Atteindre l'excellence

Greene Robert · Chapitre 3 sur 82

Pages du PDF

Atteindre l'excellence

Les secrets de la maîtrise

prisonnier de l’extraordinaire lenteur de l’évolution naturelle. Aujourd’hui,

notre cerveau a le même pouvoir et la même souplesse. À tout moment,

nous pouvons décider de modifier notre rapport au temps et mettre à profit

la structure intime de notre cerveau, en connaissant son existence et son

pouvoir. En faisant travailler le temps pour nous, nous pouvons renoncer à

nos mauvaises habitudes de passivité, et gravir les échelons de

l’intelligence.

Il faut considérer ce choix comme un retour radical au passé profond

de l’homme, en entretenant une splendide continuité avec nos ancêtres

chasseurs-cueilleurs. Le milieu dans lequel nous évoluons a beau être

différent, notre cerveau est essentiellement le même et ses pouvoirs

d’apprentissage, d’adaptation et de maîtrise du temps sont universels.

 

LES SECRETS DE LA MAÎTRISE

 

« Un homme devrait apprendre à repérer et à surveiller en lui-

même ce rayon de lumière qui, venu de l’intérieur, illumine par

éclairs son esprit, plutôt que l’éclat du firmament des bardes et

des sages. Pourtant, sans y prendre garde, il rejette sa pensée,

parce que c’est la sienne. Dans chaque œuvre de génie, nous

reconnaissons nos propres pensées, que nous avons rejetées :

elles nous reviennent avec une certaine majesté née de

l’aliénation. »

RALPH WALDO EMERSON

 

Si nous avons tous à peu près le même cerveau, avec une configuration

pratiquement identique et le même potentiel de maîtrise, comment se fait-il que l’on ne trouve dans l’histoire qu’un nombre limité de personnes ayant

véritablement atteint l’excellence et réalisé leur potentiel ? De façon tout à

fait terre à terre, cette question est certainement la plus importante à

laquelle il nous faille répondre.

Les explications les plus courantes concernant un Mozart ou un

Léonard de Vinci tournent autour de leur talent naturel. Comment expliquer

leurs travaux prodigieux autrement que par quelque chose d’inné chez eux ?

Des milliers et des milliers d’enfants font preuve de compétences et de

talents exceptionnels dans tel ou tel domaine, mais rares sont ceux qui

parviennent à quelque chose, alors que des gens moins brillants dans leur

jeunesse réussissent bien davantage. Le talent naturel ou le coefficient

intellectuel n’expliquent pas les réalisations ultérieures.

Pour reprendre un exemple classique, comparons la vie de sir Francis

Galton et celle de son cousin Charles Darwin. Galton était à tous égards un

immense génie au QI prodigieux, bien supérieur à celui de Darwin (on

connaît ces chiffres grâce à des travaux d’experts réalisés après l’invention

de cet instrument de mesure). Galton était un enfant prodige qui eut une

carrière scientifique illustre, mais qui n’atteignit jamais la maîtrise dans les

domaines auxquels il s’est attaqué. Il était d’une instabilité notoire, comme

beaucoup d’enfants prodiges.

Darwin, en revanche, est à juste titre respecté comme un grand

scientifique, un des rares qui a changé pour toujours notre vision de la vie.

Comme Darwin le reconnaissait lui-même, il était « un garçon très

ordinaire, plutôt en dessous de la moyenne sur le plan intellectuel… Je

n’étais pas très rapide à comprendre… Ma capacité à suivre un long

raisonnement purement abstrait était limitée ». Darwin néanmoins possédait

quelque chose qui faisait défaut à Galton.

À bien des égards, l’étude de la jeunesse de Darwin offre la solution de

cette énigme. Quand il était enfant, Darwin était avant tout un

collectionneur passionné de spécimens biologiques. Son médecin de père

voulait qu’il embrasse la carrière médicale, et l’inscrivit à l’université

d’Édimbourg. Darwin ne s’intéressa guère à ses études et fut un étudiant

médiocre. Son père, désespérant de le voir arriver un jour à quelque chose,

l’orienta en désespoir de cause vers une entrée dans les ordres. Pendant que

Darwin se préparait à cela, un de ses anciens professeurs l’avertit que le

HMS Beagle allait partir faire le tour du monde et avait besoin d’un

biologiste pour ramasser des spécimens à renvoyer en Angleterre. Malgré

l’opposition de son père, Darwin obtint ce poste. Quelque chose dans ce

voyage l’attirait.

