Atteindre l'excellence
La connaissance générale — les sept réalités qui tuent
passé des gens et leurs façons de penser, plus vous pénétrez leur esprit en
profondeur. Ceci vous rendra capable de comprendre leurs motivations, de
prévoir leurs actes et d’identifier la meilleure façon de les mettre de votre
côté. Ainsi, vous cesserez d’avancer à tâtons.
Au cours d’une vie, on rencontre des milliers d’individus et le fait de
pouvoir les voir tels qu’ils sont n’a pas de prix. Gardez toutefois à l’esprit
que les gens ne cessent de changer. Que votre jugement ne soit pas définitif.
Continuez à observer et mettez régulièrement vos conclusions à jour.
La connaissance générale — les sept réalités qui tuent
Depuis l’aube de l’histoire, on observe, dans le comportement de l’homme,
des schémas répétitifs qui transcendent la culture et le temps, et révèlent des
traits universels qui nous appartiennent à tous en tant qu’espèce. Certains de
ces traits sont fortement positifs : par exemple, notre capacité à coopérer au
sein d’un groupe. D’autres sont négatifs et peuvent s’avérer destructeurs.
Chacun possède, ne serait-ce qu’à petites doses, un certain nombre de
défauts : envie, conformisme, rigidité, obsession de soi, paresse, veulerie et
agression passive. Dans le cadre d’un groupe, il existe inévitablement des
personnes possédant une ou plusieurs de ces caractéristiques à un degré
suffisant pour en faire des prédateurs. Nous appellerons ces caractéristiques
les sept réalités qui tuent.
Le problème, c’est que les gens n’aiment pas faire état publiquement
de ces travers, considérés comme peu flatteurs. Ils les cachent de leur
mieux, jusqu’au moment où leurs actes les trahissent et nous causent du
tort. La surprise nous fait réagir à brûle-pourpoint, ce qui aggrave les
dommages et entraîne des conséquences susceptibles de peser sur le reste de notre vie. Par l’étude et l’observation, nous devons comprendre ces sept
réalités qui tuent : si nous en décelons la présence, nous pouvons éviter de
les activer. Les conseils qui suivent sont vitaux pour acquérir l’intelligence
relationnelle.
Envie : il est dans notre nature de nous comparer constamment aux
autres en termes d’argent, de beauté, de sang-froid, d’intelligence, de
popularité, etc. Si quelqu’un réussit mieux que nous, cela suscite de notre
part une jalousie bien naturelle, que nous réussissons souvent à minimiser
car c’est une émotion désagréable. Nous attribuons le succès de cette
personne à la chance ou à ses relations, ou bien nous nous disons qu’il ne
durera pas. Chez certains, cette rancœur va beaucoup plus loin, selon leur
manque de confiance en eux-mêmes. Quand l’envie nous dévore, la seule
façon de nous soulager est de ruiner celui qui est l’objet de cette émotion.
L’envieux n’admettra jamais la raison de sa conduite malveillante, il se
justifiera avec des prétextes plus présentables. Souvent, il refuse d’admettre
qu’il est jaloux. C’est pourquoi ce vice est très difficile à identifier. Mais il
y a des indices qui ne trompent pas. Les gens qui font le plus votre éloge ou
se montrent les plus amicaux dès vos premières rencontres sont souvent des
envieux qui se rapprochent de vous pour vous faire du tort. Ouvrez l’œil.
Les gens qui manquent le plus de confiance en eux-mêmes sont
certainement les plus enclins à l’envie.
Il reste qu’en général, l’envie est très difficile à démasquer : la
prudence exige de ne pas la susciter par inadvertance. Quand on a un talent
donné, on doit s’appliquer à faire preuve de faiblesse dans d’autres
domaines pour éviter d’apparaître trop parfait et trop doué. Quand on a
affaire à des personnes manquant de confiance en elles, il faut
particulièrement s’intéresser à leur travail et même leur demander conseil. Il
faut soigneusement éviter de se vanter de tout succès et, si nécessaire, attribuer celui-ci à la chance. Il est toujours avisé de dévoiler de temps en
temps ses propres doutes et hésitations, cela rend plus humain aux yeux des
autres. Le fait de se moquer de soi-même avec humour fait merveille. Il faut
particulièrement veiller à ne jamais faire perdre la face à quelqu’un ; le pire
serait de monter en épingle son manque d’intelligence. C’est en général en
se faisant trop remarquer que l’on devient la cible des jaloux ; il faut
s’attacher à ne jamais sembler menaçant, et se fondre dans le paysage
jusqu’au jour où on connaît un succès tel que cela ne compte plus.
