Mon ami Leonard

James Frey · Chapitre 69 sur 97

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Mon ami Leonard

Chapitre 24

 

Les parents d’Allison viennent à Los Angeles ils veulent voir où elle habite comment elle va. On va les chercher à l’aéroport on leur fait visiter l’appartement d’Allison on les emmène dans un restaurant chic. Le lendemain on va à la plage on leur montre Beverly Hills on les emmène chez moi je leur fais du poulet ce n’est pas fameux. Ils sont sympas, ce sont des gens polis ils jouent avec Cassius et Bella, qui sont tous les deux passés dans la baignoire avant que les parents n’arrivent, ils font comme si le repas que j’ai préparé était mangeable.

Le lendemain on va à Newport Beach, un coin friqué du comté d’Orange. Des amis proches des parents d’Allison habitent sur une île non loin, on passe la journée avec eux. On se promène dans la petite ville de l’île, on s’assied sur le sable, on nage dans l’océan, on fait un tour de bateau. Je n’enlève pas ma chemise en leur présence, ne veux pas qu’ils voient mes tatouages. Je ne jure pas et essaie de ne pas fumer.

Le soir arrive on peut soit rentrer à Los Angeles soit rester dîner. Les parents d’Allison ont envie de rester on décide d’aller dans un restaurant de Laguna, là où Leonard habite. J’ai envie de l’appeler, de le voir, je pose la question à Allison, elle ne pense pas que ce serait opportun, ses parents veulent passer du temps avec elle et moi et leurs amis.

On roule vers le Sud on entre dans Laguna on passe devant la pointe où j’aperçois la maison de Leonard on passe devant un panneau d’affichage pour le Pageant of the Masters c’est la photo d’un tableau vivant de Seurat je ris en pensant à Leonard et Barracuda assis dans la foule, poussant des ohh et des ahh. On longe un restaurant dont ils ont parlé je les imagine assis sur la terrasse. Je scrute le trottoir en espérant les apercevoir, le trottoir est plein de monde je n’ai pas de chance.

On se gare devant un restaurant, un voiturier prend mon pick-up, on attend les parents d’Allison et leurs amis. Ils arrivent, on entre dans le restaurant. La décoration est tropicale, c’est comme ça que j’imaginerais un restaurant en Thaïlande, des sièges en osier avec des coussins sombres et confortables, des éventails au plafond, des palmiers et de grandes fleurs exotiques, des bougies partout. On est conduits à une table dans un coin c’est une grande table avec assez de place pour quelques chaises supplémentaires. À peine s’est-on assis que j’entends Leonard. Je ne le vois pas je l’entends.

MON FILS, MON FILS.

Je regarde autour de moi, ne l’aperçois pas.

JE SUIS ICI, BON SANG. JE SUIS ICI, MON FILS.

Je ris, continue de regarder autour de moi.

ICI ICI ICI ICI ICI.

Je regarde en direction de la voix, aperçois Leonard et Barracuda avancer vers notre table. Ils portent des T-shirts hawaïens, des bermudas, des mocassins. Barracuda a mis des chaussettes noires avec ses mocassins. Ils sourient tous les deux, Leonard agite les bras.

Mon fils, qu’est-ce que tu fais ici ?

Je me lève. Allison sourit, secoue la tête elle n’est pas en colère simplement surprise, ses parents et leurs amis ont l’air gêné. Je parle.

Quoi de neuf, Leonard ?

Quoi de neuf ? Quoi de neuf ? Ce qu’il y a de neuf, c’est que te voilà planté devant moi, dans ma ville. Quelle surprise.

Je ris, l’embrasse, embrasse Barracuda. Leonard regarde Allison, incline la tête.

Belle dame, c’est toujours un plaisir de vous voir.

Allison sourit.

Vous aussi, Leonard.

Leonard regarde les parents d’Allison et leurs amis, parle.

Et qui est donc ici avec vous ?

Allison fait les présentations, Leonard salue les femmes d’un mouvement de tête, serre la main des hommes, Barracuda sourit et dit bonjour. Leonard regarde les hommes, parle.

Verriez-vous un inconvénient à ce que nous nous asseyons en votre compagnie quelques instants ?

Le père d’Allison dit aucun, Leonard fait signe au serveur, crie.

Garçon. Deux autres chaises. Tout de suite.

Le serveur rapporte deux chaises, Leonard et Barracuda s’asseyent. Les parents d’Allison ont l’air troublés sa mère regarde Leonard parle.

Vous vous appelez Leonard ?

Oui, en effet.

Elle regarde Barracuda.

Et vous Barracuda ?

