Titan

Frédéric Zumbiehl · Chapitre 37 sur 77

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Titan

Chapitre 32 · - Docteur Menken, si j’ai bien compris,…

 

- Docteur Menken, si j’ai bien compris, vous avez été envoyé ici par l’armée américaine, afin de valider une expérience parapsychologique, mais vous pensez que l’on vous a trompé sur la teneur de cette expérience, et que ce qui nous arrive est causé par cet institut militaire ultra-secret.

- Oui.

Ellen se détourna de Deville, envahie par une lassitude extrême. Ils étaient tous affalés dans des fauteuils, aux abords de la console des communications. Un silence malsain s’installa brièvement, chacun tentant de digérer les informations que venait de leur fournir la psychologue. Elle n’avait rien caché de sa rencontre avec Hellmann, de sa visite à l’institut et de sa confrontation avec Igor Gogolov.

- Bon Dieu, un truc pareil, c’est pas possible ! explosa Cole. C’est de la science-fiction ! Vous imaginez la puissance pour déclencher un typhon !

- Et le contrôler, renchérit Sandra.

- Ce qui n’est pas possible, c’est qu’il se soit formé dans ces conditions, rétorqua Kanamura. Il était d’une pâleur extrême et parlait lentement, comme s’il était sous l’emprise d’une drogue. Ce qui était peut-être le cas, songea Ellen.

- Est-ce que le programme HAARP vous dit quelque chose ? demanda Mc Pherson.

- Attendez, ouais, j’ai entendu parler de ce truc, répondit Moffat. C’est une expérience secrète de la NASA pour contrôler le climat !

- Pas de la NASA, mais de la Navy, de l’US Air Force et du Département de la Défense.

- Bon, d’accord.

- Comment vous savez ça, vous ? lâcha Deville d’un ton inquisiteur.

- C’est sur Internet. Vous n’allez jamais surfer ?

- Que savez-vous sur ce projet HAARP monsieur Mc Pherson ? demanda Ellen.

Une idée folle lui venait soudain à l’esprit, mais elle avait besoin de plus d’informations pour l’étayer.

- Et bien, enchaîna-t-il avec le sourire, apparemment heureux, malgré les circonstances, de pérorer devant une jolie femme. D’après ce que j’ai lu, c’est une sorte d’émetteur radio d’une puissance phénoménale capable d’envoyer dans la stratosphère des quantités énormes d’énergie, qui pourraient modifier les courants aériens…

- Pas dans la stratosphère, mais dans l’ionosphère, le coupa Kanamura. C’est basé sur les travaux de Nicolas Tesla sur l’énergie électromagnétique. On envoie sur une zone ciblée de la ionosphère une quantité d’énergie électromagnétique bien précise, d’un niveau équivalent à l’explosion d’une bombe nucléaire, ce qui permet de modifier les courants aériens en très haute altitude.

- Et ? fit Mc Pherson.

- Et cela perturbe l’équilibre climatique, fit-il la tête basse. Plusieurs de mes collègues sont persuadés que la violente tempête de 99 sur l’Europe a été initiée par HAARP.

- Comment tu connais ça ? s’étonna Moffat.

- C’est un secret de polichinelle. Dans le milieu de la météo, tout le monde en a entendu parlé. Et de plus en plus de mes collègues sont inquiets, parce que jouer avec la couche ionosphérique peut être dangereux. C’est ce qui nous protège des rayons solaires mortels.

- Ah merde ! lâcha Moffat.

- Mon Dieu, fit Ellen. Elle ferma les yeux en inspirant profondément. Je crois que je comprends… Ils ont couplé les deux programmes.

- Comment ça ? demanda Moffat

- Ils ont associé les capacités paranormales de Igor à la puissance de ce… de HAARP.

- Mais comment ?

- Probablement avec un amplificateur psychique. Ils ont modifié les courants atmosphériques pour déclencher cette tempête et Igor l’a dirigée sur nous.