Conformisme : lorsque des personnes s’organisent en groupe, cela
crée inévitablement entre elles une « culture d’entreprise ». Les membres
du groupe auront beau clamer leur tolérance et se réjouir des différences
entre eux, la réalité est que les personnes significativement différentes les
mettent mal à l’aise et sapent leur confiance en eux-mêmes, en remettant en
question les valeurs de la culture dominante. Celle-ci se caractérise par des
normes non écrites qui évoluent avec le temps. Dans certains milieux, la
présentation physique a de l’importance. Mais en général, c’est la pensée
unique qui est le fardeau le plus lourd. Les membres du groupe adoptent
inconsciemment l’esprit du leader, et partagent ses valeurs morales et
politiques. On identifie l’esprit du groupe en observant à quel point ses
membres éprouvent le besoin d’afficher des opinions ou des idées
conformes aux normes. Certains membres du groupe sont les gardes-
chiourmes de la norme, et peuvent s’avérer très dangereux.
Si vous avez des tendances rebelles ou excentriques, comme c’est
souvent le cas de ceux qui vivent la maîtrise, vous devez veiller à ne pas
étaler votre différence de façon trop visible, surtout dans votre phase
d’apprentissage. Que seul votre travail prouve de façon subtile votre esprit
individuel, mais restez papelard et flagorneur sur les questions de politique,
de morale et de valeurs. Votre lieu de travail est une sorte de théâtre où vous portez un masque. (Réservez à vos amis vos idées les plus intéressantes et
les plus frappantes, en dehors de votre cadre de travail.) Surveillez vos
paroles : attention à ne pas exprimer librement vos opinions. Si vous
ignorez cette réalité qui tue, vos interlocuteurs n’admettront jamais la cause
de leur désaffection, car ils ne veulent pas être pris pour des conformistes.
Ils trouveront d’autres raisons de vous mettre à l’écart ou de saboter votre
action. Ne prêtez pas le flanc à ce genre d’attaque. Plus tard, quand vous
aurez acquis la maîtrise, vous aurez de nombreuses opportunités pour
affirmer votre individualité et piétiner joyeusement la pensée unique.
Rigidité : le monde devient de plus en plus complexe à bien des
égards. Face à n’importe quel dilemme, on a tendance à adopter la politique
de l’autruche, en prenant des habitudes qui nous donnent le sentiment de
maîtriser la situation. Les idées, les procédures et les visages familiers
rassurent. Cela est vrai de n’importe quel groupe. Les gens respectent les
procédures sans vraiment savoir pourquoi, juste parce que celles-ci ont
résisté à l’épreuve du temps : ils deviennent très agressifs si leurs façons de
faire sont remises en question. Ils s’agrippent à certaines idées, même
avérées funestes de façon répétée. Prenons comme exemple l’histoire des
sciences : chaque fois qu’une idée neuve ou une nouvelle façon de voir le
monde a été introduite, les adeptes de l’ancien système se sont battus à mort
pour le conserver, quelles que soient les preuves nouvelles présentées. Il est
dans la nature humaine, surtout à partir d’un certain âge, de rejeter les
modes différents de penser ou d’agir.
Personne ne se vante d’être rigide. Pourtant, on se heurte à cette réalité
tueuse chaque fois que l’on veut instaurer une idée ou une procédure
nouvelles. Les plus coincés montrent des signes d’agacement, voire de
panique. Plus vous insisterez de façon logique et raisonnée, plus ils
bétonneront leur résistance. Si vous vous montrez aventureux et ouvert, votre esprit sera jugé perturbateur et insupportable. Si vous n’êtes pas
conscient des dangers qu’il y a à susciter ce genre de peur, vous vous
créerez toutes sortes d’ennemis cachés, prêts à tout pour sauvegarder l’ordre
établi. Rien ne sert de lutter contre la rigidité des personnes, ni de
polémiquer contre leur obstination irrationnelle. C’est une perte de temps
et, par-dessus le marché, cela rend rigide. Mieux vaut prendre acte de la
rigidité des autres et respecter en apparence leur attachement au statu quo.
Mais par-devers vous, travaillez votre ouverture d’esprit, débarrassez-vous
de vos mauvaises habitudes et cultivez résolument vos idées nouvelles.