Du jour au lendemain, sa passion de collectionneur trouva à s’exprimer

de façon parfaite. En Amérique du Sud, il ramassa une collection

ahurissante de spécimens, de fossiles et d’os. En constatant l’immense

variété de la vie sur la planète, il en vint à se poser la question fondamentale

de l’origine des espèces. Il consacra toute son énergie à cette entreprise et

accumula tant de spécimens qu’une théorie commença à se dessiner dans

son esprit. Après cinq ans de mer, il rentra en Angleterre et consacra le reste

de sa vie à élaborer sa propre théorie de l’évolution. Pour ce faire, il dut

fournir un énorme travail : par exemple, huit ans d’étude exclusive des

bernaches pour devenir un biologiste crédible. Il lui fallut acquérir un sens

politique et des capacités de relations très évoluées pour lutter contre les

préjugés suscités par sa théorie dans l’Angleterre victorienne. Il persévéra

grâce à sa passion pour le sujet.

Les principaux éléments de cette histoire se retrouvent dans la vie de

tous les grands maîtres de l’histoire : une passion de jeunesse, une rencontre

fortuite qui leur permet de découvrir la façon de l’exploiter, un apprentissage pour appliquer toute leur énergie en se concentrant sur leur

raison de vivre. Grâce à un travail acharné, ils suivent ce processus avec

rapidité, grâce à leur intense désir d’apprendre et à leur attachement à ce

domaine. Au cœur de cette capacité de travail se cache une qualité

génétiquement innée : non pas un talent ou un QI exceptionnels, qu’il faut

développer, mais plutôt une profonde et puissante inclination vers un sujet

donné.

Cette inclination reflète le fait que chaque personne est unique. Et ceci

n’est pas une observation purement poétique ou philosophique : il est

scientifiquement prouvé que sur le plan génétique, chaque homme est

unique. Notre génome n’a jamais existé avant nous et n’existera jamais

après. Cette spécificité se manifeste en nous par les préférences innées que

nous ressentons vis-à-vis d’activités ou de sujets d’étude particuliers. Il peut

s’agir de la musique, des mathématiques, de tel ou tel sport ou jeu, des

rébus et énigmes, du bricolage, de la construction ou des mots.

Chez ceux qui se distinguent par la maîtrise, l’inclination directrice se

manifeste de façon plus claire et profonde que chez les autres. Ils la

ressentent comme un appel intérieur. Elle domine leurs pensées et leurs

rêves. Par hasard ou à force d’efforts, ils trouvent le chemin de carrière qui

leur permet d’épanouir cette inclination. L’intensité de leur intérêt et de leur

désir les aide à supporter la douleur du processus : doute de soi, pratique et

étude fastidieuses, inévitables revers et critiques des jaloux. Ils acquièrent

une résistance et une confiance en eux-mêmes qui manquent aux autres.

Dans notre culture, on tend à confondre la pensée et la puissance

intellectuelle avec le succès et la réussite matérielle. Toutefois, c’est à bien

des égards la qualité affective qui sépare ceux qui ont la maîtrise d’un

domaine de ceux qui se contentent d’avoir un « boulot ». Le désir, la

patience, la persévérance et la confiance en soi jouent dans le succès un rôle bien plus important que la simple capacité de raisonnement. Motivé par

l’enthousiasme, on peut surmonter n’importe quoi ou presque. Quand on

s’ennuie ou que l’on ne peut pas supporter son travail, le cerveau se referme

et l’on devient de plus en plus passif.

Dans le passé, seules quelques personnalités d’élite ou dotées d’une

énergie presque surhumaine pouvaient choisir la carrière de leur choix et

parvenir à la maîtrise. Il fallait naître dans une famille de militaires ou de

responsables politiques, c’est-à-dire faire partie de la classe dirigeante.

Quiconque faisait preuve de talent et de motivation pour ce type d’activité

le faisait en général par hasard. Des millions de gens qui ne faisaient pas

partie de la bonne classe sociale, du bon sexe et du bon groupe ethnique

étaient rigoureusement empêchés de répondre à l’appel de leur vocation.

Même ceux qui voulaient, conformément à leur inclination, acquérir les

informations et connaissances relatives à un domaine donné, étaient à la

merci des élites. C’est pourquoi il y avait si peu de grands maîtres dans le

passé et qu’ils se distinguaient de façon si éclatante.

Toutefois, ces barrières politiques et sociales ont pour la plupart

disparu. On a aujourd’hui accès à une qualité d’information et de

connaissance dont les maîtres du passé ne pouvaient que rêver. Plus que

jamais, on a la capacité et la liberté de suivre son inclination en fonction de

son unique génome. Il est temps de démystifier et de banaliser le concept de

génie. Nous sommes tous plus proches que nous le croyons de ce type

d’intelligence. (Le mot « génie » vient du latin genius, ce dieu particulier à

chaque homme qui veillait sur lui dès sa naissance, qui partageait sa

destinée et disparaissait avec lui.)

