Mon ami Leonard
Chapitre 5
On termine de dîner on a commandé le repas chez un chinois. Leonard a à peine mangé, il mange de moins en moins chaque jour. Leonard a l’air distant, distrait, je lui demande s’il va bien.
Je pensais à mon ami Andrew.
Qui c’est ?
C’était mon amant.
Ton amant ?
Ouais, mon amant.
Je ris.
La personne dont tu es tombé amoureux ?
Ouais.
Tu devrais l’appeler ton copain, pas ton amant.
Pourquoi ?
C’est ringard, amant.
Leonard rit.
Fais gaffe à ce que tu dis.
Pourquoi ?
T’as pas le droit de me traiter de ringard.
Je l’ai, si tu utilises le mot amant.
Ça fait combien d’années que je me coltine ta poésie bidon quand tu parles de tes différentes copines, oh je l’aime et je ne peux vivre sans elle, oh elle est tellement belle, oh ses yeux, ses yeux, ses yeux.
Je ris.
Un paquet d’années.
Non seulement je vais l’appeler mon amant, Guimauve, mais en plus tu n’as pas ton mot à dire là-dessus.
Je ris de nouveau.
D’accord, Leonard, appelle-le comme tu veux.
Mon amant.
Où est-il ?
De l’autre côté de la ville.
Vraiment ?
Ouais.
Pourquoi tu ne le vois pas ?
Je n’en ai pas envie.
Pourquoi ?
Ça me fait trop de peine.
Pourquoi ?
Parce que l’amour ça fait de la peine parfois, et ça fait encore plus de peine quand tu sais que ça ne va pas marcher.
Comment peux-tu savoir que ça ne va pas marcher ?
Regarde-moi. Ça ne va pas marcher.
Qui c’est ?
Rien qu’un type. Il est avocat. Il est un peu plus âgé que moi.
Avocat ?
Avocat. Un avocat d’affaires. Il travaille pour des entreprises technologiques.
Et plus âgé ?
J’aime les hommes plus âgés. Ils me font me sentir jeune.
Je ris.
Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Freddie et moi étions allés dîner. Il était assis seul à une table. On lui a demandé de se joindre à nous.
Un coup de foudre ?
Leonard sourit.
Oui.
La première fois ?
Non, mais c’était la première fois que je faisais quelque chose.
Qu’est-ce qui s’est passé ?
On a mangé. Il m’a donné sa carte. Je l’ai appelé le lendemain et lui ai proposé une sortie. On est à nouveau allés au restaurant. On a parlé d’art, de livres, de nos vies, de notre enfance, il vient d’une famille bourgeoise de San Diego et a passé son enfance à surfer et à jouer au base-ball. Il est venu chez moi cette nuit-là et y a passé la nuit. On est allés au restaurant et il a passé chaque nuit avec moi pendant les deux semaines qui ont suivi.
Et ensuite ?
Je l’ai jeté dehors. Lui ai dit de ne pas appeler et de ne jamais revenir ici.
Pourquoi ?
Leonard a les larmes qui lui montent aux yeux.
Je souffre déjà assez comme ça. Je ne voulais plus souffrir comme ça.
Je suis désolé.
Leonard fixe le sol, se met à pleurer, se met à sangloter. Je m’assieds près de lui, le serre dans mes bras, le laisse sangloter dans mes bras.
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