Atteindre l'excellence
La connaissance spécifique — comprendre les gens
Une fois cette prise de conscience et ce changement d’attitude en
place, vous pourrez progresser dans l’apprentissage de l’intelligence
relationnelle. Cette intelligence se compose de deux éléments à maîtriser,
d’égale importance. Le premier est la connaissance spécifique de la nature
humaine, c’est-à-dire la capacité à discerner les personnes, à percevoir la
façon dont elles envisagent le monde et à comprendre leur individualité. Le
deuxième, qui est la connaissance générale de la nature humaine, consiste à
accumuler et à comprendre les schémas répétitifs généraux propres au
comportement de l’homme en général, sans oublier le côté obscur que l’on
oublie trop souvent. Tous les hommes sont faits d’un mélange de qualités
uniques et de traits communs à l’espèce, et seule la possession de ces deux
formes de connaissance vous offre une image complète de la nature
humaine. Leur acquisition vous conférera des compétences précieuses,
indispensables dans la quête de la maîtrise.
La connaissance spécifique — comprendre les gens
La plupart des personnes font tôt ou tard l’expérience d’un lien troublant,
inexplicable, avec une autre personne. Nous touchons, dans de tels
moments, à une compréhension intime difficile à verbaliser ; nous avons
même le sentiment de pouvoir anticiper les pensées de l’autre. Ce niveau de
communication est en général réservé à des amis proches et des partenaires,
des personnes qui inspirent confiance et sont à notre diapason à bien des
niveaux. L’influence qu’ils ont sur nous est en proportion de la confiance
que nous leur accordons et vice-versa. Dans notre état normal, nous
sommes souvent nerveux, agressifs et égocentriques et notre esprit est replié
sur nous-mêmes. Mais dans ces moments de communication privilégiée, le monologue intérieur est coupé et nous captons parfaitement les signaux
émis par l’autre.
Cela signifie que, quand nous ne sommes pas obsédés par nous-mêmes
et que nous nous occupons profondément d’un autre, nous accédons à des
formes de communication essentiellement non verbales et particulièrement
efficaces à leur façon. On peut imaginer que nos ancêtres primitifs, poussés
par leur besoin de coopérer à haut niveau et encore vierges du monologue
intérieur qui s’exprime par des mots, possédaient une sensibilité
extraordinaire aux humeurs et aux sentiments des autres membres du
groupe, une forme de télépathie. Cela serait analogue à ce que possèdent
d’autres animaux sociaux, mais dans ce cas, cette sensibilité aurait été
renforcée par la capacité de nos ancêtres à s’installer dans l’esprit des
autres.
L’intensité de la communication non verbale que nous utilisons avec
nos proches ne convient manifestement pas dans notre milieu de travail,
mais dans la mesure où nous nous ouvrons aux autres et dirigeons notre
attention vers eux, nous pouvons recouvrer en partie la sensibilité qui était
celle de nos ancêtres, et devenir beaucoup plus efficaces dans notre
décryptage de la pensée des autres.
Pour lancer ce processus, il faut vous entraîner à attacher moins
d’importance aux mots que prononcent les gens, et davantage au ton de leur
voix, à la qualité de leur regard et au langage de leur corps : autant de
signaux susceptibles de révéler une nervosité, une fièvre qui ne s’expriment
pas verbalement. Quand on amène les gens à s’énerver, ils en révèlent
beaucoup plus sur eux-mêmes. En coupant votre monologue intérieur et en
leur accordant une attention sans partage, vous recueillez des signaux que
vous enregistrez sous forme de sensations et d’intuitions. Faites confiance à
ces impressions : elles vous apprennent des choses que l’on a souvent tendance à ignorer parce qu’elles ne sont pas faciles à verbaliser. Plus tard,
on pourra tenter d’identifier dans ces signaux des schémas répétitifs, et
analyser ce qu’ils signifient.
Au niveau non verbal, il est intéressant d’observer la façon dont les
gens se comportent vis-à-vis des dépositaires du pouvoir et de l’autorité. Ils
tendent à exprimer des angoisses, des ressentiments ou une fausse servilité
qui trahissent quelque chose d’essentiel dans leur psychologie, quelque
chose qui remonte à l’enfance et que clame le langage de leur corps.
Quand vous faites davantage attention aux autres, vous sentez le
besoin de baisser votre propre garde pour vous ouvrir à leur influence. Mais
aussi longtemps que nos émotions et notre empathie sont tournées vers
l’extérieur, nous sommes capables de nous distancier par besoin d’analyser
ce que nous avons capté. Résistez à la tentation d’interpréter leurs paroles et
leurs actes comme si vous étiez implicitement concerné : cela ramènerait
vos pensées sur vous-même, et bloquerait l’immédiateté de la
communication.
