Mon ami Leonard
Chapitre 4
Je suis logé chez Leonard. Bella et moi sommes dans la chambre d’amis au deuxième étage. Freddie est dans une autre chambre au deuxième étage. Leonard a improvisé une chambre dans ce qui était auparavant la salle à manger, au premier. Je porte Leonard jusqu’à son lit le soir, l’emmène de son lit à la véranda le matin. On prend le petit-déjeuner sous la véranda, il a des plaies dans la bouche et il se contente de pain et d’eau, il a du mal à avaler.
On joue aux cartes.
On regarde des matchs de base-ball, les meilleures émissions de sports. On loue des films Leonard a une liste de films qu’il veut voir avant de mourir Le Lauréat, Le Pont de la rivière Kwaï, E.T., l’extraterrestre, Annie Hall, Blanche-Neige et les Sept Nains.
On sort dans quelques bars homos. On y va le soir. On va dans les bars qui sont les plus calmes, où l’on peut s’asseoir. Leonard ne peut pas rester debout trop longtemps. Il boit de l’eau, danse sur sa chaise au son de la musique, parle à d’autres hommes, flirte avec eux, me donne des coups de pied sous la table quand je lui dis que je pense qu’il plaît à l’un d’entre eux.
On prend la décapotable pour faire des balades dans la baie tard le soir. On baisse la capote Leonard observe les collines les arbres les vignobles les étoiles la lune le ciel.
On fait des canulars téléphoniques, on prend le téléphone on compose un numéro au hasard on parle un charabia total à celui qui répond. On se fait toujours raccrocher au nez, on rit et on rit et on rit et on rit.
Je l’emmène au musée de San Francisco. Il est tôt on est les premiers à faire la queue. Il a du mal à marcher, je lui tiens la main tandis qu’on se promène dans les salles, il pleure quand nous partons.
Il me pose des questions sur mon travail je lui dis que je le déteste. Il dit tu as découvert le ventriloque qui se cache derrière la poupée d’Hollywood. Je lui dis que non, que je déteste ce que je fais parce que je suis venu à Los Angeles pour gagner de l’argent afin d’essayer d’écrire un livre et je me suis perdu sur le chemin. Il dit démissionne, écris un livre, je lui dis ce n’est pas facile j’ai des factures et des responsabilités il rit de nouveau et dit c’est aussi facile que ça, démissionne de ton putain de boulot et écris un putain de livre. Il me pose des questions sur Allison je lui dis qu’on s’aime toujours mais que c’est fini, il demande si j’ai quelqu’un d’autre je dis peut-être, il me demande qui je lui parle d’une de mes voisines qui s’appelle Maya on est amis mais rien de plus. Il dit qu’il aime ce nom, Maya, que c’est un nom magnifique et majestueux.
On va sur la plage au coucher du soleil. Il s’assied en tremblant enveloppé dans ses couvertures. Je lui propose de le ramener à la maison il dit non, il a envie de rester. On regarde les vagues déferler, on écoute le vent hurler, on regarde le soleil se coucher, on regarde le soleil se coucher.
Leonard me demande si j’ai besoin de savoir quelque chose avant qu’il meure, j’y réfléchis pendant une minute, me tourne vers lui, dis quel est le sens de la vie, Leonard ? Il rit, dit c’est une question fastoche, elle a le sens que tu veux bien lui donner.
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