Oui, m’dame.

D’où vient ce nom ?

C’est un surnom, m’dame.

Comment l’avez-vous eu ?

J’aime pêcher. Je suis un pro de la pêche au barracuda. D’où le surnom.

Elle hoche la tête et regarde Leonard.

Et comment avez-vous connu James ?

On s’est rencontrés il y a plusieurs années. On était tous les deux en vacances dans une station balnéaire de luxe. Un jour on a déjeuné ensemble, et depuis on est devenus très bons amis.

Je tente de ne pas rire, je regarde Allison, elle semble être à la fois amusée et horrifiée. Ses parents continuent de parler avec Leonard on reste là à les écouter.

Sa mère demande.

Pourquoi appelez-vous James votre fils ?

Si j’avais un fils j’aurais aimé qu’il soit comme James. Et comme je n’ai pas de fils, j’ai fait de James une sorte de fils, et j’aime l’appeler mon fils.

Pourquoi n’avez-vous pas d’enfants ?

Je n’ai jamais été marié, et je ne voulais pas avoir un enfant illégitime.

Pourquoi ne vous êtes-vous pas marié ?

J’aurais aimé, et j’aurais aimé avoir des enfants, c’est seulement que ça ne s’est pas présenté à moi, et je ne suis probablement pas fait pour le mariage. Heureusement j’ai rencontré James et j’ai fait l’expérience d’une forme de paternité qui me rend très heureux.

Le père d’Allison parle.

Qu’est-ce que vous faites, Leonard ?

Je suis un cadre d’affaires en semi-retraite.

Dans quelle branche ?

Je suis directeur pour la côte Ouest d’une grande entreprise italienne de placements financiers.

Quels genres de placements ?

Nous avons des intérêts dans le divertissement, les télécommunications, nous travaillons avec des syndicats, nous faisons des investissements à court terme, des prêts à des taux d’intérêt élevés.

Il regarde Barracuda.

Qu’est-ce que vous faites, Barracuda ?

J’étais agent de sécurité, je suis devenu chargé de l’encaissement, maintenant je suis assistant de direction.

Quelles tâches vous incombent ?

Ce qu’il faut faire.

Sa mère demande.

Vous voyez souvent James ?

Tout le temps, le plus possible.

Connaissez-vous ses parents ?

Des gens merveilleux. Il n’y a pas mieux. J’ai essayé de persuader son père de travailler avec moi mais il n’a pas voulu. Ils sont formidables, vous allez les adorer.

Son père demande.

Vous est-il possible de parler d’une des affaires que vous avez conclues ?

Je pourrais, évidemment, mais la politique de notre entreprise est de rester le plus discret possible. Nous n’aimons pas la publicité.

Les amis des parents d’Allison ont l’air troublés et fascinés. Leonard essaie de changer de conversation, entreprend de commenter les coiffures des femmes, leurs vêtements, leurs bijoux, se met à les couvrir de compliments. Il demande aux amis s’ils sont déjà venus dans ce restaurant avant qu’ils puissent dire non, il sourit et dit c’est génial vous allez adorer. Après quelques minutes il jette un coup d’œil à Barracuda, hoche la tête, ils se lèvent. Leonard me regarde, parle.

Quelle merveilleuse surprise, mon fils.

Je souris.

Ouais, c’est vrai.

On mange ensemble cette semaine ?

Ouais.

Il se tourne vers Allison.

Chaque fois que je vous vois, ça me brise le cœur.

Elle sourit.

Ravie de vous avoir vu, Leonard.

Il se tourne vers les parents d’Allison.

Il faut vous féliciter d’avoir une fille aussi belle, intelligente, et bien élevée.

Ils sourient tous les deux. La mère d’Allison parle.

Merci.

J’espère vous revoir, à l’occasion d’un mariage peut-être.

Ils rient en chœur. Allison parle.

On se calme, Leonard.

Il rit, recule.

J’espère que vous ferez un merveilleux repas.

Barracuda parle.

Content de vous avoir rencontrés, tous autant que vous êtes.

Ils font demi-tour et s’en vont. Je les regarde s’en aller tout le monde à la table se tourne et les regarde s’en aller, et quand ils ne sont plus à portée de vue, la mère d’Allison dit je ne suis pas sûre de savoir comment je dois le prendre, et on éclate tous de rire avec elle.

On regarde le menu. Avant que le serveur arrive, le gérant vient à notre table avec une bouteille de vin. Il parle.

Votre repas, ainsi que le vin, a déjà été commandé.

