Atteindre l'excellence
Les secrets de la maîtrise
prisonnier de l’extraordinaire lenteur de l’évolution naturelle. Aujourd’hui,
notre cerveau a le même pouvoir et la même souplesse. À tout moment,
nous pouvons décider de modifier notre rapport au temps et mettre à profit
la structure intime de notre cerveau, en connaissant son existence et son
pouvoir. En faisant travailler le temps pour nous, nous pouvons renoncer à
nos mauvaises habitudes de passivité, et gravir les échelons de
l’intelligence.
Il faut considérer ce choix comme un retour radical au passé profond
de l’homme, en entretenant une splendide continuité avec nos ancêtres
chasseurs-cueilleurs. Le milieu dans lequel nous évoluons a beau être
différent, notre cerveau est essentiellement le même et ses pouvoirs
d’apprentissage, d’adaptation et de maîtrise du temps sont universels.
LES SECRETS DE LA MAÎTRISE
« Un homme devrait apprendre à repérer et à surveiller en lui-
même ce rayon de lumière qui, venu de l’intérieur, illumine par
éclairs son esprit, plutôt que l’éclat du firmament des bardes et
des sages. Pourtant, sans y prendre garde, il rejette sa pensée,
parce que c’est la sienne. Dans chaque œuvre de génie, nous
reconnaissons nos propres pensées, que nous avons rejetées :
elles nous reviennent avec une certaine majesté née de
l’aliénation. »
RALPH WALDO EMERSON
Si nous avons tous à peu près le même cerveau, avec une configuration
pratiquement identique et le même potentiel de maîtrise, comment se fait-il que l’on ne trouve dans l’histoire qu’un nombre limité de personnes ayant
véritablement atteint l’excellence et réalisé leur potentiel ? De façon tout à
fait terre à terre, cette question est certainement la plus importante à
laquelle il nous faille répondre.
Les explications les plus courantes concernant un Mozart ou un
Léonard de Vinci tournent autour de leur talent naturel. Comment expliquer
leurs travaux prodigieux autrement que par quelque chose d’inné chez eux ?
Des milliers et des milliers d’enfants font preuve de compétences et de
talents exceptionnels dans tel ou tel domaine, mais rares sont ceux qui
parviennent à quelque chose, alors que des gens moins brillants dans leur
jeunesse réussissent bien davantage. Le talent naturel ou le coefficient
intellectuel n’expliquent pas les réalisations ultérieures.
Pour reprendre un exemple classique, comparons la vie de sir Francis
Galton et celle de son cousin Charles Darwin. Galton était à tous égards un
immense génie au QI prodigieux, bien supérieur à celui de Darwin (on
connaît ces chiffres grâce à des travaux d’experts réalisés après l’invention
de cet instrument de mesure). Galton était un enfant prodige qui eut une
carrière scientifique illustre, mais qui n’atteignit jamais la maîtrise dans les
domaines auxquels il s’est attaqué. Il était d’une instabilité notoire, comme
beaucoup d’enfants prodiges.
Darwin, en revanche, est à juste titre respecté comme un grand
scientifique, un des rares qui a changé pour toujours notre vision de la vie.
Comme Darwin le reconnaissait lui-même, il était « un garçon très
ordinaire, plutôt en dessous de la moyenne sur le plan intellectuel… Je
n’étais pas très rapide à comprendre… Ma capacité à suivre un long
raisonnement purement abstrait était limitée ». Darwin néanmoins possédait
quelque chose qui faisait défaut à Galton.
À bien des égards, l’étude de la jeunesse de Darwin offre la solution de
cette énigme. Quand il était enfant, Darwin était avant tout un
collectionneur passionné de spécimens biologiques. Son médecin de père
voulait qu’il embrasse la carrière médicale, et l’inscrivit à l’université
d’Édimbourg. Darwin ne s’intéressa guère à ses études et fut un étudiant
médiocre. Son père, désespérant de le voir arriver un jour à quelque chose,
l’orienta en désespoir de cause vers une entrée dans les ordres. Pendant que
Darwin se préparait à cela, un de ses anciens professeurs l’avertit que le
HMS Beagle allait partir faire le tour du monde et avait besoin d’un
biologiste pour ramasser des spécimens à renvoyer en Angleterre. Malgré
l’opposition de son père, Darwin obtint ce poste. Quelque chose dans ce
voyage l’attirait.
