Mon ami Leonard

James Frey · Chapitre 71 sur 97

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Mon ami Leonard

Chapitre 26

 

Je dors, j’entends sonner le téléphone je dors j’entends sonner le téléphone. Allison dort à côté de moi c’est samedi tôt dans la matinée on est rentrés tard la nuit dernière. Je l’entends décrocher le téléphone dire allô. J’ouvre les yeux me tourne. Le combiné est contre son oreille je la vois pâlir je vois la peur s’emparer de son visage je vois ses lèvres se mettre à frémir elle me passe le téléphone sa main tremble. Je pose ma main sur la sienne, parle.

Qu’est-ce qui ne va pas ?

Elle secoue la tête.

Qu’est-ce qui ne va pas ?

Elle désigne le téléphone.

Prends-le.

Je porte le téléphone à mon oreille, parle.

Allô.

T’as jamais payé ma putain de facture.

J’ai déjà entendu la voix il est tôt je ne suis pas encore bien réveillé.

Quoi ?

T’as jamais payé ma putain de facture.

Je m’assieds. Je connais cette voix c’est celle du voisin qui a le beagle, la voiture bleue, le flingue.

De quoi est-ce que vous parlez ?

T’as jamais payé ma putain de facture.

Vous ne me l’avez jamais montrée.

Tu savais combien c’était, tu sais où j’habite, tu aurais dû la payer, bordel.

J’ai dit que si vous me la montriez, on s’arrangerait. Je vous le répète.

C’est trop tard, maintenant, putain.

Qu’est-ce que vous insinuez ?

J’insinue que mon cousin du gang de la 68e Rue s’apprête à venir chez toi pour tuer tes saloperies de clebs et te foutre une dérouillée.

Quoi ?

Tu m’as entendu.

C’est une réaction complètement exagérée, bordel.

Pas de mon point de vue.

Montrez-moi simplement la facture, et on va s’arranger.

C’est trop tard.

Il raccroche. Je raccroche. Je regarde Allison, elle a toujours l’air terrorisée.

Qu’est-ce qu’il t’a dit ?

Il a dit passe-moi ton mec, pétasse.

Elle prend une longue inspiration.

Et j’ai dit quoi et il a hurlé passe-moi ton putain de mec espèce de connasse.

Ça va ?

Elle secoue la tête.

Non.

Inspire lentement, calme-toi, tout va bien se passer.

Qu’est-ce qu’il t’a dit ?

Ça n’a pas d’importance.

Je compose un numéro.

Tu appelles la police ?

Non.

Appelle la police.

Non.

Ça sonne. Allison a l’air paniquée.

Appelle la police, s’il te plaît.

Sonnerie. Je lui prends la main.

Non.

Sonnerie. Elle se met à pleurer.

S’il te plaît.

Leonard décroche.

Qui ose m’appeler à cette heure ?

C’est moi. Est-ce que je te réveille ?

Je viens de faire une heure de vélo d’appartement. Qu’est-ce qui se passe ?

J’ai un problème, Leonard.

Qu’est-ce qui va pas ?

Je lui raconte ma conversation avec le voisin. Quand j’ai terminé il rit. Je parle.

Putain, c’est pas drôle, Leonard.

C’est un tissu de conneries, mon fils. C’est à mourir de rire tellement c’est énorme comme tissu de conneries.

En tout cas ça n’avait pas l’air d’un tissu de conneries.

J’ai jamais entendu parler du gang de la 68e Rue. Mais ça veut pas dire qu’il n’existe pas, mais s’il existe, je peux te garantir qu’aucun de ses membres ne va risquer un putain de séjour en prison pour monter à Laurel Canyon, cet endroit mignon, sûr, bucolique, bourré de Blancs et de stars de cinéma pour entrer par effraction chez toi, descendre tes chiens, te foutre une raclée et s’occuper de ta petite amie. Les membres de gangs sont tarés et dangereux, mais putain, ils ne sont pas débiles. Ils se douteraient que ta première réaction serait d’appeler la police, qui rappliquerait séance tenante dans ton salon pour attendre que ledit présumé tueur de clebs se pointe, avant de le coffrer. Les membres de gangs savent ça, et aucun voyou ne voudrait courir un tel risque.

Alors qu’est-ce que je fais ?

