut te tuer ?

Non.

Est-ce que tu vas en prison ?

Non.

Alors qu’est-ce qui se passe, bordel, Leonard ?

Je suis désolé.

Je ne comprends rien.

Le moment venu, tu comprendras.

Quand ?

Dès que je pourrai, et je ne sais pas quand ça sera, je te contacterai.

Et c’est tout ?

Crois-moi, je dois agir comme ça, et quand je pourrai, je te recontacterai.

Je détourne les yeux, secoue la tête, me mords la lèvre. Je suis confus, je suis en colère et blessé, je ne comprends pas ce qui se passe. J’ai peur parce que Leonard a peur, je me sens nerveux parce qu’il est nerveux. Je ne l’ai jamais vu avoir peur ou être nerveux, quelque chose d’ignoble se trame, quelque chose d’ignoble se trame. Il parle.

Tu as confiance en moi ?

Bien sûr que oui.

Je dois y aller.

Je ne veux pas que tu te fasses tuer, Leonard. Et si on te boucle je veux venir te voir.

Tu as dit que tu avais confiance en moi.

J’ai confiance.

Alors dis-toi que ce n’est pas de ça qu’il s’agit, crois-moi quand je te dis que je te recontacterai.

Je le regarde, hoche la tête. Il se lève.

Embrasse-moi, mon fils.

Je me lève, l’embrasse. Je ne veux pas pleurer je lutte pour ne pas pleurer. On se sépare, il recule, parle.

Fais pas l’abruti à la con.

Je ris.

Pas d’alcool, pas de drogues, pas de conneries.

Je ris encore.

D’accord.

Embrasse Allison de ma part, et caresse la tête de tes saletés de toutous de ma part.

Je n’y manquerai pas.

Au revoir, mon fils.

Il fait demi-tour et sort du resto.

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