Notre époque est riche en possibilités pour quiconque ambitionne la

maîtrise ; de plus en plus de gens peuvent suivre leurs inclinations, mais un

dernier obstacle culturel particulièrement insidieux s’y oppose : le concept même de maîtrise fait l’objet de dénigrement et est assimilé à quelque chose

de ringard, voire déplaisant. Ce n’est pas admis comme une ambition

légitime. Ce glissement de valeur est assez récent et découle de

particularités culturelles de notre époque.

Nous vivons dans un monde qui nous échappe de plus en plus. Nos

moyens d’existence sont le jouet de forces mondialisées. Les problèmes

auxquels nous nous heurtons sur le plan de l’économie, de l’environnement,

etc., dépassent nos capacités d’actions individuelles. Les hommes politiques

sont lointains et indifférents à nos vœux. Quand on se sent dépassé, il est

naturel de se replier sur une sorte de passivité. Si l’on perd le goût du

risque, que l’on limite son champ d’action, on peut se donner l’illusion

d’être maître de son destin. Qui ne risque rien n’a rien, mais ne risque pas

d’échouer. Si nous ne sommes pas responsables de notre destin, notre

manifeste impuissance devient acceptable. Nous sommes donc tentés par

toutes sortes de sornettes : ce sont nos gènes qui déterminent nos actes ;

nous sommes le produit d’une époque ; l’individu n’est qu’un mythe ; le

comportement de l’homme peut se réduire à des tendances statistiques.

Bien des gens vont plus loin dans ce dérapage et maquillent leur

passivité sous un vernis positif. Ils trouvent romantique l’attitude suicidaire

de l’artiste qui perd tout contrôle de lui-même. Toute notion de discipline

ou d’effort apparaît comme ringarde et assommante : ce qui compte, c’est

l’inspiration derrière l’œuvre d’art, au diable la maîtrise technique et

l’apprentissage du métier. On en vient à se contenter d’objets vite faits mal

faits. S’il faut trop d’efforts pour obtenir quelque chose, on hésite à cause

de la prolifération de dispositifs qui font le travail à notre place et nous

convainquent que nous méritons d’obtenir le résultat tout cuit. On

revendique le droit d’avoir et de consommer tout ce que l’on désire.

« Pourquoi s’ennuyer des années pour atteindre la maîtrise alors que l’on peut avoir tant de pouvoir avec si peu d’efforts ? La technologie résout

tout. » Cette passivité s’érige même en règle morale, « la maîtrise et la

puissance sont mauvaises ; elles sont réservées aux élites patriarcales qui

nous oppriment ; le pouvoir est mauvais en soi ; mieux vaut laisser tomber

le système dans son ensemble » ou tout au moins, faire quelque chose qui y

ressemble.

Si l’on n’y prend pas garde, on s’aperçoit que cette attitude nous

contamine de façon perfide. Inconsciemment, on limite ses ambitions. On

réduit tellement son niveau d’effort et de discipline que l’on perd toute

efficacité. Comme des moutons de Panurge, nous écoutons davantage la

voix des autres que celle de notre conscience. Nous choisissons le chemin

de carrière que nous recommandent nos parents et nos amis, ou qui nous

semble le plus lucratif. Si l’on cesse d’entendre l’appel de notre vocation

personnelle, on peut faire quelque chose de sa vie, mais tôt ou tard, le

manque de véritable motivation nous rattrape. On se met à travailler comme

un robot. On ne vit plus que pour les loisirs et les plaisirs immédiats. De

plus en plus passif, on ne dépasse jamais la première phase. On devient

frustré et dépressif, sans comprendre que la source de cette aliénation est la

perte de notre potentiel de créativité.

Avant qu’il ne soit trop tard, il faut découvrir notre vrai penchant, et

exploiter les opportunités sans précédent que nous offre l’époque actuelle.

Sachant l’importance critique du désir et de notre intérêt affectif pour notre

travail – qui sont les secrets de la maîtrise –, nous pouvons en vérité faire

jouer en notre faveur la passivité contemporaine et nous en servir pour nous

motiver à deux égards.