Obsession de soi : au travail, il est normal de penser d’abord à soi. Le
monde est dur, la concurrence féroce : chacun doit veiller sur ses propres
intérêts. Même quand nous agissons pour le bien commun, nous sommes
souvent motivés par le désir inconscient d’être aimés et d’améliorer notre
image. Il n’y a pas de honte à cela. Mais comme il n’est pas considéré
comme noble d’être égoïste, la plupart des gens font des pieds et des mains
pour cacher le fait qu’ils sont intéressés. Ce sont souvent les plus
égocentriques qui drapent leurs actes d’une aura de morale ou de sainteté, et
s’appliquent à soutenir publiquement les causes justes. Trompé par les
apparences, on fait souvent appel, en cas de besoin à la gratitude de ceux à
qui l’on a rendu service, à leur nature ostensiblement charitable et à leurs
sentiments amicaux. Et il est décevant de se faire alors éconduire, ou
d’avoir à attendre jusqu’au point de laisser tomber. Naturellement, nul
n’avoue la vraie raison de ce comportement : en réalité, les gens ne pensent
qu’à eux.
Au lieu de se mettre soi-même dans cette position, mieux vaut
comprendre et accepter cette réalité qui tue. Quand on demande un service,
il faut d’abord faire appel à l’intérêt personnel de l’interlocuteur. Et il faut
appliquer cela à tout le monde, quelle que soit l’obsession de soi de l’intéressé. Il faut voir le monde à travers ses yeux à lui et identifier ses
besoins. En échange de son aide, il faut lui offrir quelque chose de précieux,
par exemple lui faire gagner du temps ou lui fournir un contact intéressant.
Parfois, la personne se contentera de sortir de l’affaire grandie à ses propres
yeux, à condition de pouvoir s’attendre à un avantage concret à l’avenir.
D’une façon générale, il faut toujours orienter la conversation sur
l’interlocuteur et ses intérêts, cela contribue de façon déterminante à le
mettre du bon côté.
Paresse : chacun a tendance à vouloir réaliser ses objectifs de la façon
la plus facile et la plus rapide. Mais il faut pour cela maîtriser son
impatience : ce que l’on acquiert par un dur travail a plus de valeur. Mais
chez certaines personnes, la paresse l’emporte. Découragés par la
perspective d’attendre quelque chose des mois ou des années, les paresseux
invétérés sont en permanence à la recherche de raccourcis. Leur fainéantise
peut prendre les formes les plus insidieuses. Si par exemple vous parlez
étourdiment, ils volent vos meilleures idées et se les approprient : ils
économisent ainsi l’effort de recherche qu’elles vous ont coûté. Ils vous
tombent dessus au beau milieu d’un projet et se l’attribuent, pour en
revendiquer le mérite au moins partiel. Ils vous font tirer les marrons du
feu, mais exigent de partager « équitablement » les récompenses.
Pour s’en défendre, il faut pratiquer la prudence. Gardez vos idées
pour vous, cachez assez de détails pour que l’on ne puisse vous les voler. Si
vous travaillez pour un supérieur, attendez-vous à ce qu’il s’attribue tout le
mérite de vos efforts et s’abstienne de vous citer ; acceptez à la rigueur ce
comportement pendant votre phase d’apprentissage, mais pas de la part de
collègues. Assurez vos positions et définissez clairement les conditions de
votre collaboration. Si quelqu’un veut vous faire travailler à sa place et
présenter le résultat comme le fruit d’un effort commun, évaluez si ce travail améliorera vos compétences, et renseignez-vous sur l’éthique de
votre interlocuteur dans ses projets récents. Méfiez-vous en général des
gens désireux de collaborer avec vous : ils ne cherchent souvent qu’à vous
exploiter.
Veulerie : chacun se flatte de ne prendre ses décisions qu’en fonction
de considérations rationnelles alors qu’en réalité, ce sont en grande partie
nos émotions qui nous guident et altèrent nos perceptions. Nous sommes
donc entourés de gens qui, aveuglés par leurs émotions, retournent leur
veste pour un oui ou pour un non. Sachez que les promesses sont des
denrées périssables : hier encore ils se passionnaient pour votre idée,
aujourd’hui ils deviennent tièdes. Cela vous laisse perplexe et, si vous n’y
prenez pas garde, vous vous interrogerez inutilement sur leurs véritables
sentiments, leur humeur dans l’instant et leurs motivations éphémères.