Du jour au lendemain, sa passion de collectionneur trouva à s’exprimer
de façon parfaite. En Amérique du Sud, il ramassa une collection
ahurissante de spécimens, de fossiles et d’os. En constatant l’immense
variété de la vie sur la planète, il en vint à se poser la question fondamentale
de l’origine des espèces. Il consacra toute son énergie à cette entreprise et
accumula tant de spécimens qu’une théorie commença à se dessiner dans
son esprit. Après cinq ans de mer, il rentra en Angleterre et consacra le reste
de sa vie à élaborer sa propre théorie de l’évolution. Pour ce faire, il dut
fournir un énorme travail : par exemple, huit ans d’étude exclusive des
bernaches pour devenir un biologiste crédible. Il lui fallut acquérir un sens
politique et des capacités de relations très évoluées pour lutter contre les
préjugés suscités par sa théorie dans l’Angleterre victorienne. Il persévéra
grâce à sa passion pour le sujet.
Les principaux éléments de cette histoire se retrouvent dans la vie de
tous les grands maîtres de l’histoire : une passion de jeunesse, une rencontre
fortuite qui leur permet de découvrir la façon de l’exploiter, un apprentissage pour appliquer toute leur énergie en se concentrant sur leur
raison de vivre. Grâce à un travail acharné, ils suivent ce processus avec
rapidité, grâce à leur intense désir d’apprendre et à leur attachement à ce
domaine. Au cœur de cette capacité de travail se cache une qualité
génétiquement innée : non pas un talent ou un QI exceptionnels, qu’il faut
développer, mais plutôt une profonde et puissante inclination vers un sujet
donné.
Cette inclination reflète le fait que chaque personne est unique. Et ceci
n’est pas une observation purement poétique ou philosophique : il est
scientifiquement prouvé que sur le plan génétique, chaque homme est
unique. Notre génome n’a jamais existé avant nous et n’existera jamais
après. Cette spécificité se manifeste en nous par les préférences innées que
nous ressentons vis-à-vis d’activités ou de sujets d’étude particuliers. Il peut
s’agir de la musique, des mathématiques, de tel ou tel sport ou jeu, des
rébus et énigmes, du bricolage, de la construction ou des mots.
Chez ceux qui se distinguent par la maîtrise, l’inclination directrice se
manifeste de façon plus claire et profonde que chez les autres. Ils la
ressentent comme un appel intérieur. Elle domine leurs pensées et leurs
rêves. Par hasard ou à force d’efforts, ils trouvent le chemin de carrière qui
leur permet d’épanouir cette inclination. L’intensité de leur intérêt et de leur
désir les aide à supporter la douleur du processus : doute de soi, pratique et
étude fastidieuses, inévitables revers et critiques des jaloux. Ils acquièrent
une résistance et une confiance en eux-mêmes qui manquent aux autres.
Dans notre culture, on tend à confondre la pensée et la puissance
intellectuelle avec le succès et la réussite matérielle. Toutefois, c’est à bien
des égards la qualité affective qui sépare ceux qui ont la maîtrise d’un
domaine de ceux qui se contentent d’avoir un « boulot ». Le désir, la
patience, la persévérance et la confiance en soi jouent dans le succès un rôle bien plus important que la simple capacité de raisonnement. Motivé par
l’enthousiasme, on peut surmonter n’importe quoi ou presque. Quand on
s’ennuie ou que l’on ne peut pas supporter son travail, le cerveau se referme
et l’on devient de plus en plus passif.
Dans le passé, seules quelques personnalités d’élite ou dotées d’une
énergie presque surhumaine pouvaient choisir la carrière de leur choix et
parvenir à la maîtrise. Il fallait naître dans une famille de militaires ou de
responsables politiques, c’est-à-dire faire partie de la classe dirigeante.
Quiconque faisait preuve de talent et de motivation pour ce type d’activité
le faisait en général par hasard. Des millions de gens qui ne faisaient pas
partie de la bonne classe sociale, du bon sexe et du bon groupe ethnique
étaient rigoureusement empêchés de répondre à l’appel de leur vocation.
Même ceux qui voulaient, conformément à leur inclination, acquérir les
informations et connaissances relatives à un domaine donné, étaient à la
merci des élites. C’est pourquoi il y avait si peu de grands maîtres dans le
passé et qu’ils se distinguaient de façon si éclatante.
Toutefois, ces barrières politiques et sociales ont pour la plupart
disparu. On a aujourd’hui accès à une qualité d’information et de
connaissance dont les maîtres du passé ne pouvaient que rêver. Plus que
jamais, on a la capacité et la liberté de suivre son inclination en fonction de
son unique génome. Il est temps de démystifier et de banaliser le concept de
génie. Nous sommes tous plus proches que nous le croyons de ce type
d’intelligence. (Le mot « génie » vient du latin genius, ce dieu particulier à
chaque homme qui veillait sur lui dès sa naissance, qui partageait sa
destinée et disparaissait avec lui.)
