Titan

Frédéric Zumbiehl · Chapitre 16 sur 77

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Chapitre 11 · Le bureau d’Hellmann se trouvait au quatrième…

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CHAPITRE 11

 

Le bureau d’Hellmann se trouvait au quatrième niveau. Crane frappa deux coups rapides à la porte, puis, sans attendre de réponse, fit entrer Ellen et son fils.

Ellen fit un pas, puis s’arrêta. C’était la première fois en dix ans qu’elle revoyait son ancien mentor. Celui-ci s’était levé de derrière son bureau. Il le contourna, fit quelques pas vers elle puis stoppa lui aussi.

Hellmann avait bien changé. Ses traits s’étaient creusés, ses cheveux s’étaient clairsemés, mais plus encore peut-être que le reste, c’était son regard qui trahissait les ravages du temps et de la tension nerveuse. Malgré le large sourire qui lui fendait le visage, Hellmann paraissait au bout du rouleau. Sans un mot, il franchit l’espace qui les séparait en quelques pas, écarta les bras et serra Ellen contre lui. La jeune femme marqua un temps d’hésitation, puis lui rendit son étreinte. Après tout, une telle démonstration d’émotion n’engageait à rien de plus que ce qu’elle était : superficielle.

- Ellen… mon Dieu !

Hellmann la tenait maintenant par les épaules, les bras tendus, et la regardait dans les yeux d’un air ravi. Ellen avait de son côté bien du mal à lui rendre la pareille. Elle se força à sourire malgré elle, mais l’hypocrisie n’était pas son for. Finalement, elle tourna le regard vers son fils, qui se tenait debout à ses côtés, l’air un peu gêné.

- Matthias, je te présente mon ancien professeur, le docteur Karl Hellmann.

Hellmann se désintéressa d’Ellen pour se pencher vers Matthias, à qui il tendit la main.

- Bonjour Matthias, je suis très heureux de faire ta connaissance.

- Bonjour monsieur, répondit Matthias d’une voix assurée.

Une bouffée d’émotion envahie Ellen à la vue de son fils serrant la main d’Hellmann. Par un étrange mimétisme perdurant par delà le temps et les générations, l’attitude de Matthias lui rappelait en tout point celle de Marcus lorsqu’elle l’avait présenté à Hellmann près de quinze ans plus tôt. Même rectitude du corps, même regard assuré.

Une boule coincée au fond de la gorge, Ellen s’avança vers le coin salon du bureau où son ancien professeur l’invita à venir s’asseoir. Sur un signe de tête, Crane s’approcha de Matthias et entraîna le jeune garçon vers la porte en lui parlant gentiment. Ellen leur lança un regard inquiet, mais Hellmann s’empressa de la rassurer.

- Ne t’inquiète pas. Leviticus a l’habitude des enfants. Nous avons ici une ménagerie qui intéressera bien plus ton fils que notre conversation.

- Vous faites des expériences sur des animaux ? s’alarma Ellen.

- Non. Nous ne les utilisons que pour l’effet calmant qu’ils ont sur les patients. Nous avons des chiens, des singes, quelques chevaux, et même un grand bassin avec des dauphins.

Ce n’était bien entendu pas l’exacte vérité. Si la vertu calmante des animaux était incontestable et utilisée, elle n’était en aucun cas la raison première de leur présence ici. Mais Hellmann, connaissant le côté sensible de son ancienne élève, jugea plus prudent de ne pas lui expliquer à quoi ils servaient réellement.

Le temps était venu de jouer le rôle pour lequel il s’était préparé depuis longtemps.

Hellmann inspira profondément, recentrant ses idées, se concentrant pour l’épreuve qui l’attendait. Ellen était non seulement une psychologue accomplie, mais également son ancienne élève. Elle le connaissait bien et le percerait à jour au moindre faux pas.

Hellmann se composa une expression grave et se pencha vers sa condisciple en la regardant au fond des yeux.

- Ellen, j’ai beaucoup de choses à te dire, lança-t-il de sa voix la plus profonde.