Titan
Chapitre 31 · - Alors ?
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CHAPITRE 31
- Alors ?
Moffat fit une mimique éloquente.
- Je crois bien qu’on est baisé !
Deville s’assit à ses côtés avec un soupir. L’informaticien avait les yeux rivés à son écran et pianotait d’une façon experte sur son tabulateur. Mais chaque nouvelle page de données lui arrachait une grimace.
- J’ai peur de comprendre…
- Explique-toi.
- Pour commencer, il faut connaître la première règle : toute communication satellite ne peut se faire qu’en ligne droite. Autrement dit, le satellite doit être dans l’hémisphère visible. Ensuite, il faut orienter la parabole avec précision, suivant un axe de visée très étroit, ce qui implique de connaître ses coordonnées exactes. Notre satellite relais est un COMSAT ERS 60 tout ce qu’il y a de plus standard. Il appartient au réseau Globalstar, une compagnie privée qui loue ses lignes dans le monde entier. Elle possède six satellites en orbite géostationnaire qui couvrent à eux seuls la totalité du globe. L’ERS qui nous intéresse est à 35800 kilomètres d’altitude, approximativement au-dessus du Brésil. Sur les 120 000 circuits téléphoniques, la Norstrom en a achetés 650, rien que pour Titan. Ça peut paraître peu, vu la masse de données que l’on a à transmettre, mais avec les algorithmes de compression…
- Donald, la version simple s’il te plait !
- Pardon (il se frotta l’arrière du crâne). Ce que je veux dire, c’est que tout notre système fonctionne normalement, je l’ai vérifié et re-vérifié. J’en ai donc déduit que c’est le satellite qui déconnait. Mais dans l’urgence, j’avais oublié un truc. Quand un ERS tombe en panne, tous les opérateurs sont automatiquement basculés sur le satellite le plus proche. C’est automatique ; l’absence de signal, au bout d’un certain délai, engage une procédure de recalage sur les nouvelles coordonnées qui sont en mémoire. Sauf que là, il ne s’est rien passé. Pas de relais, que dalle ! Et quand j’ai craqué le code pour me connecter sur le FLEET de la marine, ça n’a pas marché non plus. Là, j’ai commencé à avoir un doute. Et puis j’ai essayé autre chose. (il pointa un doigt vers le classeur des procédures d’urgence, ouvert sur la console à côté de lui). En dernier recours, on peut passer sur un réseau concurrent. Ce n’est pas recommandé parce que débouler sans crier gare dans un système commercial, ça peut foutre le bordel, saturer les lignes et coûter cher à la compagnie en dommages et intérêts. Voilà pourquoi c’était planqué au fin fond des dernières rubriques. Bref, j’ai trouvé les coordonnées du réseau IMMARSAT. C’est un ensemble de quatre satellites géostationnaires qui servent essentiellement aux transmissions aériennes et maritimes. La couverture est planétaire et nous en avons deux en portée optique. J’ai donc réorienté la parabole.
- Depuis votre terminal informatique ? interrogea Mc Pherson.
- Ouais. L’antenne radar est fixée sur une monture polaire et horizon-horizon animée par un vérin électrique que je peux commander depuis ce terminal. On a 120° de balayage azimutal et 180° en site. Je n’ai eu qu’à entrer les nouvelles coordonnées.
- Et alors ?
- Et alors rien.
Moffat regarda Mc Pherson, puis Deville.
- J’ai essayé avec le deuxième IMMARSAT. Et ça n’a rien donné non plus (il poussa un soupir). Le signal radio part d’ici mais ne parvient à entrer en contact avec aucun des quatre satellites vers lesquels j’ai successivement orienté la parabole.
- Ce qui veut dire ? demanda Mc Pherson.
- C’est évident non ? Quelqu’un brouille notre signal !
- Quoi ?!
- Nous sommes brouillés !
- Donald, ça ne tient pas debout, tempéra Deville. Qui voudrait faire une chose pareille ?
Ellen avait écouté la conversation sans mot dire, un horrible doute s’installant graduellement jusqu’à l’assaillir maintenant totalement.
- Je crois que j’ai une idée, fit-elle d’une voix qu’elle ne reconnut pas.
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