Titan
Chapitre 67 · Le hangar hélico était plongé dans une…
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CHAPITRE 67
Le hangar hélico était plongé dans une obscurité presque totale. Seule une infime lumière stellaire perçait par les vitres des portes coulissantes.
A l’intérieur, une écœurante odeur de liquide hydraulique prenait à la gorge. Moffat fit la grimace. Il se laissa guider par la jeune pilote qui connaissait l'endroit comme sa poche.
Ils avaient choisi cette voie d'accès car elle semblait la plus propice à une approche discrète des hélicoptères. Arrivés auprès des portes, ils regardèrent prudemment par les vitres ; les deux Black Hawk étaient là, dehors, sur l’aire d’appontage, posés sur leurs courtes pattes comme de gros insectes patauds.
Sandra repéra tout de suite celui occupé par le coordinateur tactique ; une faible lueur émanait des vitres de la cabine passager. Ils cherchèrent ensuite les gardes. Il devait en rester au moins un, après que Mc Pherson ait rameuté les deux autres. Ils l'avaient entendu sur le canal radio, grâce aux casques qu'ils avaient récupéré sur les hommes du Central.
- Là, le voilà, souffla Moffat.
Il désigna le point rouge mouvant d'une cigarette.
- Et les pilotes ? s’inquiéta Sandra.
Ils attendirent quelques minutes, scrutant à s'en user la rétine la pénombre extérieure. Ils les virent enfin s’approcher du garde et quémander du feu.
- Et bien… reste plus qu'à les descendre !
- Tu sais te servir de ça ?
Sandra désignait l'arme automatique que tenait Moffat. L'ingénieur eut l'air embarrassé.
- Heu... pas trop en fait... Et toi ?
- C'est pas vraiment mon truc, les flingues.
- T'as raison, c'est pour les mauviettes. Et puis, faut qu’on se débarrasse de ces types en silence. On va trouver autre chose.
Ses yeux avaient eu le temps de s'habituer à l'obscurité. Il fit un lent panoramique.
- Donald, quoi qu'on fasse, va falloir faire vite, fit Sandra en consultant sa montre.
Le visage de Moffat s'éclaira soudain.
- No problémo, Poupée, je crois que j’ai trouvé de quoi faire le ménage !
*
Mc Pherson s'était perché sur le sommet d'un container. De sa position dominante, il avait une vue imprenable sur le puits d'exploitation et son contenu hétéroclite.
Lui aussi avait érigé la notion de temps à la place d'honneur dans le champ de ses pensées. Le moment était venu d'accélérer les choses. Il prit une profonde inspiration et cria de sa voix la plus puissante.
- Monsieur Deville ! Docteur Menken ! Le temps de jouer touche à sa fin ! Dans moins de trente minutes maintenant, cette plate-forme sera en route pour un plongeon de six mille mètres ! Montrez-vous, rendez-vous, et je vous promets la vie sauve. Vous avez ma parole !
Ellen avait totalement remonté la bâche sur sa tête. Dans l'intimité de l'obscurité ainsi créée, elle avait l'impression que les battements de son cœur s'entendaient à des centaines de mètres à la ronde. En tout cas, ils couvraient presque la voix de Mc Pherson.
Le soldat était tout proche maintenant. Elle ne l'entendait pas mais pouvait sentir sa présence comme si la main glacée de la mort enserrait déjà son cou.
Chimo remua. Sa patte semblait inexplicablement guérie. Matthias n’étant pour rien dans cette rémission miraculeuse, Ellen se rendit à l’évidence : l’auto-guérison faisait partie des talents cachés de Chimo.
Elle tenta de calmer le jeune chien, mais il glissa entre ses jambes, et avant qu'elle ait pu le retenir, fila hors de la bâche. Ellen serra les dents, attendant la rafale inéluctable, mais rien ne se produisit.
Chimo se faufila dans l'ombre en longeant les containers, tel un renard en maraude. Il se tapit un instant, attendant le moment où l'homme détournerait les yeux. Il passa à moins d'un mètre des pieds bottés et s'enfonça dans le dédale du puits.
Hellmann avait rejoint le colonel sur son perchoir. Il parla à son tour. Sa voix n'avait pas la morgue puissante de celle de Mc Pherson, mais, curieusement, elle portait presque plus.