Notre époque est riche en possibilités pour quiconque ambitionne la
maîtrise ; de plus en plus de gens peuvent suivre leurs inclinations, mais un
dernier obstacle culturel particulièrement insidieux s’y oppose : le concept même de maîtrise fait l’objet de dénigrement et est assimilé à quelque chose
de ringard, voire déplaisant. Ce n’est pas admis comme une ambition
légitime. Ce glissement de valeur est assez récent et découle de
particularités culturelles de notre époque.
Nous vivons dans un monde qui nous échappe de plus en plus. Nos
moyens d’existence sont le jouet de forces mondialisées. Les problèmes
auxquels nous nous heurtons sur le plan de l’économie, de l’environnement,
etc., dépassent nos capacités d’actions individuelles. Les hommes politiques
sont lointains et indifférents à nos vœux. Quand on se sent dépassé, il est
naturel de se replier sur une sorte de passivité. Si l’on perd le goût du
risque, que l’on limite son champ d’action, on peut se donner l’illusion
d’être maître de son destin. Qui ne risque rien n’a rien, mais ne risque pas
d’échouer. Si nous ne sommes pas responsables de notre destin, notre
manifeste impuissance devient acceptable. Nous sommes donc tentés par
toutes sortes de sornettes : ce sont nos gènes qui déterminent nos actes ;
nous sommes le produit d’une époque ; l’individu n’est qu’un mythe ; le
comportement de l’homme peut se réduire à des tendances statistiques.
Bien des gens vont plus loin dans ce dérapage et maquillent leur
passivité sous un vernis positif. Ils trouvent romantique l’attitude suicidaire
de l’artiste qui perd tout contrôle de lui-même. Toute notion de discipline
ou d’effort apparaît comme ringarde et assommante : ce qui compte, c’est
l’inspiration derrière l’œuvre d’art, au diable la maîtrise technique et
l’apprentissage du métier. On en vient à se contenter d’objets vite faits mal
faits. S’il faut trop d’efforts pour obtenir quelque chose, on hésite à cause
de la prolifération de dispositifs qui font le travail à notre place et nous
convainquent que nous méritons d’obtenir le résultat tout cuit. On
revendique le droit d’avoir et de consommer tout ce que l’on désire.
« Pourquoi s’ennuyer des années pour atteindre la maîtrise alors que l’on peut avoir tant de pouvoir avec si peu d’efforts ? La technologie résout
tout. » Cette passivité s’érige même en règle morale, « la maîtrise et la
puissance sont mauvaises ; elles sont réservées aux élites patriarcales qui
nous oppriment ; le pouvoir est mauvais en soi ; mieux vaut laisser tomber
le système dans son ensemble » ou tout au moins, faire quelque chose qui y
ressemble.
Si l’on n’y prend pas garde, on s’aperçoit que cette attitude nous
contamine de façon perfide. Inconsciemment, on limite ses ambitions. On
réduit tellement son niveau d’effort et de discipline que l’on perd toute
efficacité. Comme des moutons de Panurge, nous écoutons davantage la
voix des autres que celle de notre conscience. Nous choisissons le chemin
de carrière que nous recommandent nos parents et nos amis, ou qui nous
semble le plus lucratif. Si l’on cesse d’entendre l’appel de notre vocation
personnelle, on peut faire quelque chose de sa vie, mais tôt ou tard, le
manque de véritable motivation nous rattrape. On se met à travailler comme
un robot. On ne vit plus que pour les loisirs et les plaisirs immédiats. De
plus en plus passif, on ne dépasse jamais la première phase. On devient
frustré et dépressif, sans comprendre que la source de cette aliénation est la
perte de notre potentiel de créativité.
Avant qu’il ne soit trop tard, il faut découvrir notre vrai penchant, et
exploiter les opportunités sans précédent que nous offre l’époque actuelle.
Sachant l’importance critique du désir et de notre intérêt affectif pour notre
travail – qui sont les secrets de la maîtrise –, nous pouvons en vérité faire
jouer en notre faveur la passivité contemporaine et nous en servir pour nous
motiver à deux égards.