Il débouche la bouteille, remplit le verre du père d’Allison, qui le sent, le goûte, hoche la tête, dit il est excellent. Le gérant remplit le verre de tout le monde sauf le mien.

Quand il a fini il me regarde, parle.

Votre cola arrivera dans quelques instants.

Je ris, dis merci. L’ami des parents d’Allison prend la bouteille de vin, la regarde, dit waouh c’est du bon. Il tend la bouteille au père d’Allison, la nourriture arrive. Il y a des brochettes de bœuf de poulet et de crevettes, des huîtres avec de la sauce piquante, de la salade d’algues, de la salade d’épinards avec du thon à queue jaune, une marinade de poissons. On partage tout on se fait passer les plats. Sitôt qu’on a terminé, de nouveaux plats arrivent encore plus grands avec de plus grosses portions du tempura de crevettes, du tempura de homard, du lieu noir à la sauce miso, un barracuda entier frit ce qui me fait rire, du saumon teriyaki, du filet de bœuf avec une sauce aux poivrons. Dès qu’une bouteille de vin se vide une autre apparaît, dès que mon verre de cola est vide, on me le remplit. Un serveur se tient près de notre table pour s’occuper de tout ce que nous voulons, tout ce dont on a besoin. Les parents d’Allison et leurs amis sont subjugués par la nourriture le vin le service. J’ai déjà parlé à Allison de repas comme celui-ci avec Leonard c’est sa première expérience elle trouve ça merveilleux. Quand les plats principaux sont enlevés et la table nettoyée on nous apporte les desserts, gâteau au chocolat, glace à la mangue à la banane au gingembre à la noix de coco, riz au lait, fruits frais espressos et thé fin. Après le dessert le père d’Allison demande la note. Le serveur va chercher le gérant. Le gérant vient à notre table, parle.

Comment était votre repas ?

Autour de la table il entend génial, merveilleux, incroyable. Il reprend la parole.

Désireriez-vous autre chose ?

Le père d’Allison parle.

L’addition, s’il vous plaît.

Tout est déjà réglé, monsieur.

J’aimerais régler, s’il vous plaît.

Je regrette, monsieur, mais c’est impossible.

Je regarde le gérant, parle.

Merci.

Tout le plaisir est pour moi. N’hésitez pas à me faire savoir si vous désirez quoi que ce soit avant de partir.

Le gérant s’en va, on se lève et on part. On dit au revoir aux amis ils montent dans leur voiture et s’en vont, on grimpe dans mon pick-up et on part. Allison et sa mère sont sur les sièges arrière, son père sur le siège passager. Lorsque nous sommes environ à mi-chemin de Los Angeles, Allison et sa mère dorment toutes les deux. Son père me regarde, parle.

James.

Ouais.

Il faut que je vous parle de quelque chose.

D’accord.

Et il faut que vous soyez franc avec moi.

Bien sûr.

Votre ami Leonard.

Ouais.

Vous ne vous êtes pas rencontrés dans une station balnéaire de luxe, n’est-ce pas ?

Non.

L’avez-vous rencontré en prison ou en cure de désintoxication ?

Je l’ai rencontré en cure de désintoxication.

Pourquoi y était-il ?

La cocaïne.

Est-ce qu’il en prend toujours ?

Non, il ne prend plus rien. Moi non plus.

Et est-ce que directeur pour la côte Ouest d’une grande entreprise italienne de placements financiers signifie ce que je pense ?

Sûrement.

Est-ce que c’est une bonne ou une mauvaise chose ?

C’est ce que c’est.

Et son assistant de direction ?

Un homme merveilleux mais sans doute aussi ce que vous pensez qu’il est.

Le surnom Barracuda n’a rien à voir avec le poisson, n’est-ce pas ?

Non, ce n’est pas à cause de la pêche.

Est-ce que ma fille est en danger ?

Absolument pas.

Vous en êtes sûr ?

À la limite, votre fille bénéficie de sa protection. Leonard l’aime, il ne permettra jamais qu’il lui arrive quelque chose.

Et vous êtes impliqué dans ses affaires ?

Non.

Est-ce qu’il connaît réellement vos parents ?

Ouais, ils l’adorent.

Le père d’Allison regarde par la vitre. Il fait noir, la voie rapide est déserte. Il prend une grande inspiration, parle.

On vit dans un drôle de monde.

Ouais, en effet.

Il regarde par la vitre. Je conduis. Il se tourne vers moi.

Pourriez-vous remercier votre ami Leonard pour le repas, et lui dire ainsi qu’à son ami Barracuda que ç’a été un plaisir de les rencontrer.

Je souris.

Ouais, je lui dirai.

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