- La partie est terminée, Ellen !
Le cerveau d’Ellen semblait fonctionner à deux vitesses. D'un côté, il enregistrait crûment les paroles d’Hellmann, sans la moindre volonté d'en disséquer le contenu ; de l'autre, il avait une conscience aiguë de la menace de mort qui progressait vers elle un peu plus à chaque seconde.
Une déchirure dans le tissu de la bâche lui permit de risquer un oeil.
Son cœur rata un battement ; elle voyait les pieds du soldat. Il était à moins de deux mètres, immobile.
- Mourir noyé dans une eau à deux degrés, voilà une perspective peu réjouissante ! poursuivit Hellmann.
Le soldat se pencha lentement, entraînant le canon de son arme dans le mouvement.
- Je ne pense pas que cela soit un avenir très prometteur pour ton fils !
La torche laser fixé sous le canon pointait son doigt de feu vers son visage. Elle ferma les yeux.
- Tu peux lui en offrir un, Ellen ! JE peux vous offrir un avenir à tous les deux... parce que
j'ai besoin de vous !
Le soldat, plié en deux, scrutait de son regard acéré la zone d'ombre sous l'amoncellement de tubulures. Le faisceau laser courait sur une vieille bâche bizarrement étalée. Il fit un pas en avant, la main tendue vers le tissu poussiéreux.
Chimo apparut soudainement dans l'allée, sans le moindre bruit, quelques mètres derrière l'homme en noir. Le regard fixé sur les fesses offertes, il montra les dents, grognant doucement, puis il se jeta en avant, la gueule grande ouverte, et la referma sur l'entrejambe de l'agent. Celui-ci hurla de douleur, appuyant involontairement sur la détente de son arme. Le vacarme explosa, les balles déchirèrent les parois minces de l'une des tubulures ; un jet de vapeur sous pression s'échappa brutalement de la conduite crevée, atteignant l'homme en plein visage. Le soldat cria de plus belle, lâcha son arme, tituba en arrière, les mains sur ses yeux dans un geste vain de protection.
Mc Pherson dégaina son pistolet, prit son élan et sauta sur le container le plus proche, puis encore sur un autre, de façon à se rapprocher des hurlements. Il aperçut fugitivement un mouvement sur sa gauche. Son deuxième homme accourait. D'un point situé à une dizaine de mètres, montaient des volutes de vapeur. Il se rapprocha, plus facilement cette fois-ci car les containers se touchaient presque. Les cris s'étaient mués en gémissement. Il vit le commando agenouillé, les impacts de balles dans la tuyauterie.
Sur quoi cet imbécile avait-il tiré ? pensa-t-il.
Un mouvement rapide dans l'ombre, presque sous ses pieds, lui offrit la réponse : Chimo !
Ce salopard de cabot détalait comme un rat !
Mc Pherson visa, tira tout en hurlant.
- C'est le chien !! Tuez-le !! Tuez-le !!
Aux explosions assourdissantes de son pistolet, se mêla le tonnerre du fusil d'assaut de son agent.
Les balles sifflaient aux oreilles du petit animal, ricochaient, rebondissaient sur les parois métalliques des containers dans des gerbes d'étincelles. Chimo, les oreilles baissées, filait comme l'éclair, changeait de cap toutes les secondes comme s'il anticipait les trajectoires mortelles. Il longea quelques instants une conduites, que les balles déchirèrent. De puissants jets de vapeur s'en échappèrent, rajoutant à la confusion. En quelques secondes, un brouillard opaque noya tout. Les tirs cessèrent.
Mc Pherson resta quelques secondes immobile à contempler la vapeur. On aurait dit des spectres s'échappant de tombes froides et humides, s'enchevêtrant en se bousculant pour monter plus vite et s'enfuir loin d'ici, de ce piège glacé. Il poussa un soupir. Ce brusque déchaînement de violence semblait l'avoir calmé et quelque peu diminué son sentiment de frustration. Il consulta sa montre ; il était grand temps de passer à la phase suivante. D'un signe de tête, il ordonna à son agent d'aller secourir son collègue, puis il fit lentement demi-tour et s'en revint vers Hellmann. Le scientifique, les bras croisés, le dévisageait d'un air narquois, mais il s'en moquait ; la partie n'était pas terminée. Loin de là.