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Chapitre 3 · Mardi 17 Décembre, université de Stanford, Palo Alto, Californie…
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CHAPITRE 3
Mardi 17 Décembre, université de Stanford, Palo Alto, Californie…
La salle de conférence du campus était anormalement bondée en ce début d’après midi. Les étudiants, mais aussi nombre d’enseignants de Stanford s’entassaient sur les gradins jusqu’aux recoins les plus éloignés de la grande salle. Le nom du conférencier, ou plutôt de la conférencière, auteur du best-seller « Le cerveau infini », était assez réputé pour attirer foule.
Sur l’estrade, derrière un pupitre surmonté d’un micro, une grande et belle femme approchant la quarantaine tenait son auditoire en haleine. Le docteur Ellen Menken n’avait en général pas à forcer pour attirer l’attention des gens sur elle. Outre un visage harmonieux surmontant une silhouette mince et élancée, un profond magnétisme émanait de sa personne toute entière, renforçant une élégante beauté naturelle qui n’avait de ce fait pas besoin d’être mise en valeur par les habituels artifices féminins. Des cheveux bruns mi-longs effleurant les épaules encadraient son visage à la beauté altière, mais ce qui marquait le plus, lorsqu’on la voyait pour la première fois, était la profondeur de son regard. Ses yeux clairs à la beauté diaphane intimidaient les hommes pas tant par leur perfection que par l’aura de profonde sagesse qu’ils dégageaient.
Ellen Menken marqua une pose calculée, observant un instant son auditoire. La rhétorique était un art dont elle maîtrisait les aspects les plus subtils avec une aisance de conférencière accomplie. Psychologue de formation, parapsychologue par passion, elle donnait actuellement un cycle de conférence sur la côte Ouest, dont le point d’orgue était la célèbre université de Palo Alto. Elle reprit d’une voix chaude et profonde.
- Après la télépathie, la clairvoyance et la précognition, parlons
maintenant de psychokinèse, plus communément appelée PK. Troisième
principe de parapsychologie, et probablement l’élément le plus
controversé, la PK est, je cite le dictionnaire anglais d’Oxford, « le
mouvement imprimé sur des objets physiques par le mental sans
intervention extérieure d’aucune sorte ». Généralement, la PK soulève une
réaction de rejet, car elle est le lien entre la pensée et la matière.
Transformer une énergie psychique en énergie cinétique, revient à
résoudre l’énigme fondamentale, celle qui unifierait la mécanique céleste
à la physique quantique. Personne n’y est encore parvenu de manière
théorique, et cela n’est pas faute d’avoir cherché, puisque c’est par ailleurs
l’un des défis de notre nouveau millénaire. Or, que nous apprend la
physique quantique actuelle ? Que la matière n’est pas seulement
« matière », mais onde et corpuscule, énergie et particule. L’ultime
structure de la matière n’est pas solide.
Le docteur Menken interrompit son discours quelques secondes, laissant ses dernières paroles imprégner l’esprit de son auditoire.
- Savez-vous, reprit-elle, que si l’on retirait le vide composant tous les atomes formant la presqu’île de Manhattan, gratte-ciels compris, la matière solide tiendrait dans un sucre ? Un simple petit sucre de noyaux et électrons agglutinés pour des kilomètres-cubes de matière. Qu’est-ce que cela prouve ? Tout simplement que ce que nous tenons pour du solide, béton, métal, asphalte, n’est que du vide. Enfin, pas tout à fait du vide. En vérité, il faudrait parler d’énergie. Car c’est bien cela, l’énergie, qui propulse les électrons en orbites autour des noyaux. Cette énergie, un cerveau humain peut-il l’altérer, la modifier ? Pourquoi pas ! Après tout, le cerveau humain dégage assez d’énergie pour allumer une ampoule de dix watts.
- Suivons Heisenberg un instant et allons plus loin : la structure ultime de la matière, au niveau subatomique, n’est pas déterminée, mais probabiliste. Autrement dit, lors d’une expérience, la neutralité de l’observateur est remise en cause, puisque ce dernier est intrinsèquement lié au résultat, donc à la mise en forme de la réalité.
- Cela rejoint mes travaux sur les générateurs numériques aléatoires, ou encore GNA, qui prouvent qu’un sujet peut modifier par le simple pouvoir de sa pensée une distribution d’évènements totalement aléatoires. Y aurait-il quelqu’un dans cette salle pour lancer le mot qui fâche ?
Ellen marqua une pose, observant l’assistance d’un regard amusé. Personne ne leva la main.
- Allons, personne pour parler de hasard ? Tans pis pour vous : voici une petite anecdote assez édifiante sur le sujet. En 1998, Une jeune femme du nom de Sheila King va s’amuser à Las Vegas. Elle mise cinq cents dollars dans une machine à sous - une première pour elle – et gagne… deux cent cinquante mille ! Elle empoche cent mille dollars de plus en attendant qu’on veuille bien lui remettre son chèque. Elle en est actuellement à deux cents millions de dollars de gain.
Alors, est-ce du hasard ? Qui pense sérieusement qu’il y a la moindre place pour le hasard dans cette histoire ? De la chance peut-être ? Mais qu’est-ce que la chance, finalement ? Une sorte de hasard heureux, régi par une probabilité positive pour son bénéficiaire ? De temps à autre, pourquoi pas, mais gagner presque à chaque fois que l’on joue pour en arriver à deux cents millions de dollars ? Qui peut croire une chose pareille ?