- Admettons. Mais pourquoi nous ? Pourquoi sur Titan ? C’est des militaires, merde, alors pourquoi ils ne font pas leurs expériences sur un porte-avions, une base quelconque ? Vous avez vu ces images des essais atomiques dans le Pacifique, à Bikini ? Ils faisaient sauter leurs saloperies nucléaires juste à côté de navires militaires déclassés, pas civils !

- Les temps ont changé, monsieur Moffat, rétorqua Mc Pherson. Les crédits militaires sont limités. Titan est la construction maritime la plus solide au monde. Quel meilleur test que de réussir à la détruire ?

- Et nous alors ? Ils auraient pu nous évacuer !

- La CIA a causé la mort de millions d’individus dans le monde ces cinquante dernières années, les guerres illégitimes déclenchées par les différents gouvernements, du Vietnam à l’Irak en ont fait plus encore. Vous croyez vraiment qu’ils se soucient de la vie d’une petite poignée d’individus ?

Moffat resta coi quelques secondes, avant de souffler : « Les enculés ! »

- Je ne vous le fais pas dire, termina Mc Pherson.

- Le programme Energia est donc une arme, murmura Ellen, en fixant le

sol d’un regard vide.

- Le programme Energia ? De quoi parlez-vous docteur ? fit Deville.

- C’est le nom qu’Hellmann a donné à ce projet. Energia est…

- L’arme ultime, termina Mc Pherson. Ces salopards sont en train de

mettre au point l’arme ultime !

- Qu’est-ce que vous voulez dire ? fit Paxton.

- Imaginez un pays, une nation qui pourrait maîtriser les éléments naturels,

déclencher et contrôler des tempêtes, des cyclones, peut-être même des raz

de marée, qui sait ? Aucune armée ne pourrait résister !

- La vache ! gronda Moffat.

- Vous oubliez juste un détail, Mc Pherson, dit Deville. Ils ne nous ont pas détruits.

- Cherchaient-ils seulement à le faire ?

- Qu’est-ce que vous voulez dire ?

- Que nous sommes leurs cobayes, et qu’ils n’ont probablement pas fini de jouer avec nous !

Un silence pesant s’installa quelques instants. Moffat fut le premier à le rompre.

- Attendez une seconde, fit-il. Vous avez dit que HAARP sert à contrôler les éléments naturels ?

- Oui, et alors ?

- Les éléments naturels sont : l’air, l’eau et la terre, exact ?

- Exact.

- Bien. Nous pouvons considérer que nous avons subi le test de l’air. Reste l’eau et la terre.

- Et la vague géante ?

- Elle n’était que la conséquence du typhon.

- Donald, elle faisait presque le double d’une vague scélérate standard, déclara Paxton.

- N’oubliez pas la vitesse hors norme du typhon. Ruitchi, qu’en penses-tu ?

Le jeune eurasien battit des paupières plusieurs fois, comme s’il s’éveillait d’un mauvais songe.

- Hé bien… il faut que vous compreniez quelque chose : la puissance d’un cyclone au stade de maturité, équivaut en gros à l’énergie dégagée par plusieurs bombes atomiques par seconde. C’est une énergie inconcevable à l’échelle humaine. Je ne pense pas qu’ils se soient dispersés à former une vague.

- C’est ce que je pense aussi, répondit Deville. Donc, si nous sommes leur sujet d’expérience, nous devons nous attendre à la suite. Quelqu’un a-t-il une idée ?

- Une autre vague géante, de cent mètres de haut cette fois ? Un raz de marée ? fit Sandra.

- Et pour l’élément terre, on doit s’attendre à quoi ? Un séisme sous-marin ? railla Moffat.

- Vous croyez que Titan peut résister à ce genre de cataclysme ? demanda Ellen en se tournant vers Deville, mais ce fut Mc Pherson qui répondit.

- Il est évident qu’ils ne peuvent laisser aucun témoin en vie, Ellen. De plus, j’ai bien peur qu’ils aient prévu de détruire Titan pour prouver l’efficacité de leur nouvelle arme.

- Faut se tirer d’ici, et vite ! conclut Moffat en se levant de son fauteuil avec énergie.