Titan
Chapitre 60 · Un craquement d'allumette éclata dans le silence.…
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CHAPITRE 60
Un craquement d'allumette éclata dans le silence. Presque aussitôt, la lueur tremblotante d'une petite flamme perça l'obscurité, éclairant faiblement les mains entravées de Moffat, derrière son dos. Il se tourna de façon à éclairer le fond de la pièce, là où était stocké le matériel.
- Trouve quelque chose à brûler, n'importe quoi, vite !
Sandra, handicapée elle aussi par ses liens qui lui maintenaient les poignets sur l'occiput, fouillait fébrilement parmi le ramassis d'objets divers qui jonchaient le sol. Elle donna des coups de pieds dans des cartons, renversa leur contenu et finit par trouver ce qu'elle cherchait. Avec un soupir de soulagement, elle ramassa une bouteille d'alcool à brûler. Elle ôta rapidement le bouchon – assez adroitement compte tenu des circonstances -, se rapprocha de son compagnon et versa une petite flaque sur le sol.
Moffat laissa tomber l’allumette ; l'alcool s’enflamma et une lumière bleutée se répandit dans la cellule. L’ingénieur s'était tellement contorsionné pour sortir la boite d'allumettes de sa poche de devant de son jean, qu'il en avait des crampes aux doigts et les poignets tout endoloris. Mais il ne perdit pas de temps à s'en affliger et s'approcha du capharnaüm. Il attrapa un bout de tissu graisseux et vint rejoindre Sandra.
Il roula le morceau d'étoffe comme une feuille de papier à cigarette, se plaça dos à dos avec sa compagne, puis entreprit de l'enfoncer à tâtons dans le goulot. Il y parvint après quelques secondes d'effort. Sandra approcha la mèche des flammes et une lumière plus vive s’épancha dans la pièce. Moffat poussa un soupir d'aise, et, depuis longtemps, se permit un sourire.
- On y voit déjà plus clair.
Il revint vers l'amas de matériel, repéra un morceau cassé d'une lame de scie à métaux qu'il saisit maladroitement de ses longues mains osseuses. Il le tendit ensuite à Sandra.
- Ma poule, tiens-le comme ça, s'il te plait.
En regardant par dessus son épaule, Moffat entreprit de scier le collier en plastique qui lui entravait les mains. Il lui fallut plusieurs minutes pour y parvenir. Il libéra ensuite sa compagne. Avec une satisfaction non dissimulée, ils massèrent à l'unisson leurs poignets endoloris. Puis, leur sens pratique reprit le dessus. Tandis que l'ingénieur fouillait à nouveau parmi le matériel, Sandra tentait de faire tourner le volant de manœuvre de la porte étanche. Mais il était bloqué. Pire que ça, une voix assourdie leur cria de ne pas se fatiguer. Il y avait un garde devant la porte.
- Merde !
Sandra recula, dépitée. Elle jeta un oeil vers son compagnon qui examinait la pièce avec attention, en se frottant toujours les poignets. Elle consulta sa montre.
- Vaudrait mieux qu'on sorte de là vite fait. J'espère que t'as une idée, parce que là, je suis un peu en panne sèche.
- T'inquiète ma Poule, les idées, c'est pas ce qui manque.
Il se grattait maintenant le menton, l'air pensif.
- Suffit juste de trouver la bonne.
Son regard scrutait les murs, le plafond, le sol, comme s'il jaugeait le volume de la pièce.
- Mon grand-père était le Roi de la bricole. Il m'a appris pas mal de trucs dans ma tendre enfance.
Il fit brutalement demi-tour, fonçant vers le tas de bric à brac dont il éparpilla les composants dans toutes les directions. Il finit par dégager une longue bouteille métallique, qu'il redressa péniblement.
- Tiens, par exemple, sais-tu que l'oxygène (il désigna la bouteille) et la graisse sont des composant chimiquement antagonistes ?
Il la regardait fièrement, un grand sourire illuminant ses dents blanches, un bras passé négligemment autour du haut cylindre. Sandra secoua la tête.
- Don, on s'en tape ! Ce qu'il nous faut, c'est un chalumeau !
Le grand noir entreprit de tirer la lourde bouteille vers l'entrée.
- Ouais, et dans cent ans, quand les arrières petits enfants de l'équipe de renflouage du Titanic auront sorti notre tas de ferraille des grands fonds et ouvriront la porte de cette putain de cellule, ils verront nos deux squelettes arque boutés sur cette saloperie de chalumeau, siffla-t-il entre ses dents serrées par l’effort.
- Où est-ce que tu veux en venir ?
- Et bien je pourrais enfin reposer en paix dans le cimetière de ma famille
- Ouais, et alors ? fit Sandra.
Elle fouillait parmi le matériel et finit par extirper une vieille pompe à graisse toute maculée qu'elle tint quelques secondes devant ses yeux, entre le pouce et l'index. Elle l'examina d'un air dégoûté, avant de la jeter et d'essuyer la main sur sa combinaison de vol. Entre-temps, Moffat avait atteint la porte, contre laquelle il appuya la lourde bouteille d'oxygène. Il reprit son souffle un instant.
- Alors, il y aura forcément une stèle, poursuivit-il. Et sur cette stèle, il y aura mon épitaphe. Et tu sais ce qu'il y aura écrit ? Ci-gît Donald Moffat, valeureux ingénieur, mort par overdose de connerie.
- J'te suis pas là... Oh, ça y est !
Sandra se redressa soudain, exhibant un chalumeau avec un sourire triomphant. Moffat secoua la tête d'un air blasé.
- Sandra, cette porte, on en a pour deux jours avec ça (il pointa un long doigt décharné et accusateur). Et l'autre sbire qui nous attend derrière, tu l'as oublié ?
Le sourire de Sandra se figea comme un oiseau atteint en plein vol par un trait mortel. Son air enjoué s’évanouit.
- Tu as une meilleure solution ?
- Un peu mon n'veu... L'oxygène (il désigna la bouteille d'un coup de pouce nonchalant) et la graisse (il fit un geste significatif vers la pompe aux pieds de sa compagne), ça fait une bombe !
Son visage s'éclaira d'un grand sourire.