Atteindre l'excellence

Greene Robert · Chapitre 39 sur 82

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Atteindre l'excellence

La connaissance spécifique — comprendre les gens

Une fois cette prise de conscience et ce changement d’attitude en

place, vous pourrez progresser dans l’apprentissage de l’intelligence

relationnelle. Cette intelligence se compose de deux éléments à maîtriser,

d’égale importance. Le premier est la connaissance spécifique de la nature

humaine, c’est-à-dire la capacité à discerner les personnes, à percevoir la

façon dont elles envisagent le monde et à comprendre leur individualité. Le

deuxième, qui est la connaissance générale de la nature humaine, consiste à

accumuler et à comprendre les schémas répétitifs généraux propres au

comportement de l’homme en général, sans oublier le côté obscur que l’on

oublie trop souvent. Tous les hommes sont faits d’un mélange de qualités

uniques et de traits communs à l’espèce, et seule la possession de ces deux

formes de connaissance vous offre une image complète de la nature

humaine. Leur acquisition vous conférera des compétences précieuses,

indispensables dans la quête de la maîtrise.

 

La connaissance spécifique — comprendre les gens

 

La plupart des personnes font tôt ou tard l’expérience d’un lien troublant,

inexplicable, avec une autre personne. Nous touchons, dans de tels

moments, à une compréhension intime difficile à verbaliser ; nous avons

même le sentiment de pouvoir anticiper les pensées de l’autre. Ce niveau de

communication est en général réservé à des amis proches et des partenaires,

des personnes qui inspirent confiance et sont à notre diapason à bien des

niveaux. L’influence qu’ils ont sur nous est en proportion de la confiance

que nous leur accordons et vice-versa. Dans notre état normal, nous

sommes souvent nerveux, agressifs et égocentriques et notre esprit est replié

sur nous-mêmes. Mais dans ces moments de communication privilégiée, le monologue intérieur est coupé et nous captons parfaitement les signaux

émis par l’autre.

Cela signifie que, quand nous ne sommes pas obsédés par nous-mêmes

et que nous nous occupons profondément d’un autre, nous accédons à des

formes de communication essentiellement non verbales et particulièrement

efficaces à leur façon. On peut imaginer que nos ancêtres primitifs, poussés

par leur besoin de coopérer à haut niveau et encore vierges du monologue

intérieur qui s’exprime par des mots, possédaient une sensibilité

extraordinaire aux humeurs et aux sentiments des autres membres du

groupe, une forme de télépathie. Cela serait analogue à ce que possèdent

d’autres animaux sociaux, mais dans ce cas, cette sensibilité aurait été

renforcée par la capacité de nos ancêtres à s’installer dans l’esprit des

autres.

L’intensité de la communication non verbale que nous utilisons avec

nos proches ne convient manifestement pas dans notre milieu de travail,

mais dans la mesure où nous nous ouvrons aux autres et dirigeons notre

attention vers eux, nous pouvons recouvrer en partie la sensibilité qui était

celle de nos ancêtres, et devenir beaucoup plus efficaces dans notre

décryptage de la pensée des autres.

Pour lancer ce processus, il faut vous entraîner à attacher moins

d’importance aux mots que prononcent les gens, et davantage au ton de leur

voix, à la qualité de leur regard et au langage de leur corps : autant de

signaux susceptibles de révéler une nervosité, une fièvre qui ne s’expriment

pas verbalement. Quand on amène les gens à s’énerver, ils en révèlent

beaucoup plus sur eux-mêmes. En coupant votre monologue intérieur et en

leur accordant une attention sans partage, vous recueillez des signaux que

vous enregistrez sous forme de sensations et d’intuitions. Faites confiance à

ces impressions : elles vous apprennent des choses que l’on a souvent tendance à ignorer parce qu’elles ne sont pas faciles à verbaliser. Plus tard,

on pourra tenter d’identifier dans ces signaux des schémas répétitifs, et

analyser ce qu’ils signifient.

Au niveau non verbal, il est intéressant d’observer la façon dont les

gens se comportent vis-à-vis des dépositaires du pouvoir et de l’autorité. Ils

tendent à exprimer des angoisses, des ressentiments ou une fausse servilité

qui trahissent quelque chose d’essentiel dans leur psychologie, quelque

chose qui remonte à l’enfance et que clame le langage de leur corps.

Quand vous faites davantage attention aux autres, vous sentez le

besoin de baisser votre propre garde pour vous ouvrir à leur influence. Mais

aussi longtemps que nos émotions et notre empathie sont tournées vers

l’extérieur, nous sommes capables de nous distancier par besoin d’analyser

ce que nous avons capté. Résistez à la tentation d’interpréter leurs paroles et

leurs actes comme si vous étiez implicitement concerné : cela ramènerait

vos pensées sur vous-même, et bloquerait l’immédiateté de la

communication.

