Atteindre l'excellence

Greene Robert · Chapitre 46 sur 82

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Atteindre l'excellence

A contrario

abrutis. S’ils vous font du tort, neutralisez-les en gardant l’œil sur votre

objectif et sur vos priorités ; ignorez-les dans la mesure du possible. Le

comble de la sagesse est de faire un pas de plus en exploitant leur bêtise,

c’est-à-dire en les prenant comme sujet d’étude de votre travail, comme

exemple de ce qu’il ne faut pas faire ou en retournant leurs actions à votre

avantage. Ainsi, leur bêtise devient pour vous un atout, elle vous aide à

parvenir au résultat concret qu’ils semblent mépriser.

 

A CONTRARIO

 

Pendant son troisième cycle d’informatique à l’université de Harvard, Paul

Graham (1964-) s’aperçut qu’il était allergique aux querelles politiques et à

la manipulation (voir pages 102-103). Il n’entendait rien à ce genre de

choses, cela l’énervait d’être emberlificoté dans des situations où les

manipulateurs avaient la partie belle. En se frottant aux chamailleries

politiques au sein de sa faculté, il comprit qu’il n’était pas fait pour la

carrière universitaire. Cette leçon se confirma quelques années plus tard

quand il fut recruté par une société de logiciels. La majorité des décisions

étaient ineptes : on licenciait les développeurs qui avaient bâti la

compagnie, on bombardait un vendeur à la présidence et on mettait trop de

temps à sortir des produits nouveaux. Toutes ces erreurs étaient dues à des

querelles d’ego.

Incapable de supporter cette situation, il en vint à la décision de fuir

tout milieu où règne la discorde. Il décida de lancer des start-up à petite

échelle, ce qui le contraignit à beaucoup de discipline et de créativité. Puis

il fonda Y Combinator, une sorte de système d’apprentissage pour les start-

up de haute technologie ; il ne put empêcher l’entreprise de grossir tant elle avait de succès. Il remédia à cela de deux façons : d’abord, il chargea sa

femme et associée, Jessica Livingston, de traiter tous les problèmes

relationnels délicats, car elle possédait une vive intelligence relationnelle.

Ensuite, il conserva un organigramme très souple et non bureaucratique.

Si, comme Paul Graham, vous n’avez pas la patience de gérer et

contrôler le côté le plus subtil et manipulateur de la nature humaine, restez

autant que possible à l’écart des situations compliquées. Ne travaillez qu’au

sein de groupes restreints ; comme le chantait Georges Brassens : « Quand

on est plus de quatre, on est une bande de cons. » Travaillez donc seul ou

dans de petites start-up.

Toutefois, il est toujours utile d’acquérir des rudiments d’intelligence

relationnelle, ne serait-ce que pour identifier les requins et désarmer les

semeurs de troubles. En effet, vous aurez beau essayer de fuir les situations

nécessitant ce type d’aptitude, le monde reste un panier de crabes et vous y

serez inévitablement entraîné. Vos efforts conscients pour vous désengager

du système retarderont votre apprentissage de l’intelligence relationnelle et

vous rendront vulnérable aux pires formes de naïveté, avec les

conséquences qu’elles entraînent.

 

« Il est insensé d’attendre des autres qu’ils se mettent en

harmonie avec soi ; je n’ai jamais nourri d’espoir en ce sens. J’ai

toujours considéré chaque homme comme un individu

indépendant que je devais chercher à comprendre dans toutes ses

singularités mais dont je n’attendais pas de sympathie

particulière. Je suis ainsi devenu capable de deviser avec

n’importe qui : cela m’a donné connaissance des différents types

de personnalité, et l’habilité nécessaire à la conduite de ma vie. »

JOHANN WOLFGANG VON GOETHE

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