En premier lieu, il faut considérer la recherche de la maîtrise comme

une ambition absolument nécessaire et positive. Le monde regorge de

problèmes, dont beaucoup sont le fait de l’homme. Pour les résoudre, il faut énormément d’efforts et de créativité. Il ne suffit pas de se fier à la

génétique, à la technologie, à la magie ou à une certaine forme de

gentillesse naturelle. Il faut de l’énergie, non seulement pour résoudre les

problèmes pratiques, mais aussi pour bâtir de nouvelles institutions et un

ordre nouveau correspondant à l’évolution de la société. Créons notre

propre monde ou mourons à cause de notre inaction. Retrouvons le concept

de maîtrise qui nous a définis en tant qu’espèce il y a des millions d’années.

Il ne s’agit plus de dominer la nature ou les autres hommes, mais de

déterminer notre destin. La passivité ironique n’est ni cool ni romantique,

mais pathétique et destructive. Devenons un exemple de ce qui peut se faire

en termes de maîtrise dans le monde moderne. Embrassons la cause la plus

importante de toutes : la survie et la prospérité de l’espèce humaine, en

pleine époque de stagnation.

En second lieu, il faut se convaincre d’une chose : l’homme obtient

l’esprit et la qualité de cerveau qu’il mérite en fonction de ses actes. Malgré

le succès de l’explication du comportement par l’inné, des découvertes

récentes en neurosciences ont fait voler en éclats la théorie selon laquelle le

cerveau est câblé une fois pour toutes selon un schéma génétiquement

immuable. Les scientifiques ont prouvé que notre cerveau est en réalité

hautement adaptable : ce sont nos pensées qui déterminent notre paysage

mental. Ces mêmes scientifiques étudient le rapport entre volonté et

physiologie, et la façon profonde dont l’esprit conditionne notre santé et

notre manière de fonctionner. Il est possible que l’on découvre de plus en

plus à quel point certaines opérations mentales sont capables de créer dans

nos vies différents schémas répétitifs : nous sommes véritablement

responsables des choses qui nous arrivent.

Les personnes passives se créent un paysage mental passablement

désolé. Faute d’expériences et d’actes variés, de nombreuses synapses de leur cerveau meurent faute d’être utilisées. Pour réagir contre les tendances

contemporaines à la passivité, il faut faire des efforts pour voir dans quelle

mesure on peut prendre le contrôle de nombreux aspects de notre vie et

nous doter de l’esprit que nous désirons non avec des drogues, mais avec

des actes. Dans la quête de la maîtrise, vous vous placerez à l’avant-garde

de ceux qui repoussent les limites de l’humainement possible.

 

À bien des égards, le passage d’un niveau d’intelligence à un autre peut être

considéré comme une sorte de rite d’initiation. Au fur et à mesure que l’on

progresse, on voit s’estomper les anciens points de vue et idées ; en

acquérant de nouveaux pouvoirs, notre regard sur le monde prend de la

hauteur. Considérez le présent ouvrage comme un guide précieux vers ce

processus de transformation. Il est conçu pour vous amener du niveau

inférieur au niveau supérieur. Il contribue à vous initier à la première étape :

découvrir quelle sera l’œuvre de votre vie, c’est-à-dire votre vocation, et la

manière de vous frayer un chemin conduisant à votre épanouissement à

différents niveaux. Il vous conseille sur la façon d’exploiter au mieux votre

apprentissage : les différentes stratégies d’observation et d’acquisition de

connaissances qui vous sont le plus utiles à ce stade ; comment trouver les

mentors idéaux ; comment décrypter les codes non écrits du comportement

politique ; comment développer son intelligence sociale ; et enfin, comment

savoir qu’il est temps de quitter le nid de l’apprentissage pour se lancer

dans la phase active créative.

Il vous montre comment prolonger le processus d’apprentissage à un

niveau supérieur. Il révèle des stratégies immémoriales pour résoudre un

problème de façon créative et garder un esprit souple et adaptable. Il explique comment accéder au niveau primitif et inconscient de

l’intelligence et supporter, chemin faisant, les inévitables piques des jaloux.

Il décrit les pouvoirs qui seront les vôtres une fois atteinte la maîtrise en

vous orientant vers la perception intérieure intuitive de votre domaine.

Enfin, il initie à une philosophie et un mode de penser qui facilitent ce

chemin.

Les idées développées dans cet ouvrage sont fondées sur des

recherches étendues dans le domaine de la neurologie et des sciences

cognitives, sur des études concernant la créativité et sur la biographie des

grands maîtres de l’Histoire : notamment Léonard de Vinci, le maître zen

Hakuin, Benjamin Franklin, Wolfgang Amadeus Mozart, Johann Wolfgang

von Goethe, le poète John Keats, le scientifique Michael Faraday, Charles

Darwin, Thomas Edison, Albert Einstein, Henry Ford, Marcel Proust, la

danseuse Martha Graham, l’inventeur Buckminster Fuller, le musicien de

jazz John Coltrane et le pianiste Glenn Gould.