Mieux vaut conserver un sain détachement par rapport aux émotions
fugaces des gens afin de ne pas en rester prisonnier. Jugez les personnes sur
leurs actes, qui sont en général plus cohérents que leurs paroles. N’attachez
pas d’importance excessive aux bonnes paroles de ceux qui semblent si
désireux de vous aider. S’ils tiennent parole, tant mieux pour vous, mais
attendez-vous à de fréquents retournements. Quand on ne se fie qu’à soi, on
court moins le risque d’être déçu.
Agression passive : l’agression passive découle de la crainte d’un
affrontement direct. Tout conflit suscite des émotions entraînant une perte
de contrôle. À cause de leur peur, les gens recourent souvent à des façons
biaisées d’arriver à leurs fins ; la sournoiserie de leurs attaques rend difficile
l’évaluation saine de la situation, et laisse aux adversaires le contrôle de
cette dynamique. Tout le monde pratique tôt ou tard l’agression passive. On
diffère un projet, on arrive en retard, on lance au passage des flèches
assassines : voilà les formes mineures de l’agression passive. Quand on les observe chez les autres, il suffit parfois de les rappeler à leur devoir en leur
montrant qu’ils freinent le processus. Si ces manœuvres sont inoffensives,
autant les ignorer. Mais les gens étouffés par leur manque de confiance en
eux-mêmes sont de véritables terroristes de l’agression passive et peuvent
littéralement vous détruire.
La meilleure défense est d’identifier ces personnes avant de croiser le
fer, et de les fuir comme la peste. Les indices les plus évidents sont à
rechercher dans leur passé : ils ont mauvaise réputation, des bruits courent
sur leurs dernières escarmouches, etc. Voyez comment les gens se
comportent avec eux, notamment leurs subordonnés directs : agissent-ils en
leur présence de façon timorée ? Vous hésitez car vous les soupçonnez de
sabotage ou d’obstruction, alors qu’ils se montrent avec vous gentils et
débonnaires. Ignorez leurs simagrées et jugez-les à leurs actes : vous
obtiendrez un tableau plus clair. Vous saurez qu’il s’agit bel et bien
d’agression passive s’ils vous esquivent, retardent des actions nécessaires
ou importantes pour vous, s’ils cherchent à vous donner des remords pour
des raisons que vous ignorez ou qu’ils vous font du tort comme par
inadvertance. Vous avez alors une alternative : soit vous vous retirez, soit
vous ripostez de façon également oblique, pour leur faire discrètement
comprendre que, s’ils vous marchent sur les pieds, ils le paieront. Cela
suffit souvent à les décourager, et à leur faire chercher une autre victime.
Surtout, ne vous laissez pas entortiller dans leurs campagnes et leurs
complots. Ce sont des champions de la zizanie et vous risquez de perdre
presque à tout coup.
Le fait de développer votre intelligence sociale ne vous aidera pas
simplement à gérer votre rapport aux autres, cela vous apportera
énormément dans votre pensée et votre créativité en général. Voyons par
exemple Benjamin Franklin. Il cultivait sa capacité à mettre le doigt sur les
détails qui rendent chaque personne unique, et à développer la relation à
partir de l’expérience et des motivations de son interlocuteur. Ayant acquis
une remarquable sensibilité aux subtilités de la nature humaine, il échappait
à la tentation courante de mettre tout le monde dans le même panier. Avec
des personnes de cultures et de formations très différentes, il sut se montrer
admirablement patient et ouvert. Ainsi, son intelligence relationnelle
s’intégrait totalement à ses recherches intellectuelles : il avait un œil d’aigle
pour chaque détail dans le domaine scientifique ; il avait une approche
souple et patiente des problèmes, et il possédait un talent hors du commun
pour présenter l’esprit et la voix des personnages créés dans ses œuvres
écrites.
Comprenons-nous bien : le cerveau humain est un organe fait de
connexions, et il est lui-même connecté à notre corps. Notre cerveau s’est
développé du même pas que les capacités croissantes des primates vivant en
société. Les neurones miroirs servant à améliorer la communication entre
les personnes se sont aussi appliqués à d’autres formes d’activité cérébrale.
La capacité à comprendre de l’intérieur les objets et les phénomènes fait
partie intégrante de la créativité scientifique : on le constate dans les
intuitions de Faraday sur l’électricité, et dans les expérimentations mentales
d’Einstein.
Les grands maîtres de l’histoire – Léonard de Vinci, Wolfgang Mozart,
Charles Darwin et tant d’autres – ont fait preuve d’une manière de penser
souple et sensible, qui s’est développée au même rythme que leur
intelligence relationnelle. Ceux qui sont le plus rigides et introvertis ont beau faire de grands progrès dans leur domaine, leur œuvre souffrira