Titan

Frédéric Zumbiehl · Chapitre 73 sur 77

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Titan

Chapitre 68 · Debout, les jambes largement écartées, Moffat tenait…

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CHAPITRE 68

 

Debout, les jambes largement écartées, Moffat tenait à pleines mains la hampe de cuivre de la lance à incendie du hangar aviation. Il sentit la pression arriver et se crispa. La manche, derrière lui, se gonfla comme un serpent en colère. Sandra, qui venait d'ouvrir la vanne d'arrivée d'eau, accourut. Quelques gouttes s'échappaient de l'extrémité de la hampe et coulaient par terre. La jeune femme fit glisser silencieusement l'une des portes d'entrée de quelques dizaines de centimètres. Moffat s'avança maladroitement, serrant son arme improvisée comme s'il tenait un canon surpuissant. Sandra vînt s'appuyer contre lui.

- Tiens bon la barre, Chérie, ça va nettoyer, chuchota Moffat.

Puis il siffla doucement entre ses dents. Aussitôt, la silhouette du soldat pivota. Moffat manœuvra le levier de commande de la lance. Celle-ci tressauta violemment entre ses mains ; un jet d'eau d'une extrême violence frappa l'homme en pleine poitrine et le catapulta littéralement en arrière, le balayant comme un fétu de paille. Les pilotes restèrent figés une seconde, puis le jet surpuissant les balaya à leur tour. Maîtrisant leur arme à grand peine, le corps soudé l'un à l'autre, l'ingénieur et sa compagne firent quelques pas chancelants en avant. Percutés par un déluge d’eau sous pression, n’ayant rien à quoi se raccrocher, les trois hommes glissèrent sur le dos, inexorablement poussés vers le bord externe de l'aire d'appontage. Les pilotes furent éjectés et tombèrent vers la mer, soixante mètres plus bas, tandis que le garde, dans un suprême effort, parvint à s'agripper à la grille d'amarrage des hélicos. Il resta là, immobilisé, tournant la tête dans tous les sens pour éviter le jet surpuissant. Il voulut crier mais le flot sous pression emplit brutalement sa bouche. Il lâcha prise et disparu dans le vide sans un cri.

Moffat ferma la vanne et posa la lance au sol. Il prit appui sur les genoux dans un geste futile pour reprendre son souffle. A ses côtés, Sandra inspirait et expirait profondément.

- Bien... et maintenant... à lui ! dit Moffat entre deux respirations profondes.

D'un signe de tête, il désigna l'hélico du CoTac.

Moffat se redressa lentement. L'obscurité les enveloppait comme un linceul. Le réchauffement dû à l'exercice physique intense qu'ils avaient mené quelques instants plus tôt, s'évaporait déjà. Moffat réprima un frisson, puis fit signe à sa compagne de le suivre. Ils s'approchèrent discrètement du Black Hawk, prenant bien garde de rester hors de vue depuis les hublots de la cabine.

- Donne-moi la caméra, chuchota Moffat.

Sandra marqua un temps d'hésitation, puis se rappela le petit objet que Moffat lui avait donné, juste avant l'assaut des troupes d’Hellmann. Elle sortit la caméra miniature d'une de ses poches et la tendit à l'ingénieur. Celui-ci l'examina un moment, puis la lui rendit. Moffat poussa Sandra tout contre la carlingue, à l'aplomb de la porte latérale, tandis qu'il se positionnait face à elle. En prenant bien garde de ne pas apparaître devant la vitre de la porte, il orienta la main de Sandra de façon à braquer la caméra droit sur lui.

- Tiens-là bien comme ça et ne fais pas un bruit.

Il se redressa de toute sa taille, mouilla ses doigts avec sa langue et se lissa les cheveux.

- A quoi tu joues ?

- Tu vas voir... Enlève le scotch et enfonce l'interrupteur.

Le CoTac ne quittait pas ses écrans des yeux. Son regard sautait alternativement de l'un à l'autre, en un ballet bien réglé. L'un des moniteurs hors service s’anima tout à coup. C'était un de ceux du Central qui avait été désactivé par l'équipage avant leur arrivée. Intrigué, il vit un visage en gros plan ; un visage sombre dans un environnement encore plus noir. Il mit quelques secondes à reconnaître l'ingénieur de couleur, ce Donald Moffat. Etrangement, celui-ci gesticulait avec véhémence, comme s'il voulait le prévenir de quelque chose de grave ; plus que ça, de vital !

Intrigué, le CoTac se pencha vers l'écran. Les paroles de Moffat étaient inaudibles. Il tourna un potentiomètre situé juste sous le moniteur, d'abord progressivement, puis jusqu'à son maximum. En vain ; seul un bruit de fond grésillait dans ses écouteurs.

Moffat poursuivit ses mimiques silencieuses encore quelques secondes, puis brusquement, il colla sa bouche contre le micro intégré de la caméra et cria de toutes ses forces.

Le bruit fut épouvantable. Le CoTac hurla de douleur. Il arracha son casque et se plaqua les mains sur les oreilles, le visage tordu de souffrance. La porte latérale s'ouvrit ; il n'eut pas le temps de saisir son arme, à peine celui de reconnaître Moffat dont la silhouette s'encadrait dans l'ouverture, et un poing énorme lui arriva droit entre les yeux.

Moffat frotta sa main endolorie.

- Si vous voulez éviter les emmerdes, les mecs, ne faites jamais, au grand jamais, chier un Moffat ! Troisième précepte, annonça l’homme de couleur à sa compagne.