En premier lieu, il faut considérer la recherche de la maîtrise comme
une ambition absolument nécessaire et positive. Le monde regorge de
problèmes, dont beaucoup sont le fait de l’homme. Pour les résoudre, il faut énormément d’efforts et de créativité. Il ne suffit pas de se fier à la
génétique, à la technologie, à la magie ou à une certaine forme de
gentillesse naturelle. Il faut de l’énergie, non seulement pour résoudre les
problèmes pratiques, mais aussi pour bâtir de nouvelles institutions et un
ordre nouveau correspondant à l’évolution de la société. Créons notre
propre monde ou mourons à cause de notre inaction. Retrouvons le concept
de maîtrise qui nous a définis en tant qu’espèce il y a des millions d’années.
Il ne s’agit plus de dominer la nature ou les autres hommes, mais de
déterminer notre destin. La passivité ironique n’est ni cool ni romantique,
mais pathétique et destructive. Devenons un exemple de ce qui peut se faire
en termes de maîtrise dans le monde moderne. Embrassons la cause la plus
importante de toutes : la survie et la prospérité de l’espèce humaine, en
pleine époque de stagnation.
En second lieu, il faut se convaincre d’une chose : l’homme obtient
l’esprit et la qualité de cerveau qu’il mérite en fonction de ses actes. Malgré
le succès de l’explication du comportement par l’inné, des découvertes
récentes en neurosciences ont fait voler en éclats la théorie selon laquelle le
cerveau est câblé une fois pour toutes selon un schéma génétiquement
immuable. Les scientifiques ont prouvé que notre cerveau est en réalité
hautement adaptable : ce sont nos pensées qui déterminent notre paysage
mental. Ces mêmes scientifiques étudient le rapport entre volonté et
physiologie, et la façon profonde dont l’esprit conditionne notre santé et
notre manière de fonctionner. Il est possible que l’on découvre de plus en
plus à quel point certaines opérations mentales sont capables de créer dans
nos vies différents schémas répétitifs : nous sommes véritablement
responsables des choses qui nous arrivent.
Les personnes passives se créent un paysage mental passablement
désolé. Faute d’expériences et d’actes variés, de nombreuses synapses de leur cerveau meurent faute d’être utilisées. Pour réagir contre les tendances
contemporaines à la passivité, il faut faire des efforts pour voir dans quelle
mesure on peut prendre le contrôle de nombreux aspects de notre vie et
nous doter de l’esprit que nous désirons non avec des drogues, mais avec
des actes. Dans la quête de la maîtrise, vous vous placerez à l’avant-garde
de ceux qui repoussent les limites de l’humainement possible.
À bien des égards, le passage d’un niveau d’intelligence à un autre peut être
considéré comme une sorte de rite d’initiation. Au fur et à mesure que l’on
progresse, on voit s’estomper les anciens points de vue et idées ; en
acquérant de nouveaux pouvoirs, notre regard sur le monde prend de la
hauteur. Considérez le présent ouvrage comme un guide précieux vers ce
processus de transformation. Il est conçu pour vous amener du niveau
inférieur au niveau supérieur. Il contribue à vous initier à la première étape :
découvrir quelle sera l’œuvre de votre vie, c’est-à-dire votre vocation, et la
manière de vous frayer un chemin conduisant à votre épanouissement à
différents niveaux. Il vous conseille sur la façon d’exploiter au mieux votre
apprentissage : les différentes stratégies d’observation et d’acquisition de
connaissances qui vous sont le plus utiles à ce stade ; comment trouver les
mentors idéaux ; comment décrypter les codes non écrits du comportement
politique ; comment développer son intelligence sociale ; et enfin, comment
savoir qu’il est temps de quitter le nid de l’apprentissage pour se lancer
dans la phase active créative.
Il vous montre comment prolonger le processus d’apprentissage à un
niveau supérieur. Il révèle des stratégies immémoriales pour résoudre un
problème de façon créative et garder un esprit souple et adaptable. Il explique comment accéder au niveau primitif et inconscient de
l’intelligence et supporter, chemin faisant, les inévitables piques des jaloux.
Il décrit les pouvoirs qui seront les vôtres une fois atteinte la maîtrise en
vous orientant vers la perception intérieure intuitive de votre domaine.
Enfin, il initie à une philosophie et un mode de penser qui facilitent ce
chemin.
Les idées développées dans cet ouvrage sont fondées sur des
recherches étendues dans le domaine de la neurologie et des sciences
cognitives, sur des études concernant la créativité et sur la biographie des
grands maîtres de l’Histoire : notamment Léonard de Vinci, le maître zen
Hakuin, Benjamin Franklin, Wolfgang Amadeus Mozart, Johann Wolfgang
von Goethe, le poète John Keats, le scientifique Michael Faraday, Charles
Darwin, Thomas Edison, Albert Einstein, Henry Ford, Marcel Proust, la
danseuse Martha Graham, l’inventeur Buckminster Fuller, le musicien de
jazz John Coltrane et le pianiste Glenn Gould.