Pour clarifier la façon dont cette forme d’intelligence peut s’appliquer

au monde moderne, neuf grands maîtres contemporains ont été longuement

interrogés. Ce sont le professeur en neurosciences V. S. Ramachandran, le

linguiste et anthropologue Daniel Everett, l’informaticien, écrivain et

lanceur de start-up de haute technologie Paul Graham, l’architecte et

ingénieur Santiago Calatrava, l’ancien boxeur aujourd’hui entraîneur

Freddie Roach, l’ingénieur en robotique et concepteur de technologies

vertes Yoky Matsuoka, l’artiste Teresita Fernández, la spécialiste du

comportement animal et conceptrice industrielle Temple Grandin, et l’as de

l’aviation de chasse américaine Cesar Rodriguez.

Ces personnages contemporains ont des origines, classes sociales et

groupes ethniques différents. Leur succès est manifestement le fruit d’efforts organisés, et non de l’inné ou de privilèges ; il montre que la

maîtrise existe à notre époque, et qu’elle apporte de formidables pouvoirs.

Le plan de cet ouvrage est simple. Il compte six chapitres décrivant le

processus en ordre chronologique. Le chapitre I décrit le point de départ –

la découverte de sa vocation, et de ce qui sera l’œuvre de toute une vie. Les

chapitres II, III et IV traitent des différents éléments de la phase

d’apprentissage (acquisition de connaissances, collaboration avec des

mentors, acquisition d’une intelligence sociale). Le chapitre V est consacré

à la phase créative- active, et le chapitre VI au but : la maîtrise. Chaque

chapitre commence par la vie d’une figure historique emblématique, qui

sert d’exemple au concept général du chapitre. Le sous-chapitre suivant, les

secrets de la maîtrise, analyse en détail la phase concernée, donne des idées

concrètes sur la façon d’appliquer à chacun cette connaissance et l’état

d’esprit nécessaire pour exploiter au mieux ces idées. Ensuite vient la

description détaillée des stratégies des maîtres – contemporains et passés –

qui ont utilisé différentes méthodes pour parcourir le processus. Ces

stratégies sont conçues pour vous permettre de mettre en pratique les idées

de cet ouvrage et vous inspirer pour suivre les pas de ces maîtres, en

montrant que leur succès est parfaitement à votre portée.

Pour tous les maîtres contemporains et quelques-uns du passé, le récit

de leur vie se poursuit sur plusieurs chapitres. On constatera à l’occasion

une certaine redondance des données biographiques permettant de

récapituler les étapes précédentes de leur existence. Les numéros de page

entre parenthèses réfèrent à ces précédentes narrations.

 

Enfin, il ne faut pas voir ce passage d’un niveau d’intelligence à un autre

comme un processus purement linéaire, conduisant à une destination finale

appelée la maîtrise. La vie est apprentissage, ne cessez jamais d’appliquer vos compétences en acquisition de connaissances. Tout ce qui vous arrive

peut vous servir de leçon si vous y faites attention. La créativité obtenue en

acquérant une compétence de façon si profonde doit être en permanence

rafraîchie, à condition de contraindre votre esprit à revenir continuellement

à une attitude d’ouverture. Même la découverte de votre vocation doit être

révisée périodiquement, au fur et à mesure que les circonstances de la vie

vous contraignent à en réorienter le sens.

Sur le chemin de la maîtrise, on rapproche son esprit de la réalité et de

la vie même. Tout être vivant est en changement perpétuel, et en

mouvement. Dès l’instant où l’on s’arrête, croyant avoir atteint le niveau

désiré, une partie du cerveau commence à se déliter. On perd cette créativité

si chèrement payée et les autres s’en aperçoivent. Ce pouvoir et cette

intelligence doivent être renouvelés en permanence, ou ils meurent.

 

« Ne venez surtout pas me parler de dons naturels, de talents

innés ! On peut citer dans tous les domaines de grands hommes

qui étaient peu doués. Mais la grandeur leur est “venue”, ils se

sont fait “génies” (comme on dit) grâce à certaines qualités dont

personne n’aime à trahir l’absence quand il en est conscient. Ils

possédaient tous cette solide conscience artisanale qui commence

par apprendre à parfaire les parties avant de se risquer à un

grand travail d’ensemble ; ils prenaient leur temps parce qu’ils

trouvaient plus de plaisir à la bonne facture du détail, de

l’accessoire, qu’à l’effet produit par un tout éblouissant. »

FRIEDRICH NIETZSCHE

 

OceanofPDF.com