Titan
Chapitre 52 · Le Central était plongée dans la pénombre.…
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CHAPITRE 52
Le Central était plongée dans la pénombre. La pâle luminescence des écrans jouait sur les visages, amplifiant les creux, les reliefs, esquissant des arabesques qui s'imprimaient sur les peaux comme autant de tourments.
Ellen et Moffat étaient assis dans les confortables fauteuils de la console radar. Juste à côté, se tenaient Paxton et Sandra, une fesse en équilibre précaire sur un coin de table. Deville se tenait debout, face à eux.
Une immobilité de pierre semblait les posséder, statufiant leurs silhouettes dans une gangue pétrifiée que venait caresser un sinistre jeu d'ombre.
Comme leur état d'âme.
- Vous pensez qu'il est dangereux ? demanda Moffat.
- Pas directement, je ne crois pas... Il n'a réussi qu'à faire saigner du nez Mc Pherson.
Elle fit une pause songeuse.
- Et puis, il voulait me défendre.
Paxton intervint à son tour.
- Il a quand même ouvert une porte étanche, blindée, lourde, et actionnée par un volant !
- Merde, c'est dingue ! lâcha Moffat.
- Et Matthias a parlé de sa balle... et de la barre chocolatée déballée sans même la toucher, fit Sandra.
- Rien de bien méchant.
- Rien de bien méchant ? Merde, ce cabot fait des trucs qui rendraient dingue David Copperfield lui-même ! riposta Moffat.
- Plus bas ! Tu vas réveiller le petit !
Sandra jeta un rapide regard vers la forme allongée, pelotonnée en chien de fusil, qui dormait à l'autre bout de la pièce. Ellen avait donné un sédatif à son fils, pour le calmer.
Moffat reprit, un ton plus bas.
- Ecoutez, quand on voit de quoi est capable le maître, j'ai pas tellement confiance dans son clébard. Dieu seul sait ce que ce Hellmann a programmé sur ce cabot !
- Docteur, êtes-vous certaine que c’est lui, le relais psychique ? demanda Deville. Ce n’est qu’un animal. Est-ce que son cerveau peut…
- Le cerveau d’un chien, bien que possédant des capacités cognitives moindres que celui d’un être humain, est, dans une certaine mesure, parfaitement semblable. De plus, ils ont eu tout le temps nécessaire pour s’harmoniser avec lui.
- Il faut donc l'attraper, dit Deville
- Et après ?
- Il faudra le neutraliser. Sinon, c'est le grand plongeon. (il regarda sa montre) Dans moins de trois heures, maintenant. On n'a pas le choix... Je suis désolé.
Ellen hocha lentement la tête, songeuse, réalisant ce qu'impliquaient les paroles de Deville : la mort du chien. Ainsi qu'un grave traumatisme affectif pour son fils. Mais leur survie était à ce prix.
Elle murmura, comme pour elle-même.
- J'aurais dû y penser plus tôt... Tout est de ma faute... Quelle idiote.
- Personne n'aurait pu imaginer ça.
Ellen baissa la tête. Si, elle aurait dû. Elle était la seule ici à connaître Hellmann, et même si ses ambitions professionnelles l'avaient dirigée dans une direction différente, elle était encore psychologue. Son métier consistait à analyser les autres, leur esprit, à décrypter les méandres tortueux de l'inconscient psychique qui dirigeait les actes de la vie de chacun aussi sûrement qu'un conducteur son automobile. Et elle n'avait pas perçu le plus évident, pas su lire dans l'esprit de son mentor. Ni même dans le sien, d'ailleurs... Elle avait manqué de recul, se focalisant complètement sur elle-même, totalement certaine, dans son égocentrisme, d'être la balise mentale d’Igor. Maintenant qu'elle y songeait, elle s'aperçut qu'au delà de l’horreur, elle en avait presque ressenti une fierté malsaine, tel un plaisir interdit qui exacerbait l'instinct cupide de son ego.
Les gens ramènent toujours tout à eux mêmes, à leur petite personne, tel un axe sur lequel tourne à l'infini leur petit univers personnel. Quelle vanité !
La même vanité qui avait poussé Karl dans ses recherches mégalomaniaques. Elle ferma les yeux.
Mon Dieu, toutes ces années de duperie...
Comment avait-elle pu être aveuglée à ce point ? Une petite voix, surgit du fin fond de son cerveau, lui susurra qu'elle n'avait pas encore pris toute la mesure de cet aveuglement. A cet instant, l'esprit de Karl lui apparut comme une poupée gigogne, une structure dont chaque niveau se révèle être d’une perfection totale. Oui, c'était cela, sauf que cette perfection se révélait à chaque fois plus machiavélique. Donc...
Deville coupa court à ses réflexions.
- Bien, allons-y. John et Donald, vous commencez par le pont supérieur. Vous descendrez ensuite à l'étage inférieur en restant dehors, par les passerelles. Ellen et moi, nous allons explorer les quartiers de repos et le réfectoire. Contact radio toutes les dix minutes. Personne ne joue au héros. Les premiers qui le localisent préviennent les autres. On avisera tous ensemble... Sandra, toi tu restes ici pour surveiller le radar... et nos amis.
D'un regard appuyé, il désigna Mc Pherson et Kanamura, tous deux affalés par terre, contre la paroi nord. Tous se levèrent.
Un Cheval de Troie miniature, voila ce qu’était Chimo. Et comme dans la
légende, son apparence n'avait que peu de rapport avec sa fonction. Et ses capacités.
Ellen arrêta ses compagnons d'un geste.
- Ecoutez… Je ne sais pas comment vous dire ça, mais… J'ai peur que Chimo n'ait pas démontré tous ses pouvoirs.
- Qu'est-ce que vous voulez dire ? interrogea Deville.
- Je ne sais pas exactement. Une intuition. Soyons prudents, c'est tout.
- Hé Doc, on peut savoir à quoi vous pensez, là ? demanda Moffat.
- Rien de précis, Donald, mais...
- Mais ?
- Hé bien... Chimo a des capacités de psychokinèse. Il peut donc interagir sur la matière à distance : provoquer un saignement, déplacer des objets. Nous l’avons vu. Je me pose donc deux questions. La première, c'est jusqu'où va sa puissance dans ce domaine.
- Autrement dit, s'il soulève une balle et ouvre une porte blindée, pourquoi est-ce qu'il ne projetterait pas une barre d’acier ou une rafale de boulons.
- C'est à peu près ça, oui.
- Et la deuxième ?
- Personne ne connaît les limites de l'esprit humain. Encore moins celui des animaux. Qui sait, peut-être qu’ils ont développé chez lui d'autres dons ?
- Quel genre ?
- Aucune idée.
- Ça promet !