Titan
Chapitre 34 · - Vous en êtes sûr ? Mc…
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CHAPITRE 34
- Vous en êtes sûr ? Mc Pherson fixait Moffat d’un air peu aimable.
Le cadre de la Norstrom, Moffat, Deville et Paxton se faisaient face autour de la table à cartes. A l’aire de l’informatique où le support papier pouvait paraître désuet, les marins et aviateurs appréciaient toujours autant la clarté et la précision d’une bonne carte. La surface représentait quatre fois celle d’un écran vidéo, facilitant la visualisation des détails, sans compter que l’on pouvait écrire dessus. Moffat ne s’en était pas privé ; il avait tracé une ligne partant de la position de la plate-forme et s’étirant vers le sud, et posé juste à côté quelques opérations d’une écriture rapide et précise.
- C’est mathématique, répondit Moffat. La VHF a une portée optique, ce qui veut dire que plus l’antenne est haute, plus la portée augmente. Si on fixe une antenne sur un ballon météo et qu’on l’envoie à cent mètres d’altitude, on devrait pouvoir tripler la portée.
Deville posa un doigt à l’extrémité sud de la ligne tracée par Moffat.
- La route maritime la plus proche passe ici, dit-t-il. A quatre vingt dix nautiques de notre position.
- On sera en limite de portée, renchérit Moffat, mais c’est jouable.
- John, qu’est-ce qu’on a comme type de navire sur cette route ?
- C’est assez variable, des portes-containers, des pétroliers, des méthaniers, des bâtiments militaires, répondit Paxton.
- Quatre vingt dix nautiques à la vitesse moyenne de vingt cinq nœuds, ça fait exactement trois heures et trente six minutes. Nous aurons trois heures et demi entre le début du déroutement du navire et son arrivée ici.
- Comptons trente minutes de plus pour le transbordement, souffla Paxton.
- Quatre heures en tout. Ça fait long, dit Deville.
Son front se creusait de profondes rides.
- Je suppose qu’avec un satellite espion nous observant, ils vont remarquer le ballon ? reprit-il.
- Sans le moindre doute, dit Moffat.
- Donc, à partir du moment où nous l’enverrons, le chrono sera lancé, poursuivit Deville. A votre avis, combien de temps leur faut-il pour déclencher un typhon ?
- Si l’on prend comme base de données notre première expérience, déclara Paxton, je dirais environ cinq heures.
- Le timing risque d’être serré, mais nous n’avons pas d’autre choix.
- A moins qu’ils ne tentent autre chose de plus rapide à mettre en place.
- Tu penses à quoi ?
- A un raz de marée.
Deville fixa Paxton d’un air pensif.
- Il est fort probable que ce soit de toute façon la prochaine étape, fit Mc Pherson.
- Pour tenter de nous sauver, nous allons mettre en danger la vie d’un équipage entier. N’oubliez pas ça, messieurs.
Un silence s’imposa entre les quatre hommes, vite rompu par Moffat.
- Marc, on ne va pas rester là sans rien faire quand même ?!
Deville le fixa en hochant doucement la tête.
- Non Donald, nous allons tenter le coup. Lance ton antenne.
- C’est parti !
Moffat marcha vers Kanamura, qu’il réveilla sans ménagement.
- Ruitchi, bouge-toi le cul et viens m’aider, on a du boulot mec !
*
Le sol gris clair du hangar hélicoptère renvoyait la lumière crue, presque éblouissante, des projecteurs au sodium montés sur trépieds tout autour du Super Puma. L’appareil était éclairé comme un patient dans un bloc opératoire. Ce qu’il était, en quelque sorte.
Une large tache de liquide hydraulique s’étendait sous son fuselage, révélant un sérieux problème mécanique, tandis que les deux pilotes fourrageaient dans l’entrelacs de câblage et de tuyauterie de la liaison hydraulique du rotor principal. Cole jura entre ses dents quand la clé à cliquet lui échappa des mains. Le fluide hydraulique imprégnait tout le compartiment, rendant chaque équipement glissant. Ils avaient passé plus d’une heure à contrôler chaque centimètre de tuyauterie et ce qu’ils avaient craint s’était vérifié : on avait percé le réservoir. Cole s’escrimait maintenant à le démonter, mais l’exiguïté du compartiment compliquait le travail. Il grimaça, jura encore une fois quand sa clé, glissante comme une anguille, lui échappa. Finalement, il enleva le dernier boulon.
- Ça y est… attrape-le par le bas.
Sandra, les manches retroussées, entra les bras dans l’ouverture et aida Cole à soutenir le réservoir hydraulique. A force de tâtonnements, ils parvinrent enfin à le dégager et le portèrent vers un établi au fond du hangar. Ils le posèrent à l’envers et contemplèrent, catastrophés, l’ampleur du désastre. Une déchirure, ou plutôt une coupure bien nette le découpait sur toute sa largeur. Cole laissa ses doigts courir dessus, comme pour s’assurer tactilement qu’il ne rêvait pas. Quelque chose, à une extrémité, attira son attention. Il se pencha pour observer plus attentivement.
- On a affaire à un petit malin on dirait. Regarde, comme il n’y a pas la place pour passer une disqueuse, il a percé trois trous alignés pour glisser une lame de scie à métaux.
- Ce n’est pas réparable, conclu Sandra.
La jeune femme poussa un long soupir. Ils échangèrent un regard qui en disait long sur leur déconfiture.
- Viens, on va voir le Hugues, lança-t-elle.
Ils se précipitèrent vers le second appareil.