Atteindre l'excellence
A contrario
abrutis. S’ils vous font du tort, neutralisez-les en gardant l’œil sur votre
objectif et sur vos priorités ; ignorez-les dans la mesure du possible. Le
comble de la sagesse est de faire un pas de plus en exploitant leur bêtise,
c’est-à-dire en les prenant comme sujet d’étude de votre travail, comme
exemple de ce qu’il ne faut pas faire ou en retournant leurs actions à votre
avantage. Ainsi, leur bêtise devient pour vous un atout, elle vous aide à
parvenir au résultat concret qu’ils semblent mépriser.
A CONTRARIO
Pendant son troisième cycle d’informatique à l’université de Harvard, Paul
Graham (1964-) s’aperçut qu’il était allergique aux querelles politiques et à
la manipulation (voir pages 102-103). Il n’entendait rien à ce genre de
choses, cela l’énervait d’être emberlificoté dans des situations où les
manipulateurs avaient la partie belle. En se frottant aux chamailleries
politiques au sein de sa faculté, il comprit qu’il n’était pas fait pour la
carrière universitaire. Cette leçon se confirma quelques années plus tard
quand il fut recruté par une société de logiciels. La majorité des décisions
étaient ineptes : on licenciait les développeurs qui avaient bâti la
compagnie, on bombardait un vendeur à la présidence et on mettait trop de
temps à sortir des produits nouveaux. Toutes ces erreurs étaient dues à des
querelles d’ego.
Incapable de supporter cette situation, il en vint à la décision de fuir
tout milieu où règne la discorde. Il décida de lancer des start-up à petite
échelle, ce qui le contraignit à beaucoup de discipline et de créativité. Puis
il fonda Y Combinator, une sorte de système d’apprentissage pour les start-
up de haute technologie ; il ne put empêcher l’entreprise de grossir tant elle avait de succès. Il remédia à cela de deux façons : d’abord, il chargea sa
femme et associée, Jessica Livingston, de traiter tous les problèmes
relationnels délicats, car elle possédait une vive intelligence relationnelle.
Ensuite, il conserva un organigramme très souple et non bureaucratique.
Si, comme Paul Graham, vous n’avez pas la patience de gérer et
contrôler le côté le plus subtil et manipulateur de la nature humaine, restez
autant que possible à l’écart des situations compliquées. Ne travaillez qu’au
sein de groupes restreints ; comme le chantait Georges Brassens : « Quand
on est plus de quatre, on est une bande de cons. » Travaillez donc seul ou
dans de petites start-up.
Toutefois, il est toujours utile d’acquérir des rudiments d’intelligence
relationnelle, ne serait-ce que pour identifier les requins et désarmer les
semeurs de troubles. En effet, vous aurez beau essayer de fuir les situations
nécessitant ce type d’aptitude, le monde reste un panier de crabes et vous y
serez inévitablement entraîné. Vos efforts conscients pour vous désengager
du système retarderont votre apprentissage de l’intelligence relationnelle et
vous rendront vulnérable aux pires formes de naïveté, avec les
conséquences qu’elles entraînent.
« Il est insensé d’attendre des autres qu’ils se mettent en
harmonie avec soi ; je n’ai jamais nourri d’espoir en ce sens. J’ai
toujours considéré chaque homme comme un individu
indépendant que je devais chercher à comprendre dans toutes ses
singularités mais dont je n’attendais pas de sympathie
particulière. Je suis ainsi devenu capable de deviser avec
n’importe qui : cela m’a donné connaissance des différents types
de personnalité, et l’habilité nécessaire à la conduite de ma vie. »
JOHANN WOLFGANG VON GOETHE
OceanofPDF.com