À titre d’exercice, essayez d’imaginer le monde à travers les yeux de

gens que vous connaissez bien, en vous mettant à leur place et en ressentant

ce qu’ils ressentent. Remémorez-vous des expériences affectives courantes,

par exemple un traumatisme ou une difficulté récente rappelant d’une façon

ou d’une autre ce que votre interlocuteur est en train de traverser. En

revivant en partie cette émotion, vous faciliterez le processus

d’identification. Votre but n’est pas d’habiter littéralement leur esprit, ce qui

est impossible, mais d’exercer vos capacités d’empathie et de parvenir à

une évaluation plus réaliste de leur point de vue. Savoir peu ou prou se

mettre à la place de l’autre est un moyen magnifique d’assouplir son propre

processus de pensée, qui tend à se figer. La capacité à comprendre ce que ressent l’autre est analogue au processus créatif, lequel permet d’aborder

avec sensibilité le sujet que l’on étudie.

Plus vous vous fiez à votre intuition pour lire dans l’esprit des autres,

plus vous gagnez en efficacité et en précision ; mais l’idéal est de combiner

cette approche avec une forme plus consciente d’observation. Par exemple,

il vous faut noter avec une attention particulière les actes et les décisions

des personnes. Votre but est de tirer au clair les motivations cachées qui les

habitent, et qui tournent souvent autour de la question du pouvoir. Les gens

parlent volontiers de leurs motivations et de leurs intentions ; ils ont

l’habitude de déguiser celles-ci avec un flot de paroles. Leurs actes en

revanche sont beaucoup plus révélateurs de leur caractère et de ce qui les

motive en profondeur. S’ils affichent une volonté générale de chercher la

paix, mais se comportent de façon agressive dans diverses circonstances,

accordez une pondération plus importante à l’agression qu’au vernis qui la

masque. De même, observez particulièrement la façon dont les gens

réagissent en situation de stress : bien des masques tombent dans la chaleur

du moment.

Si vous vous demandez quels sont les indices à guetter, soyez

particulièrement sensible à toute forme de comportement extrême : par

exemple une rudesse manifeste, une amabilité exagérée, une tendance à tout

prendre à la rigolade, etc. Vous remarquerez souvent que ceux qui portent

tel ou tel masque cherchent à cacher exactement le contraire, pour distraire

les autres de la vérité. S’ils s’affirment de façon tonitruante, c’est qu’ils se

sentent intérieurement très peu sûrs d’eux ; s’ils sont tout sucre et tout miel,

c’est à cause de pulsions agressives secrètes. Et s’ils plaisantent, cela cache

de la malveillance.

D’une façon générale, tâchez de décoder tous les signaux possibles,

jusqu’aux vêtements qu’ils portent et à l’ordre qui règne sur leur poste de travail. Un autre élément qui en dit long, c’est le choix de leur compagnon

ou de leur conjoint, notamment quand ce choix ne semble pas cohérent avec

l’image qu’ils tentent de faire valoir. Ce choix peut être révélateur de

besoins insatisfaits depuis l’enfance, de désirs de pouvoir et de contrôle,

d’une médiocre image d’eux-mêmes et d’autres caractéristiques qu’ils

cherchent généralement à masquer. De menus travers – être régulièrement

en retard, prêter peu d’attention aux détails, ne pas rendre les services – sont

révélateurs de leur psychologie profonde. Ce sont des schémas répétitifs

auxquels vous devez accorder de l’attention. Rien n’est insignifiant dans ce

domaine.

Évitez de vous fier à la première impression que vous font les gens.

Elle est souvent erronée, pour plusieurs raisons. Lors d’une première

rencontre, on tend à être nerveux, moins ouvert et plus replié sur soi. On

n’accorde pas de véritable attention à l’interlocuteur. De surcroît, les gens

s’entraînent à faire illusion ; ils se forgent un personnage qu’ils utilisent en

public et qui leur sert d’armure pour les protéger. Sans une capacité de

perception très fine, vous aurez tendance à confondre le masque et la

réalité. Par exemple, quelqu’un que vous jugez très puissant et affirmé peut

simplement cacher ses peurs, et avoir moins de pouvoir que ce que vous

n’imaginiez au premier abord. Ce sont souvent les plus tranquilles, ceux qui

ne se dévoilent guère au premier regard, qui cachent des forces très

profondes et un pouvoir secret important. Ce qu’il vous faut chercher, c’est

le comportement de la personne à long terme : cela vous donnera une notion

bien plus précise de leur vraie personnalité qu’une simple première

impression. Ne vous hâtez pas de juger, attendez quelques mois que la

personne en révèle plus sur elle-même et vous la cernerez beaucoup mieux.

En fin de compte, votre but est d’identifier et de percer à jour ce qui

rend telle ou telle personne unique, et de comprendre le caractère et les valeurs qui sont pour elle le cœur de son équilibre. Plus vous creusez le