Titan

Frédéric Zumbiehl · Chapitre 38 sur 77

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Titan

Chapitre 33 · - Si seulement nous parvenions à joindre…

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CHAPITRE 33

 

- Si seulement nous parvenions à joindre le Polar-Tracker, fit Paxton d’une voix morne.

Lui et Deville observaient l’extérieur par les vitres de la face nord. Le jour se levait ; une pâle lumière diurne éclairait l’océan agité de vagues résiduelles. Deville se tourna vers Paxton. De larges cernes creusait son visage buriné, des vaisseaux capillaires avaient éclaté dans le blanc de l’œil, lui donnant un regard malsain.

- Je ne pense pas qu’il ait pu surmonter une vague de cinquante mètres. Aucun navire au monde ne le peut.

- Tu crois qu’il a été touché ?

- D’après sa dernière position, il était sur la trajectoire.

Paxton hocha la tête sans mot dire, avant de jeter un regard circulaire dans le Central. A l’exception d’eux deux, de Moffat et Mc Pherson conversant à voix basse devant la console des communications, tout le monde dormait, allongé dans un coin sur les tenues polaires.

- Ecoutez, ces types sont sûrement très forts et suréquipés, mais bousiller cinq satellites dans trois réseaux différents, ça me paraît assez difficile, murmura Moffat. Sans compter que ça manque de discrétion. Il est beaucoup plus simple et discret pour eux de nous brouiller avec un satellite militaire, un Key Hole ou mieux, un Kennan avec brouilleur à spectre large. En plus, ils peuvent nous surveiller avec des caméras à bande X-Ray, ce qui leur donne une résolution d’environ quinze centimètres.

- Et on ne peut rien faire, vous êtes sûr ? insista Mc Pherson.

Il était assis à côté de l’ingénieur système, penché en avant, toujours aussi impeccable dans son costume infroissable.

- Non, fit laconiquement Moffat sans quitter son écran des yeux.

- Vous avez testé toutes les fréquences ?

- Monsieur, comprenez-moi bien, ces types saturent tout le spectre. C’est comme lorsque vous passez en voiture sous un tunnel en écoutant la FM. Vous avez beau tourner le bouton, y’a rien qui passe.

- Il y a bien un autre moyen, un fax, un téléx, un câble sous-marin ?

Moffat secoua la tête en signe de dénégation.

- Un câble serait haché menu par les icebergs qui raclent le fond. Il n’y a que le satellite.

- Alors je ne sais pas moi, un téléphone cellulaire, une radio VHF toute bête !

- Un téléphone cellulaire nécessite une balise terrestre de relais hertzien à faible distance et la VHF n’a qu’une portée de quelques dizaines de nautiques. On ne s’en sert que pour la liaison avec les hélico. Comme vous l’avez précisé, nous sommes au milieu de nulle part.

- Ne me dites pas qu’avec tout ce matériel hi-tec, nous ne pouvons contacter personne ?!

- Le satellite est le moyen le plus sûr, répondit placidement Moffat en pointant un index vers le plafond. Tout passe par lui : téléphone, fax, télex, et Internet.

- Le moyen le plus sûr vous dites ?

- Monsieur, personne n’avait prévu un brouillage militaire !

Le grand noir n’avait pas élevé le ton, mais son regard indiquait que sa patience avait atteint ses limites.

- Excusez-moi fit-il en se levant.

Il se dirigea vers la baie vitrée la plus proche et laissa son regard errer à l’infini. Il avait besoin de se détendre les yeux.

L’aube naissante révélait un ciel pâle, un océan couleur de plomb.

La journée promettait d’être merdique… dans le meilleur des cas. Et dans le pire…

Moffat chassa un flot de pensées funestes. Ce n’était pas le moment de se laisser aller. Trop de tension, se dit-il. Pourtant, quelque chose le taraudait, une sensation qui s’était installée profondément dans les replis de son esprit et qui pourrait bien avoir de l’importance. Il fit un effort de concentration, mais laissa tomber rapidement. Il était trop fatigué, l’esprit confus, et le goût de métal dans sa bouche l’inquiétait. Il décida de se resservir un café. Il remplit un gobelet en plastique, puis reposa la cafetière d’un air pensif. Le sentiment que quelque chose d’imminent et d’important lui échappait s’imposa à nouveau. C’était très frustrant.

Moffat regarda la cafetière. Elle était ronde. Non, pas exactement ronde, mais sphérique. Le déclic se produisit à l’instant même où le mot « sphérique » s’imprimait dans son esprit. Moffat jura énergiquement et se précipita vers Deville.