Titan

Frédéric Zumbiehl · Chapitre 4 sur 77

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Chapitre 2 · La sonnerie du téléphone tira le docteur…

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CHAPITRE 2

 

La sonnerie du téléphone tira le docteur Karl Hellmann d’un sommeil agité. Il émergea presque immédiatement, un instant désorienté avant de tâtonner à la recherche du combiné.

- Hellmann, j’écoute !

- Désolé de vous réveiller, monsieur, mais nous avons urgence. On vient d’en trouver un autre. D’après les renseignements reçus, il pourrait s’agir d’un « Classe 3 » monsieur.

Les brumes du sommeil furent chassées de l’esprit d’Hellmann en un clin d’œil. Le mot magique venait d’être prononcé. Un « Classe 3 » !

- Prévenez l’équipe d’alerte, j’arrive !

Hellmann raccrocha et s’assit sur le rebord du matelas. Un interphone était fixé dans le mur, à proximité de la tête de lit. Il enfonça le bouton d’appel. Moins de cinq secondes plus tard, la voix métallique de son chauffeur-garde du corps, retentit.

- Oui monsieur ?

- Conrad, nous allons au labo.

- A vos ordres Monsieur.

Hellmann s’habilla rapidement tout en pensant au protocole d’acquisition. C’est ainsi que l’on nommait l’opération consistant à récupérer un patient. S’il n’y avait en général aucun problème à « inviter » un sujet de « Classe 1 ou 2 », attraper un sujet psychokinétique de « Classe 3 » était une entreprise risquée, qui requérait une technique s’apparentant à la capture d’un grand fauve.

Un protocole très spécial avait été mis sur pied après le fiasco de la tentative de capture du premier « Classe 3 ». Deux hommes avaient perdu la vie lors du « contact initial ». L’un d’entre eux était alors le bras droit d’Hellmann, et cette perte avait été, hormis le contexte humain, extrêmement préjudiciable au programme. Hellmann avait lui-même mis en place le protocole, formé la première équipe, et avait assisté de loin à la capture du deuxième « Classe 3 ».

Celui-ci, si l’information était confirmée, serait le quatrième.

Hellmann sortit sur le perron de sa demeure victorienne. L’excitation qu’il ressentait en cet instant l’empêcha de remarquer le froid piquant qui saisissait à la gorge. Un « classe trois » était un sujet très rare. Il n’en possédait que trois sur la centaine d’« hôtes » que comptait le programme Energia.

Le chauffeur ouvrit la portière et Hellmann s’engouffra à l’arrière de la limousine.

La puissante voiture démarra dans le feulement de son V8, sortit de l’allée principale et s’engagea dans la nuit, en direction de l’Institut, laissant les lumières de la propriété disparaître derrière elle, comme aspirées par un gouffre sans fond.

Confortablement installé sur la banquette en cuir, Hellmann, l’esprit en ébullition, repensait à la classification des sujet PK qu’il avait lui-même établie. Un « Classe 1 » était un sujet possédant un faible, mais néanmoins réel potentiel de télékinésie. Une telle personne était capable d’agir sur la matière avec le seul pouvoir de sa volonté, mais à faible échelle, comme faire bouger de petits objets, telle une épingle, ou bien tordre une petite cuillère - pour les plus doués. Le célèbre Uri Geller, bien qu’il fut surpris à frauder lors d’une émission de télé diffusée en direct, en était un.

Les « Classe 2 », quant à eux, pouvaient déclencher des poltergeist. C’était un phénomène beaucoup plus inquiétant, que l’on ramenait bien souvent à des cas de possession démoniaque. Les portes claquaient, les meubles bougeaient, les lumières s’éteignaient, les ampoules éclataient. Ces manifestations terrorisaient en général l’entourage. Mais les premières victimes en étaient les sujets eux-mêmes, car ces actions psychiques incohérentes étaient involontaires et très pertubantes pour leurs auteurs.

Les « Classe 3 » étaient un peu la combinaison des deux premières classes : des effets psychiques puissants et volontaires. Ce qui en faisait des êtres particulièrement dangereux. Heureusement pour la survie de l’espèce humaine, ils étaient extrêmement rares. Le grand public n’avait pas connaissance de leur existence, car, la plupart étant incapable de gérer ces capacités hors normes, ils perdaient la raison et terminaient leur existence au fond d’un asile, bourrés de drogues inhibantes, leurs aptitudes refoulées à jamais au fin fond de leur esprit si rare. Hellmann enrageait à la pensée de ce potentiel perdu. Dieu sait combien de ces sujets si précieux étaient enfermés dans des cellules capitonnées, le cerveau bouffé jusqu’à la moelle par des produits chimiques. C’est pourquoi il avait lancé ce programme de recherche paranormal sept ans plus tôt. Et cela avait porté ses fruits. Avec un peu de chance, il recueillerait le quatrième sujet cette nuit.

Une onde de satisfaction le parcourut, néanmoins vite tempérée par une sombre pensée.

Igor…

Comment allait-il prendre la chose ? Il lui faudrait user encore une fois de toute sa psychologie pour lui faire admettre la nécessité de ce quatrième sujet. Igor prenait très mal toute atteinte à sa souveraineté, même la plus minime pour lui, comme celle d’un « Classe 3 ».

Le docteur Hellmann laissa son regard errer machinalement vers l’extérieur. La puissante berline filait dans la nuit, au cœur des monts Appalaches, vers l’Institut.

Durant un instant, il repensa à la classification, et, au-delà de cette échelle de comparaison, à ce qu’elle impliquait pour le devenir de l’humanité.

Il y avait peu de temps encore, l’échelle s’arrêtait à trois. Personne ne pensait pouvoir aller au-delà. Personne ne pensait qu’il puisse exister de « Classe 4 », y compris lui-même. Mais ça, c’était avant qu’il ne rencontre Igor…