Titan
- Cela fonctionne également avec les animaux.…
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- Cela fonctionne également avec les animaux. Mon équipe et moi-même avons fait une expérience assez édifiante avec des poussins. Vous savez que juste après sa naissance, un poussin considère comme étant sa mère la première chose en mouvement qu’il aperçoit. Nous avons placé une cage et un tychoscope sur une table traçante. Un tychoscope, pour ceux qui ne sont pas très versés dans les expériences parapsychologiques, est un petit cylindre muni de roues, qui se déplace de façon totalement aléatoire grâce à un moteur électrique. Un crayon placé sous son ventre permet de relever le tracé de ses déplacements. Dès la sortie de sa coquille notre poussin a pris le tychoscope pour Maman Canard. Qu’est-ce que l’on désire le plus au monde lorsque l’on est un petit poussin ?…et pas qu’un poussin d’ailleurs (rires étouffés dans la salle)… Etre avec sa Maman ! Le relevé des tracés du tychoscope a révélé qu’il s’était approché deux fois plus de la cage que son déplacement aléatoire ne l’aurait supposé. La même expérience reproduite avec un poussin connaissant sa vraie mère, a bien entendu montré un déplacement parfaitement aléatoire du tychoscope.
- Qu’est-ce que cela prouve ? Que n’importe quel être vivant doté d’un cerveau peut influencer à distance la matière, de façon subtile, ou encore à très petite échelle, si vous préférez, sans aucune préparation ou entraînement. C’est une possibilité innée que nous possédons tous. Cette dernière caractéristique est au centre de mes recherches actuelles, je vais y venir dans un instant. Je voudrais auparavant faire une parenthèse sur deux autres aspects de la parapsychologie, afin d’être exhaustive dans mon exposé.
- Il existe deux autres types de manifestations bien plus démonstratives que celles dont je viens de vous parler ; il s’agit de la Bio et de la Macro-PK. Je ne ferai que les survoler, car ces deux derniers types de manifestations n’entrent pas dans le cadre de ce cycle de conférences.
- La bio-PK est une interaction de l’esprit sur la matière vivante, que les guérisseurs, les chamans, les magnétiseurs pratiquent depuis les temps immémoriaux. Si l’on étudie l’histoire de l’humanité du point de vue parapsychologique, on s’aperçoit très vite qu’elle est parsemée de manifestations bio-psychokinétiques. Transmission du « Souffle divin», imposition des mains et autres « signes de Dieu ». Les textes anciens les citent par centaines, de la Bible aux antiques écrits égyptiens, en passant par Socrate, Platon, Aristote, pour ne citer que les plus illustres. La célèbre devise royale du Moyen Age « Le Roi te touche, Dieu te guérit » introduit l’idée que le roi est dépositaire d’un pouvoir de guérison divin.
- Je ne développerai pas plus avant ce passionnant sujet. Mon collègue historien et ethnologue, le professeur Adam Grindberg, est, dans ce domaine, bien plus qualifié que moi et débutera un cycle de conférence sur ce thème le mois prochain. Je vous incite très vivement à le suivre.
- Avant de passer à la conclusion, venons-en maintenant au dernier type de manifestation parapsychologique, qui est aussi le plus controversé, je veux parler de la macro-PK. Pourquoi controversé ? Parce que nous atteignons ici non plus les lois de la physique quantique, mais celle de la physique tout court ! Lévitation, production de chaleur, d’énergie électrochimique ou électromagnétique, déplacement d’objets, phénomènes de poltergeists. Les lois de la physique rationnelle sont ici bafouées et la science rationaliste tire à boulets rouges en parlant de charlatanisme. Je n’entrerai pas dans ce débat. La polémique non constructive ne m’intéresse pas. Pour ceux néanmoins que cela passionne, sachez qu’il en existe de nombreux témoignages dans les écrits socio-religieux de notre histoire, depuis l’antiquité jusqu’à nos jours. Beaucoup d’ouvrages contemporains existent sur ce sujet, que je vous invite expressément à lire. Vous trouverez toutes les références de ces livres sur le site Internet de notre institut.
- Pour conclure cette conférence, j’aimerais vous présenter maintenant le projet sur lequel mon équipe et moi travaillons depuis maintenant cinq ans. Il s’agit du Projet de Conscience Global, un vaste programme de recherche paranormale, à l’échelle de la planète entière. Je tiens à signaler que nous n’en sommes ni les initiateurs, ni les propriétaires. Ce programme a été lancé il y a maintenant neuf ans par Dean Radin de l’université du Nevada, Dick Bierman de l’université d’Amsterdam et Dieter Vaitl de l’université de Giessen. En 1996, ils eurent l’idée de tester la nouvelle génération de GNA, inventée par Roger et Greg Nelson, respectivement psychologue du PEAR et expert en intelligence artificielle à l’American Nuclear System. Ces Générateurs Numériques Aléatoires nouveaux modèles fonctionnent de la façon suivante : à chaque seconde, ils génèrent une séquence de deux cents bit informatiques, une séquence aléatoire de zéros et de un si vous préférez. C’est un peu comme si on lançait deux cents pièces de monnaie en l’air à chaque seconde et que l’on notait chaque résultat. Ces GNA sont reliés à des ordinateurs, qui transfèrent automatiquement les données toutes les cinq minutes à un ordinateur central, situé au PEAR de Princeton. Un réseau de GNA a été placé en cinquante six points sur la surface terrestre, une vingtaine en Amérique du nord, trois en Amérique du sud, une quinzaine en Europe, trois en Afrique et enfin treize répartis entre l’Asie et le Pacifique. Toutes les cinq minutes, le PEAR collecte les infos.
