Mon ami Leonard

James Frey · Chapitre 45 sur 97

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Mon ami Leonard

Chapitre 46

 

Je m’assieds près d’elle. Je m’assieds et j’observe la tombe, son nom, ses dates de naissance et de mort, les mots, Avec tout notre amour, les mots Avec tout notre amour. Je m’assieds près d’elle et je me souviens que le jour où on s’est rencontrés, elle a souri et dit bonjour, on faisait la queue dans le service médical de la clinique, elle s’est tournée, elle a souri et dit bonjour. Je me souviens de notre première cigarette elle a dit tu veux fumer, dur à cuire et elle m’a ri au nez. Je me souviens de la première fois où on s’est retrouvés seuls elle est tombée sur moi par hasard dans les bois j’étais brisé et elle m’a pris dans ses bras et elle m’a dit ça va aller, ça va aller, et quand elle me tenait dans ses bras ça allait. Je me souviens de notre premier baiser, du goût qu’elle avait, son souffle, l’odeur de sa peau, la manière dont mon cœur battait, battait, battait. Je me souviens de chaque instant passé ensemble, de chaque minute passée à se cacher des gens qui nous disaient qu’on n’avait pas le droit d’être ensemble, de chaque conversation, de chaque baiser. Je me souviens de ses yeux ces magnifiques yeux bleus comme l’eau profonde, je me souviens d’avoir regardé dans ses yeux et d’avoir su. Je me souviens que sa main semblait petite et fragile et plus forte que je ne l’avais cru. Je me souviens de ses longs cheveux noirs, magnifiques et ébouriffés, qu’elle cachait aux autres avec une casquette de base-ball. Je me souviens de sa peau douce, froide, pâle comme le marbre la manière dont mes mains la touchaient quand elles la caressaient. Je me souviens des cicatrices sur ses poignets qui, me semblait-il alors, étaient de l’histoire ancienne. Je me souviens d’avoir pleuré avec elle, pour elle et à cause d’elle. Je me souviens d’avoir ri d’elle, avec elle et à cause d’elle. Je me souviens de la paix que j’ai connue avec elle, de la sécurité que j’ai connue avec elle, de la force que j’ai connue avec elle, de l’espoir que j’ai connu avec elle, de l’amour que j’ai connu avec elle. J’ai connu l’amour avec elle, l’amour comme jamais auparavant. On avait des rêves, des projets, on allait passer notre vie ensemble. On s’est soutenus l’un l’autre dans l’obscurité et contre la mort, m’a-t-il semblé, et j’avais tort. Elle a fait ce qu’elle a fait. Je ne la hais plus pour cela. Je vais faire ce que je vais faire. Je me mets à pleurer. Ce sont des larmes de tristesse et de chagrin, des larmes de douleur et de rage, des larmes de deuil, des larmes de repentance, et pour les meilleures, des larmes parce que j’ai eu la chance de la connaître un peu. Je me penche vers la tombe où elle repose, je pleure, je murmure je t’aime, Lilly, et je reviendrai te voir, je t’aime, tu vas me manquer et je reviendrai.

Je me lève, m’éloigne.

Il est temps de partir.

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