Atteindre l'excellence
Les secrets de la maîtrise
homme distrait qui avait pris la mer cinq ans plus tôt ? Il était évident que le
voyage avait transformé le corps et l’esprit de Charles Darwin.
LES SECRETS DE LA MAÎTRISE
« Il n’y a pas de maîtrise à la fois plus grande et plus humble que
celle que l’on exerce sur soi. »
LÉONARD DE VINCI
Dans la vie des grands maîtres d’hier et d’aujourd’hui, on détecte une phase
pendant laquelle leurs futurs pouvoirs se développent d’un coup, comme la
chrysalide devient papillon. Cette période de leur vie, consacrée
essentiellement à un apprentissage autodidacte, dure de cinq à dix ans et ne
retient guère l’attention des biographes, car elle ne comporte ni grandes
réalisations ni découvertes. Au cours de cette phase, les grands maîtres ne
se distinguent guère de leurs contemporains. Intérieurement en revanche,
leur esprit se transforme de façon discrète : il contient en germe tous leurs
succès futurs.
La façon dont les maîtres vivent cette phase dépend du fait qu’ils
discernent intuitivement ce qui est vital pour leur développement. En
observant la façon dont ils s’y sont pris, on peut tirer des leçons précieuses
pour soi-même. L’étude attentive de leur vie révèle un schéma répétitif qui
transcende les différents domaines et définit une sorte d’apprentissage idéal
pour parvenir à la maîtrise. Pour comprendre ces schémas et les suivre à
notre façon, nous devons assimiler le concept d’apprentissage et son
importance.
Dans l’enfance, l’homme s’imprègne de la culture qui l’entoure ; c’est
une phase de dépendance beaucoup plus longue que pour les animaux.
Pendant cette période, l’enfant apprend notamment à parler, à écrire, à
compter et à raisonner, sous le regard aimant et attentif de ses parents et de
ses enseignants. Il y a ensuite accumulation de savoirs par un apprentissage
essentiellement livresque. Mais la connaissance de l’histoire, de la science
et de la littérature est abstraite, et le processus d’acquisition est avant tout
passif. Puis, généralement entre dix-huit et vingt-cinq ans, c’est l’entrée
dans le monde impitoyable du travail, où chacun doit se débrouiller seul.
Quand on quitte le stade juvénile de la dépendance, on n’est pas prêt à
devenir totalement indépendant. On garde l’habitude d’apprendre grâce à
des livres et à des enseignants, ce qui ne sert pratiquement à rien pour la
phase pratique et autodidacte qui suit. On est encore bien naïf sur le plan
relationnel et inapte aux combines politiciennes. Comme on doute encore
de son identité, on croit que ce qui compte dans le monde du travail, c’est
de se faire remarquer et de lier des amitiés. Mais ces illusions sont
rapidement pulvérisées par les dures réalités de la vie.
Si on s’adapte progressivement, on peut finir par trouver sa voie ; mais
si l’on accumule les erreurs, on se crée des problèmes sans fin. On se laisse
emberlificoter par des questions affectives et on manque de recul pour
réfléchir et tirer les leçons de ses expériences. L’apprentissage doit, par
définition, se dérouler de la façon que chacun estime personnellement la
meilleure. Le fait de suivre à la lettre l’exemple ou les conseils des autres
est contre-productif. C’est à cette période de la vie que l’on finit par
proclamer son indépendance et que l’on détermine qui l’on est. Mais
pendant cette phase autodidacte de l’éducation, tellement essentielle pour le
succès futur, on doit tirer des leçons fondamentales pour éviter les erreurs
courantes et gagner un temps précieux.
Ces leçons sont valables dans tous les domaines et pour toutes les
époques, car elles touchent le cœur de la psychologie humaine et du
fonctionnement cérébral. Elles découlent d’un principe fondamental de la
phase d’apprentissage, qui se réalise plus ou moins en trois temps.
Le principe est simple et doit se graver dans notre esprit : le but de
l’apprentissage n’est pas l’argent, une situation stable, un titre ou un
diplôme, mais la transformation de l’esprit et du caractère ; c’est la
première métamorphose sur le chemin de la maîtrise. On pénètre dans un
secteur qui nous est inconnu. On est naïf et plein de préjugés sur ce monde
nouveau. On a la tête pleine de rêves et d’images fantaisistes. On a du
monde une idée subjective fondée sur des émotions, des doutes, et une
expérience limitée. Progressivement, on s’immerge dans une réalité
objective, faite de connaissances et de compétences qui permettent d’y
réussir. On apprend à travailler avec les autres et à supporter la critique. On
était impatient et dispersé, on devient discipliné et concentré, et on apprend
à gérer la complexité. Au bout du compte, on arrive à la maîtrise de soi et
de toutes ses faiblesses.
Une évidence s’impose : il faut choisir les postes et les situations
offrant les meilleures possibilités d’apprentissage. La connaissance pratique
est un atout suprême qui permet de toucher des dividendes pour les
décennies à venir. C’est beaucoup plus important qu’un poste
trompeusement lucratif qui ne présente que de faibles opportunités
d’apprentissage. On doit relever des défis qui permettent de s’améliorer et
de s’endurcir le cuir en jugeant objectivement ce que l’on fait et en quoi on
progresse. Il ne faut jamais choisir un apprentissage facile et confortable.
En d’autres termes, on doit suivre les pas de Charles Darwin. On est
seul au monde, embarqué pour une traversée dont dépend notre avenir.
C’est le temps de la jeunesse et de l’aventure, de l’exploration du monde, de l’ouverture d’esprit. Chaque fois que l’on aborde en cours de carrière une