Atteindre l'excellence
4. Se libérer du passé — la stratégie de l’adaptation
champ libre.
4. Se libérer du passé — la stratégie de l’adaptation
Freddie Roach naquit en 1960 et, tout petit, fut destiné à devenir champion
de boxe. Son père était lui-même un ancien boxeur professionnel, et sa
mère était arbitre de boxe. Le frère aîné de Freddie commença à prendre des
cours de boxe dès son âge le plus tendre ; quand Freddie eut six ans, il fut
admis dans une salle de sport du sud de Boston pour entreprendre
l’apprentissage exigeant de cette discipline. Il s’entraînait avec un coach
plusieurs heures par jour, six jours par semaine.
À quinze ans, il n’en pouvait plus. Il trouvait de plus en plus d’excuses
pour ne pas se rendre à l’entraînement. Quand sa mère s’en aperçut, elle lui
demanda : « Au fond, pourquoi boxes-tu ? Tu te fais cogner dessus tout le
temps. Tu es incapable de te battre. » Lui qui était habitué aux critiques
constantes de son père et de ses frères, il fut galvanisé par la franchise de sa
mère. En fait, elle voyait en son fils aîné celui qui était appelé à un grand
destin. Et Freddie décida de prouver à sa mère qu’elle avait tort. Il reprit
son entraînement avec une ardeur redoublée. Il se découvrit une passion
pour l’entraînement et la discipline. Il jugea ses progrès gratifiants, et
commença à accumuler les trophées. Et surtout, il s’avéra capable de battre
son frère. Son amour pour le sport en fut exalté.
Comme Freddie manifestait désormais plus de potentiel que ses frères,
son père l’emmena à Las Vegas pour l’aider dans sa carrière. Là, à dix-huit
ans, il rencontra le légendaire entraîneur Eddy Futch et devint son poulain.
L’avenir lui souriait : il fut accepté dans l’équipe américaine de boxe et
commença à en gravir les échelons. Cependant, il ne tarda pas à se heurter à un nouveau mur. Il apprenait aisément les enchaînements les plus efficaces
de Futch et les reproduisait parfaitement à l’entraînement. Mais une fois sur
le ring, ça ne marchait pas. Dès qu’il encaissait un coup, il retombait
automatiquement dans un style de combat instinctif : ses émotions le
submergeaient. Ses combats tournaient au pugilat et duraient de nombreuses
reprises ; il en perdait beaucoup.
Au bout de quelques années, Futch dit à son élève Roach qu’il était
temps de prendre sa retraite. Mais la boxe était toute la vie du jeune
homme. Prendre sa retraite pour faire quoi ? Il continua à boxer et à perdre,
jusqu’à ce qu’il se rende à l’évidence et se retire. Il trouva du travail dans
un centre d’appel et se mit à boire. Il se prit à détester le sport auquel il
avait consacré tant d’efforts sans rien recevoir en retour. Un peu malgré lui,
il retourna à la salle de sport de Futch pour voir son ami Virgil Hill
entraîner un boxeur qui allait combattre en vue d’un titre. Les deux athlètes
s’entraînaient avec Futch, mais il n’y avait personne avec Hill pour le
conseiller ; Freddie lui porta de l’eau, lui expliqua certaines choses. Il revint
le lendemain, de nouveau pour s’occuper de Hill et progressivement, se
reprit à fréquenter régulièrement la salle de sport. Comme il faisait cela
bénévolement, il dut garder son poste au centre d’appel, mais quelque chose
en lui avait flairé une opportunité… et il n’avait rien à perdre. Il arrivait à
l’heure et partait le dernier. Il connaissait si bien les techniques de Futch
qu’il était capable de les enseigner à tous les boxeurs. Il commença à
prendre des responsabilités.
Confusément, il ne pouvait se défaire de sa rancœur vis-à-vis de la
boxe, et il se demandait combien de temps il pourrait continuer. Son activité
faisait l’objet d’une concurrence impitoyable, et la carrière des entraîneurs
était en général brève. Fallait-il s’engluer dans une nouvelle routine et répéter sans fin les exercices appris de Futch ? Quelque chose en lui aspirait
à reprendre la boxe, où l’issue des combats est toujours incertaine.
Un jour, Virgil Hill lui montra une technique qu’il avait observée chez
des boxeurs cubains : au lieu de taper sur un punching-ball, ils tapaient
directement sur leur entraîneur, qui leur tendait à cet effet de gros gants
rembourrés appelés « pattes d’ours ». Roach essaya avec Hill et ce fut le
déclic. Cela le fit remonter sur le ring, mais il y eut un autre obstacle. Il
avait l’impression que la boxe avait vieilli, en même temps que les
méthodes d’entraînement. Il lui vint à l’idée une façon d’adapter
l’entraînement à la patte d’ours pour dépasser la simple pratique des
différents coups. L’entraîneur pouvait mettre au point toute une stratégie sur
le ring et en faire la démonstration au boxeur en temps réel. Cela
permettrait de révolutionner et de revitaliser l’ensemble de ce sport. Roach
commença à développer sa méthode avec les boxeurs qu’il entraînait
désormais. Il leur enseigna des manœuvres beaucoup plus souples et
stratégiques.
Peu après, il quitta Futch et s’installa à son compte. Il devint le
meilleur entraîneur de la place et, en quelques années, l’un des plus
recherchés de sa génération.
Pour gérer les inévitables changements qui surviennent dans votre carrière,
il vous faut un état d’esprit particulier : ne vous enchaînez pas à un poste
donné ; vous n’êtes nullement tenu de faire preuve de loyauté vis-à-vis d’un
employeur : un chemin de carrière n’est pas un ordre religieux. Vous devez
tout donner à la réalisation de l’œuvre de votre vie, celle qui vous permettra
de vous exprimer en totalité. C’est à vous de l’identifier et d’aller vers elle. Il n’appartient à personne de vous protéger ni de vous aider. Ne dépendez