Pour clarifier la façon dont cette forme d’intelligence peut s’appliquer
au monde moderne, neuf grands maîtres contemporains ont été longuement
interrogés. Ce sont le professeur en neurosciences V. S. Ramachandran, le
linguiste et anthropologue Daniel Everett, l’informaticien, écrivain et
lanceur de start-up de haute technologie Paul Graham, l’architecte et
ingénieur Santiago Calatrava, l’ancien boxeur aujourd’hui entraîneur
Freddie Roach, l’ingénieur en robotique et concepteur de technologies
vertes Yoky Matsuoka, l’artiste Teresita Fernández, la spécialiste du
comportement animal et conceptrice industrielle Temple Grandin, et l’as de
l’aviation de chasse américaine Cesar Rodriguez.
Ces personnages contemporains ont des origines, classes sociales et
groupes ethniques différents. Leur succès est manifestement le fruit d’efforts organisés, et non de l’inné ou de privilèges ; il montre que la
maîtrise existe à notre époque, et qu’elle apporte de formidables pouvoirs.
Le plan de cet ouvrage est simple. Il compte six chapitres décrivant le
processus en ordre chronologique. Le chapitre I décrit le point de départ –
la découverte de sa vocation, et de ce qui sera l’œuvre de toute une vie. Les
chapitres II, III et IV traitent des différents éléments de la phase
d’apprentissage (acquisition de connaissances, collaboration avec des
mentors, acquisition d’une intelligence sociale). Le chapitre V est consacré
à la phase créative- active, et le chapitre VI au but : la maîtrise. Chaque
chapitre commence par la vie d’une figure historique emblématique, qui
sert d’exemple au concept général du chapitre. Le sous-chapitre suivant, les
secrets de la maîtrise, analyse en détail la phase concernée, donne des idées
concrètes sur la façon d’appliquer à chacun cette connaissance et l’état
d’esprit nécessaire pour exploiter au mieux ces idées. Ensuite vient la
description détaillée des stratégies des maîtres – contemporains et passés –
qui ont utilisé différentes méthodes pour parcourir le processus. Ces
stratégies sont conçues pour vous permettre de mettre en pratique les idées
de cet ouvrage et vous inspirer pour suivre les pas de ces maîtres, en
montrant que leur succès est parfaitement à votre portée.
Pour tous les maîtres contemporains et quelques-uns du passé, le récit
de leur vie se poursuit sur plusieurs chapitres. On constatera à l’occasion
une certaine redondance des données biographiques permettant de
récapituler les étapes précédentes de leur existence. Les numéros de page
entre parenthèses réfèrent à ces précédentes narrations.
Enfin, il ne faut pas voir ce passage d’un niveau d’intelligence à un autre
comme un processus purement linéaire, conduisant à une destination finale
appelée la maîtrise. La vie est apprentissage, ne cessez jamais d’appliquer vos compétences en acquisition de connaissances. Tout ce qui vous arrive
peut vous servir de leçon si vous y faites attention. La créativité obtenue en
acquérant une compétence de façon si profonde doit être en permanence
rafraîchie, à condition de contraindre votre esprit à revenir continuellement
à une attitude d’ouverture. Même la découverte de votre vocation doit être
révisée périodiquement, au fur et à mesure que les circonstances de la vie
vous contraignent à en réorienter le sens.
Sur le chemin de la maîtrise, on rapproche son esprit de la réalité et de
la vie même. Tout être vivant est en changement perpétuel, et en
mouvement. Dès l’instant où l’on s’arrête, croyant avoir atteint le niveau
désiré, une partie du cerveau commence à se déliter. On perd cette créativité
si chèrement payée et les autres s’en aperçoivent. Ce pouvoir et cette
intelligence doivent être renouvelés en permanence, ou ils meurent.
« Ne venez surtout pas me parler de dons naturels, de talents
innés ! On peut citer dans tous les domaines de grands hommes
qui étaient peu doués. Mais la grandeur leur est “venue”, ils se
sont fait “génies” (comme on dit) grâce à certaines qualités dont
personne n’aime à trahir l’absence quand il en est conscient. Ils
possédaient tous cette solide conscience artisanale qui commence
par apprendre à parfaire les parties avant de se risquer à un
grand travail d’ensemble ; ils prenaient leur temps parce qu’ils
trouvaient plus de plaisir à la bonne facture du détail, de
l’accessoire, qu’à l’effet produit par un tout éblouissant. »
FRIEDRICH NIETZSCHE
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