Atteindre l'excellence

Greene Robert · Chapitre 50 sur 82

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Atteindre l'excellence

Première étape : la tâche créative

manquer de libérer en nous-mêmes de puissantes forces créatrices.

 

Première étape : la tâche créative

 

Vous devez commencer par travailler sur le concept même de créativité. En

général, les gens considèrent la créativité comme quelque chose

d’intellectuel, c’est-à-dire une façon particulière de penser. En réalité,

l’activité créatrice met en jeu l’ensemble de la personnalité : l’émotivité,

l’énergie, le caractère et l’esprit. Pour faire une découverte, pour inventer

une chose susceptible de toucher le public, pour réaliser une œuvre d’art qui

a du sens, il faut du temps et des efforts. Cela exige souvent des années

d’essais, d’échecs et de revers, et la nécessité de rester fortement concentré.

Vous devez être patient, et convaincu que vous faites quelque chose

d’important. Vous aurez beau avoir l’esprit le plus brillant, bouillonnant de

connaissances et d’idées, vous perdrez en cours de route toute énergie et

tout intérêt si vous ne vous attaquez pas au bon problème. Dans ce cas, tous

les atouts intellectuels ne conduisent à rien.

La tâche sur laquelle vous choisissez de travailler doit avoir un côté

obsessionnel. Comme l’œuvre d’une vie, elle doit puiser ses racines aux

tréfonds de votre personnalité. (Chez Mozart, ce n’était pas la musique en

général, mais l’opéra.) Vous devez vous calquer sur le capitaine Achab, du

roman de Melville, Moby Dick, qui est obsédé par la chasse de la grande

baleine blanche. Avec un intérêt aussi viscéral, vous pouvez survivre à tous

les échecs, à de longs mois de travail fastidieux et au dur travail

indissociable de l’action créatrice. Vous pouvez ignorer ceux qui sèment le

doute et la critique. Vous vous sentez personnellement impliqué dans la résolution du problème et vous ne connaissez pas le repos tant que ce n’est

pas fait.

Comprenons-nous bien : ce qui fait la maîtrise, c’est le choix de l’objet

de l’énergie créatrice. Quand Thomas Edison assista pour la première fois à

une démonstration d’arc électrique, il sut qu’il venait de trouver le défi

suprême à relever pour canaliser ses énergies créatrices. La lumière

électrique n’était pas une simple curiosité de laboratoire, elle pouvait

remplacer l’éclairage au gaz. Il allait lui falloir des années de travail

acharné, mais le résultat changerait le monde. C’était la parfaite énigme à

résoudre. Edison avait trouvé un défi à la hauteur de sa créativité. Pour

l’artiste Rembrandt, les thèmes qui l’attiraient étaient des scènes

spectaculaires – notamment bibliques – exprimant les côtés les plus

sombres et les plus tragiques de la vie ; il sut saisir l’occasion, et inventa

une manière toute nouvelle de peindre et de rendre la lumière. L’écrivain

Marcel Proust souffrit des années avant de trouver le sujet d’un nouveau

roman. Un beau jour, enfin, il comprit que le sujet qu’il cherchait, c’était

tout bonnement sa propre vie et ses tentatives avortées d’écrire un grand

roman. Cela libéra sa plume et le résultat donna À la recherche du temps

perdu.

La première loi de la dynamique de création que vous devez graver

dans votre esprit et ne jamais oublier est : votre engagement affectif vis-à-

vis de ce que vous faites transparaîtra de façon éclatante dans le résultat. Si

vous vous attelez à une tâche sans trop y croire, les résultats seront

médiocres. Si vous faites une chose en traînant les pieds ou par pur intérêt

financier, il n’y aura pas de véritable engagement affectif ; le résultat

manquera d’âme et de lien vital avec vous. Si vous ne vous en rendez pas

compte vous-même, le public s’en apercevra à coup sûr et accueillera votre

œuvre avec tiédeur. Si, en revanche, vous poursuivez votre quête avec une passion obsessionnelle, cela ressortira dans maints détails. Si vous y

déposez vos propres tripes, l’authenticité de votre travail se percevra. Ceci

est vrai aussi bien en sciences, en affaires que dans les arts. Votre mission

créatrice n’arrivera peut-être pas au niveau obsessionnel qu’elle atteignait

chez Edison, mais il en faudra un minimum sans quoi vos efforts seront

voués à l’échec. Ne vous lancez jamais dans une tentative de création en

espérant que votre seul talent suffira. Faites le choix unique et parfait qui

libérera vos énergies dans le sens de vos inclinations.

Pour favoriser ce processus, il est sage de choisir un thème qui fait

appel à votre non-conformisme et exprime votre côté rebelle. Peut-être

votre invention ou votre découverte seront-elles ignorées ou ridiculisées ?

Si elles déchaînent la controverse, vous écraserez quelques orteils. En

optant pour quelque chose qui vous interpelle en profondeur, vous vous

orienterez naturellement dans une direction peu orthodoxe. Tâchez d’allier

cela à votre désir de bouleverser les modèles conventionnels et d’aller à

contre-courant. Le sentiment de vous heurter à des ennemis et à des

sceptiques peut galvaniser vos énergies créatrices et vous aider à vous

concentrer.

Il y a deux choses à garder à l’esprit : en premier lieu, la tâche que

vous vous fixez doit être réaliste. La connaissance et les compétences que

vous avez acquises doivent être parfaitement adaptées à cet effort. Pour

réaliser votre but, il vous faudra peut-être apprendre quelques nouvelles

choses, mais vous devez avoir la maîtrise de vos bases et posséder une

connaissance du domaine suffisamment solide pour que votre esprit puisse

se concentrer sur les thèmes les plus avancés. En revanche, il vaut toujours

mieux choisir une tâche qui vous oblige à vous dépasser, que vous pouvez

considérer comme ambitieuse. C’est un corollaire de la première loi de la

dynamique de création : plus le but est élevé, plus il provient des profondeurs de la personnalité. Vous relevez alors le défi parce que vous ne