À titre d’exercice, essayez d’imaginer le monde à travers les yeux de
gens que vous connaissez bien, en vous mettant à leur place et en ressentant
ce qu’ils ressentent. Remémorez-vous des expériences affectives courantes,
par exemple un traumatisme ou une difficulté récente rappelant d’une façon
ou d’une autre ce que votre interlocuteur est en train de traverser. En
revivant en partie cette émotion, vous faciliterez le processus
d’identification. Votre but n’est pas d’habiter littéralement leur esprit, ce qui
est impossible, mais d’exercer vos capacités d’empathie et de parvenir à
une évaluation plus réaliste de leur point de vue. Savoir peu ou prou se
mettre à la place de l’autre est un moyen magnifique d’assouplir son propre
processus de pensée, qui tend à se figer. La capacité à comprendre ce que ressent l’autre est analogue au processus créatif, lequel permet d’aborder
avec sensibilité le sujet que l’on étudie.
Plus vous vous fiez à votre intuition pour lire dans l’esprit des autres,
plus vous gagnez en efficacité et en précision ; mais l’idéal est de combiner
cette approche avec une forme plus consciente d’observation. Par exemple,
il vous faut noter avec une attention particulière les actes et les décisions
des personnes. Votre but est de tirer au clair les motivations cachées qui les
habitent, et qui tournent souvent autour de la question du pouvoir. Les gens
parlent volontiers de leurs motivations et de leurs intentions ; ils ont
l’habitude de déguiser celles-ci avec un flot de paroles. Leurs actes en
revanche sont beaucoup plus révélateurs de leur caractère et de ce qui les
motive en profondeur. S’ils affichent une volonté générale de chercher la
paix, mais se comportent de façon agressive dans diverses circonstances,
accordez une pondération plus importante à l’agression qu’au vernis qui la
masque. De même, observez particulièrement la façon dont les gens
réagissent en situation de stress : bien des masques tombent dans la chaleur
du moment.
Si vous vous demandez quels sont les indices à guetter, soyez
particulièrement sensible à toute forme de comportement extrême : par
exemple une rudesse manifeste, une amabilité exagérée, une tendance à tout
prendre à la rigolade, etc. Vous remarquerez souvent que ceux qui portent
tel ou tel masque cherchent à cacher exactement le contraire, pour distraire
les autres de la vérité. S’ils s’affirment de façon tonitruante, c’est qu’ils se
sentent intérieurement très peu sûrs d’eux ; s’ils sont tout sucre et tout miel,
c’est à cause de pulsions agressives secrètes. Et s’ils plaisantent, cela cache
de la malveillance.
D’une façon générale, tâchez de décoder tous les signaux possibles,
jusqu’aux vêtements qu’ils portent et à l’ordre qui règne sur leur poste de travail. Un autre élément qui en dit long, c’est le choix de leur compagnon
ou de leur conjoint, notamment quand ce choix ne semble pas cohérent avec
l’image qu’ils tentent de faire valoir. Ce choix peut être révélateur de
besoins insatisfaits depuis l’enfance, de désirs de pouvoir et de contrôle,
d’une médiocre image d’eux-mêmes et d’autres caractéristiques qu’ils
cherchent généralement à masquer. De menus travers – être régulièrement
en retard, prêter peu d’attention aux détails, ne pas rendre les services – sont
révélateurs de leur psychologie profonde. Ce sont des schémas répétitifs
auxquels vous devez accorder de l’attention. Rien n’est insignifiant dans ce
domaine.
Évitez de vous fier à la première impression que vous font les gens.
Elle est souvent erronée, pour plusieurs raisons. Lors d’une première
rencontre, on tend à être nerveux, moins ouvert et plus replié sur soi. On
n’accorde pas de véritable attention à l’interlocuteur. De surcroît, les gens
s’entraînent à faire illusion ; ils se forgent un personnage qu’ils utilisent en
public et qui leur sert d’armure pour les protéger. Sans une capacité de
perception très fine, vous aurez tendance à confondre le masque et la
réalité. Par exemple, quelqu’un que vous jugez très puissant et affirmé peut
simplement cacher ses peurs, et avoir moins de pouvoir que ce que vous
n’imaginiez au premier abord. Ce sont souvent les plus tranquilles, ceux qui
ne se dévoilent guère au premier regard, qui cachent des forces très
profondes et un pouvoir secret important. Ce qu’il vous faut chercher, c’est
le comportement de la personne à long terme : cela vous donnera une notion
bien plus précise de leur vraie personnalité qu’une simple première
impression. Ne vous hâtez pas de juger, attendez quelques mois que la
personne en révèle plus sur elle-même et vous la cernerez beaucoup mieux.
En fin de compte, votre but est d’identifier et de percer à jour ce qui
rend telle ou telle personne unique, et de comprendre le caractère et les valeurs qui sont pour elle le cœur de son équilibre. Plus vous creusez le