Eh bien, manifestement ce type est sévèrement secoué. Et il peut tout à fait s’en prendre à toi ou à tes chiens, et si Allison est dans le coin, il peut s’attaquer à elle. Je ne peux pas laisser faire. Je veux que toi et Allison et les chiens vous grimpiez dans ton vieux pick-up pourri et que vous descendiez au Four Seasons. Je crois que le Four Seasons accepte les chiens, et si ce n’est pas le cas, ils le feront. Le temps que tu y sois, j’aurai appelé et vous aurai pris une chambre. J’essayerai de prendre une grande chambre si c’est possible. Restez-y jusqu’à lundi. Ne sortez pas. Prenez vos repas là-bas, et si vous avez besoin de quelque chose, de fringues ou de livres ou je ne sais quoi, demandez au concierge d’aller vous les chercher et mettez-les sur la note. Profitez-en bien. Voyez ça comme des petites vacances. Prenez des bains, allez à la piscine, faites-vous masser et mangez dans votre chambre. Ne pensez pas à votre connard de voisin. Quand vous rentrerez à la maison lundi, vous n’aurez plus de problème avec lui, je vous le garantis.

Merci, Leonard.

J’aurais besoin d’un petit service.

D’accord.

Trouve-moi son adresse.

D’accord.

Et appelle-moi quand vous serez à l’hôtel, comme ça je saurai que vous êtes en sécurité.

D’accord.

Je raccroche. Allison est restée plantée là à me regarder, à m’écouter elle est toujours terrifiée je me tourne vers elle parle.

On s’en va.

Où on va ?

Au Four Seasons.

L’hôtel ?

Ouais.

Pourquoi est-ce qu’on va là-bas ?

On va y passer le week-end.

Pourquoi ?

Leonard dit qu’on y sera en sécurité.

Et qu’est-ce qu’on va faire quand on va en partir ?

Le problème sera résolu.

Qu’est-ce que ça veut dire ?

Je n’ai pas demandé, et je ne vais pas le faire.

Ce type est un putain de cinglé, James.

Tu veux rester ici, et voir ce qui va se passer ?

Non.

Alors partons.

On se lève on se dépêche on se brosse les dents on s’habille. Allison a laissé quelques vêtements chez moi elle les prend elle les met dans un petit sac avec une brosse à dents, du dentifrice. Je passe leur laisse aux chiens on grimpe dans le pick-up on descend la colline. La voiture bleue est garée dans l’allée de la maison Allison ne peut pas la regarder je note l’adresse. On va au Four Seasons, on s’arrête devant l’hôtel. Le voiturier s’approche de la voiture. Il me sourit comme la plupart des voituriers le font devant moi et mon pick-up, je ne sais pas s’ils pensent que le pick-up est chouette ou s’ils ont pitié de me voir au volant de cet engin. Dans les deux cas, je m’en fiche.

On entre dans le vestibule. Les chiens sont tout excités, Cassius tente de pisser dans un pot de fleurs. Je l’éloigne m’approche de l’accueil. Une femme séduisante, une petite trentaine d’années, nous sourit et parle.

M. Frey.

Bonjour.

Votre chambre est prête.

Je ris.

Merci.

Elle me tend une petite enveloppe avec une carte magnétique et une clef de minibar.

Si nous pouvons faire quoi que ce soit pour rendre votre séjour agréable, n’hésitez pas à nous le faire savoir.

Merci.

Nous faisons demi-tour nous dirigeons vers les ascenseurs, en prenons un, trouvons notre chambre, y entrons. C’est une petite suite, avec une chambre à coucher un salon avec un divan et deux chaises et un bureau et une grande salle de bains équipée d’une baignoire en marbre d’une douche et de deux lavabos, il y a du savon et des lotions et de grosses et grandes serviettes et des peignoirs épais. J’enlève leur laisse aux chiens ils se mettent à courir dans tous les sens à renifler partout. Je m’assieds sur le divan, regarde Allison, parle.

Ça va ?

Elle hoche la tête.

Ouais.

Je regarde autour de moi.

Pas mal.

Elle rit.

Ouais, pas mal.

Je me lève passe mes bras autour d’elle l’embrasse doucement dans le cou lui dis que je l’aime, elle m’entoure de ses bras me dit qu’elle m’aime et on reste au milieu de la pièce en silence nous tenant l’un l’autre.

On passe tout le week-end à se relaxer à manger dans la chambre à traîner près de la piscine à regarder des films à prendre des bains à se prélasser en peignoir. Je nourris les chiens avec des steaks que je coupe en petits morceaux, je les promène dans le parking souterrain. Ils dorment dans le lit avec nous on dort bien, facilement, sans se faire de souci.

Lundi matin Allison et moi prenons un petit-déjeuner ensemble, je l’accompagne au travail. Comme je gravis la colline qui mène à la maison, je me sens angoissé. J’approche de la maison du type. Je vois un camion de déménageurs garé sur le bas-côté. Des hommes transportent des meubles de la maison au camion. La voiture décapotable est pleine de cartons. L’homme se tient devant sa porte il parle dans son téléphone portable. Il a l’air nerveux, effrayé. Il voit mon pick-up il se détourne immédiatement rentre chez lui.

Deux jours plus tard il y a une pancarte À vendre devant la maison.

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