Mon ami Leonard

James Frey · Chapitre 11 sur 97

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Mon ami Leonard

Chapitre 11

 

 

Les deux jours suivants, on mange, on traîne à côté de la piscine, on regarde la télé, on dort. Je suis rarement seul. Quand je suis seul, et que je ne dors pas, je pleure. Je me couche sur le ventre, sur mon lit, et je pleure. Je suis sous la douche et je pleure. Je regarde par la fenêtre et je pleure. Qu’importe ce que je suis en train de faire, ou de ne pas faire, les plus petites choses peuvent me faire démarrer, un rien me fait démarrer. Je pleure quand je suis seul. Dès que je suis seul.

Ma bouteille est toujours avec moi. Antidote à la douleur, si jamais je devais décider d’y avoir recours. Je la laisse bien en vue, sur l’une des tables de nuit près de mon lit. Je la tiens dans mes bras quand je dors. Je l’ai ouverte deux fois, l’ai reniflée, l’ai laissée me tenter, l’ai laissée me mettre en rage. J’agis ainsi parce que cette épreuve, cette épreuve qui consiste à résister, me donne l’impression d’être fort. La plupart du temps j’ai l’impression que je veux mourir. L’impression de force m’aide à continuer.

Le matin de notre quatrième jour à l’hôtel, Leonard arrive en retard au petit-déjeuner. Il apparaît vêtu d’un costume.

Mon fils.

Qu’est-ce qui se passe ?

Il s’assied.

Barracuda et moi on s’en va dans pas longtemps.

Vous rentrez dans le Nevada ?

D’abord à New York, puis dans le Nevada.

Pourquoi New York ?

Tu te rappelles l’histoire que je t’ai racontée au sujet de mon père ? Qu’il avait été le gardien du terrain de golf d’un country club chic, dans le Connecticut, juste à côté de New York, et qu’il m’avait dit sur son lit de mort qu’il voulait que je réussisse assez ma vie pour pouvoir faire un jour le parcours, le faire en tant que membre ?

Ouais, je me souviens.

Plus je vieillis, plus il me tarde de le faire. J’ai été rancardé sur quelqu’un qui pourrait m’aider. Je vais le rencontrer.

Bonne chance.

Tu vas t’en sortir, sans moi ?

Ouais.

T’es sûr ?

Je suis un grand garçon, Leonard.

Si tu as besoin de quoi que ce soit, appelle-moi.

D’accord. Merci.

Si tu te sens sur le point d’attraper cette bouteille, appelle-moi.

D’accord.

Tu sais qu’elle aurait voulu que tu décroches.

Je n’ai pas envie d’en parler, Leonard.

C’est ce qu’elle aurait voulu.

Je détourne le regard. Il se lève.

Faut que j’y aille.

O.K.

Je me lève.

Ne sois pas fâché contre moi, fiston. J’essaye juste de t’aider.

Tu m’aides. C’est juste difficile, en ce moment.

Il hoche la tête. On se prend dans les bras, on relâche notre étreinte.

À bientôt.

Merci, Leonard. Merci pour tout.

Il se tourne, s’en va. Je m’assieds, avale un énorme petit-déjeuner, rentre dans ma chambre, pleure, fais une sieste, pleure, m’en vais.

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