Mon ami Leonard
Chapitre 13
Ma vie devient routine.
Je travaille.
Le sommeil est difficile je dors trois à quatre heures par jour. En général dans l’après-midi.
Je marche dans le froid, pour bien m’engourdir.
Je pleure moins, pleure moins.
Je sors avec mes amis tous les soirs. Vais dans les bars, joue au billard, fume des cigarettes, les regarde boire. Parfois je parle, d’autres je ris, les deux sont agréables. Quand j’ai soif, je commande un cola, avec de la glace et sans citron. Je commence à me sentir plus à l’aise avec les gens. La tentation est toujours là, toujours là, le besoin de boire de me droguer et de détruire ne me quitte jamais, mais je m’y habitue. C’est comme une crise d’urticaire, une vilaine crise d’urticaire, constante, emmerdante et douloureuse. J’aimerais me gratter jusqu’à la fin des siècles mais si je le fais je crèverai et je ne veux pas crever.
Lorsque mes amis rentrent chez eux je marche encore, marche dans le froid, pour continuer à m’engourdir, toujours m’engourdir.
Je travaille.
Parfois je lis le Tao.
Parfois je reste assis, à regarder le mur, le mur est blanc.
Parfois je sens trop de choses, je sens que je vais exploser. Totalement, avec tout ce qu’il y a en moi, colère tristesse confusion douleur mal-être peur solitude, cœur âme conscience, quels que soient les mots pour décrire certaines choses à l’intérieur de moi il n’y a pas de mots pour les décrire, ça tourbillonne, ça s’emballe, ça me nargue, ça remonte à la surface et ça pousse ça pousse, tout pousse. J’ai l’impression que je vais exploser. Je hurle. De toutes mes forces. Lentement et sauvagement, je hurle pour que mes poumons me fassent mal, que ma gorge me fasse mal, que mon visage me fasse mal. Je hurle dans des oreillers. Je marche jusqu’au lac je hurle devant l’eau. Je vais dans un parc je hurle devant un arbre. Peu importe où je suis j’ai juste besoin de hurler, putain. Ça m’aide à me sentir mieux.
Ma vie est une simple routine.
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