- Quels sont les résultats obtenus ? Depuis 1998, l’ordinateur central de Princeton trace une courbe qui fluctue plus ou moins aux alentours d’une valeur que nous avons dénommée « ligne de base du hasard ». Or, cette courbe ne suit pas le tracé qu’elle devrait. A chaque fois qu’un évènement à forte connotation émotive se produit dans le monde, tel que l’enterrement de Lady Diana, ou bien celui de Mère Térésa, la courbe subit un pic plus ou moins significatif.
- Le 11 Septembre 2001, la courbe commença à augmenter quelques minutes après le premier crash. Elle atteindra un pic peu après l’effondrement de la deuxième tour.
Ellen marqua une pause, fixant l’assistance de son regard pénétrant, maintenant en haleine son public.
- Quelque chose affecte les GNA, reprit-elle, quelque chose que nous nommons « conscience globale », autrement dit, un état psychique de l’humanité. Lors de ces évènements dramatiques, des millions de cerveaux sont entrés en interaction pour communier dans l’émotion, créant une sorte de champ de conscience globale. Nous touchons ici à ce que pressentait Jung lorsqu’il parlait d’inconscient collectif, ou encore Teilhard de Chardin avec sa « noosphère », ou conscience de la Terre. Le biologiste anglais Ruppert Sheldrake a élaboré une théorie plutôt pertinente, appelée « champs morphogénétiques », dont le principe de base est le suivant : chaque espèce vivante possède une sorte de mémoire collective, un champ de conscience reliant tous les inconscients de tous les individus de l’espèce en question. C’est ainsi qu’une caractéristique vitale émergeant au sein d’une population d’une espèce donnée, parfois même isolée, finit par se transmettre dans l’espèce à l’échelle du globe sans qu’il n’y ait forcément de contact physique entre les individus. Cette théorie s’adapte parfaitement au vol de masse des oiseaux. Un vol d’étourneaux, par exemple, évolue comme une seule et même entité, à la manière des poissons se mouvant en bancs. Là où certains scientifiques évoquent une sorte de mystérieuse « résonance affective », les mystiques, eux, parlent « d’âme groupe ». Mais, à la fin du compte, sous des appellations différentes, n’est-ce pas la même chose ?
Ellen laissa son auditoire digérer cette masse d’informations avant de reprendre d’une voix claire et vibrante de passion communicative.
- Où en sont nos recherches ? Et bien, nous savons que cela se produit, c’est un fait incontestable. Ce que nous ne savons pas, c’est comment cela se produit. De quelle façon les milliers ou millions de cerveaux humains qui focalisent émotionnellement au même instant sur ces évènements, tissent une toile d’énergie capable d’influencer nos GNA à l’échelle de la planète entière. Nous mettons toute notre volonté à répondre à ces questions, et, vous pouvez me faire confiance, nous trouverons les réponses !
Ellen laissa ses dernières paroles pénétrer le public.
- Je vous remercie de votre attention, conclut-elle d’une voix chaleureuse.
Il y eut à peine une seconde de battement avant qu’un tonnerre d’applaudissements n’explose dans la salle. Les acclamations sincères étant une gratification relativement rare dans un domaine aussi décrié, Ellen les goûta avec plaisir. Lorsque les applaudissements se furent un peu calmés, elle reprit le micro pour préciser l’adresse de son site internet, où, dit-elle, on pouvait suivre au jour le jour l’évolution du projet de conscience globale, ainsi que celle de ses propres recherches.
Elle reposa le micro sur son support au moment même où Lenny Chen vint la tirer par la manche.
- Ellen, il est tard, faut qu’on y aille !
Agé d’une trentaine d’années, d’origine asiatique, Lenny Chen était son premier assistant, un jeune type qui prenait son boulot tellement au sérieux qu’il devait probablement en rêver la nuit. Sa tenue Jean-basket-sweetshirt contrastait pour le moins avec l’élégante tenue d’Ellen – un pull en cachemire noir moulant sur un pantalon gris à coupe droite -, mais sous ses airs d’ado attardé tendance geek, c’était une sacrée pointure dans le domaine des sciences cognitives, doublé d’un spécialiste en informatique ; deux atouts parfaits pour le programme de conscience globale. Ellen l’avait engagé deux ans plus tôt, après son troisième cycle au MIT. Il s’était montré si compétent, si acharné dans son travail, qu’elle lui avait peu à peu délégué la plupart de ses dossiers et qu’elle le laissait maintenant gérer son agenda.
Ils sortirent rapidement du campus, éludant poliment mais fermement plusieurs personnes qui tenaient à poser des questions. Ils avaient une longue route à faire et ne voulaient pas s’attarder. Les mondanités qui suivaient habituellement ce genre de conférence furent réduites à leur plus simple expression : Ellen serra les mains du doyen de l’université, des organisateurs et de quelques autres personnages de marque, avant de s’éclipser. Elle avait eu la délicatesse de les prévenir au préalable, aussi ces derniers ne s’en formalisèrent-ils pas.
Ils quittèrent le campus et montèrent dans une Ford de location, dont Lenny prit le volant, direction Los Angeles. Palo Alto étant situé au sud de San Francisco, ils n’avaient pas à traverser la ville, ce qui était déjà ça. Lenny s’engagea sur la nationale 101, vers le sud et mit le cruise control dès que la circulation devint fluide.