Mon ami Leonard

James Frey · Chapitre 48 sur 97

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Mon ami Leonard

Chapitre 3

 

Je suis logé chez Liza on parle pendant des heures je m’entends mieux avec elle qu’avec aucune autre femme que j’aie jamais rencontrée on rit et on rit on parle pendant des heures. Bien que ce soit facile d’être ensemble et bien qu’on s’apprécie énormément il reste quelque chose qui nous manque. On le ressent tous les deux on le sait tous les deux il y a quelque chose qui manque entre nous, on le déplore tous les deux.

J’emmène mon pick-up déglingué pour qu’il soit réparé ça va prendre dix jours.

Je me balade en voiture avec Liza commence à éprouver quelque chose pour cette ville. C’est une drôle de ville, différente des villes traditionnelles. Il n’y a pas de centre-ville. Ce qu’on appelle le centre-ville est une ville morte, vide à part quelques gratte-ciel de bureaux occupés pendant la journée. Les seuls habitants du centre-ville de Los Angeles sont des gens qui vivent en autarcie dans une zone qui s’étend sur dix blocs pleine de maisons en carton et de tentes. Le reste de la ville est divisé en petits quartiers, bien qu’il n’y ait aucune vie de quartier dans ces coins. Les trottoirs sont vides, les gens s’ignorent. On a le sentiment que les gens vivent où ils sont en attendant de partir dans un endroit plus agréable, que leur rêve va bientôt se réaliser, et qu’alors ils s’installeront dans l’une des zones riches de la ville et deviendront enfin amis avec ceux qui les entourent.

Je trouve une maison. C’est une maison de style espagnol avec trois chambres, dans une rue animée. Elle est différente des autres maisons du bloc parce que la cour de devant est pleine d’ordures. Je fais le tour de la maison, la cour arrière est aussi pleine d’ordures. Je regarde par la fenêtre du garage, il est plein d’ordures, je regarde par la fenêtre de la maison, elle est pleine d’ordures. Je demande à une voisine ce qui s’est passé avec cette maison elle me dit personne n’y a vécu depuis trois ans, parfois une camionnette vient et jette des saloperies. Je vais en ville au centre des impôts pour trouver à qui appartient la maison je les appelle. Je leur demande si ça les intéresserait que je nettoie la maison et la répare, leur dis que je le ferai gratuitement s’ils me laissent y vivre. L’homme me dit de passer à la maison plus tard dans l’après-midi je le rencontre il s’appelle Al c’est un mécano il a hérité la maison de sa grand-mère. Il est d’accord pour me laisser y vivre il veut aussi un petit loyer ça me va.

Je nettoie toute la maison, la cour, le garage. J’enlève la moquette il y a un beau parquet en bois dessous. Je dégote un matelas, un bureau et une table, un endroit où dormir un endroit où travailler un endroit où manger. Je dégote un colocataire. Il s’appelle Jaylen. Je l’ai connu à Chicago, où il dealait de l’herbe en grosses quantités, ne revendait jamais moins qu’un demi-kilo à la fois. Il dit qu’il en a marre de vendre de l’herbe, qu’il veut devenir réalisateur de clips musicaux.

Je sors tous les soirs. Vais dans les bars avec mes amis, amis que j’avais dans le temps qui ont émigré ici, qui travaillent dans différents secteurs de l’industrie du divertissement. On fréquente le Three of Clubs, la Room, Smalls, DragonFly, Snakepit, Jones, El Coyote. Les bars sont pleins de beaux gens jeunes c’est comme si les trois plus beaux spécimens de chaque ville, dans tout le pays, étaient venus s’installer à Los Angeles. Tout le monde veut devenir célèbre, tout le monde a ses réseaux. Tout le monde y est presque attend sa chance ça y est presque ils le sentent ils le sentent putain.

Chicago me manque. Mes amis me manquent, marcher me manque, voir Lilly me manque, vivre sans ambition me manque. Los Angeles est une ville où l’on se sent seul. Tout le monde ne pense qu’aux promotions au succès à la gloire et à l’argent, c’est dur de s’accoutumer à une culture dont le fondement est d’en vouloir toujours plus, de ne jamais être satisfait. Je me sens seul, mon ancienne vie me manque.

Je déjeune avec Leonard tous les mercredis. Il a l’air plus mince et en meilleure forme chaque fois. Barracuda et moi mangeons tous les deux des steaks et des plats et des desserts, Leonard ne déroge pas à sa salade et ses fruits.

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