Atteindre l'excellence

Greene Robert · Chapitre 14 sur 82

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Atteindre l'excellence

Les secrets de la maîtrise

homme distrait qui avait pris la mer cinq ans plus tôt ? Il était évident que le

voyage avait transformé le corps et l’esprit de Charles Darwin.

 

LES SECRETS DE LA MAÎTRISE

 

« Il n’y a pas de maîtrise à la fois plus grande et plus humble que

celle que l’on exerce sur soi. »

LÉONARD DE VINCI

 

Dans la vie des grands maîtres d’hier et d’aujourd’hui, on détecte une phase

pendant laquelle leurs futurs pouvoirs se développent d’un coup, comme la

chrysalide devient papillon. Cette période de leur vie, consacrée

essentiellement à un apprentissage autodidacte, dure de cinq à dix ans et ne

retient guère l’attention des biographes, car elle ne comporte ni grandes

réalisations ni découvertes. Au cours de cette phase, les grands maîtres ne

se distinguent guère de leurs contemporains. Intérieurement en revanche,

leur esprit se transforme de façon discrète : il contient en germe tous leurs

succès futurs.

La façon dont les maîtres vivent cette phase dépend du fait qu’ils

discernent intuitivement ce qui est vital pour leur développement. En

observant la façon dont ils s’y sont pris, on peut tirer des leçons précieuses

pour soi-même. L’étude attentive de leur vie révèle un schéma répétitif qui

transcende les différents domaines et définit une sorte d’apprentissage idéal

pour parvenir à la maîtrise. Pour comprendre ces schémas et les suivre à

notre façon, nous devons assimiler le concept d’apprentissage et son

importance.

Dans l’enfance, l’homme s’imprègne de la culture qui l’entoure ; c’est

une phase de dépendance beaucoup plus longue que pour les animaux.

Pendant cette période, l’enfant apprend notamment à parler, à écrire, à

compter et à raisonner, sous le regard aimant et attentif de ses parents et de

ses enseignants. Il y a ensuite accumulation de savoirs par un apprentissage

essentiellement livresque. Mais la connaissance de l’histoire, de la science

et de la littérature est abstraite, et le processus d’acquisition est avant tout

passif. Puis, généralement entre dix-huit et vingt-cinq ans, c’est l’entrée

dans le monde impitoyable du travail, où chacun doit se débrouiller seul.

Quand on quitte le stade juvénile de la dépendance, on n’est pas prêt à

devenir totalement indépendant. On garde l’habitude d’apprendre grâce à

des livres et à des enseignants, ce qui ne sert pratiquement à rien pour la

phase pratique et autodidacte qui suit. On est encore bien naïf sur le plan

relationnel et inapte aux combines politiciennes. Comme on doute encore

de son identité, on croit que ce qui compte dans le monde du travail, c’est

de se faire remarquer et de lier des amitiés. Mais ces illusions sont

rapidement pulvérisées par les dures réalités de la vie.

Si on s’adapte progressivement, on peut finir par trouver sa voie ; mais

si l’on accumule les erreurs, on se crée des problèmes sans fin. On se laisse

emberlificoter par des questions affectives et on manque de recul pour

réfléchir et tirer les leçons de ses expériences. L’apprentissage doit, par

définition, se dérouler de la façon que chacun estime personnellement la

meilleure. Le fait de suivre à la lettre l’exemple ou les conseils des autres

est contre-productif. C’est à cette période de la vie que l’on finit par

proclamer son indépendance et que l’on détermine qui l’on est. Mais

pendant cette phase autodidacte de l’éducation, tellement essentielle pour le

succès futur, on doit tirer des leçons fondamentales pour éviter les erreurs

courantes et gagner un temps précieux.

Ces leçons sont valables dans tous les domaines et pour toutes les

époques, car elles touchent le cœur de la psychologie humaine et du

fonctionnement cérébral. Elles découlent d’un principe fondamental de la

phase d’apprentissage, qui se réalise plus ou moins en trois temps.

Le principe est simple et doit se graver dans notre esprit : le but de

l’apprentissage n’est pas l’argent, une situation stable, un titre ou un

diplôme, mais la transformation de l’esprit et du caractère ; c’est la

première métamorphose sur le chemin de la maîtrise. On pénètre dans un

secteur qui nous est inconnu. On est naïf et plein de préjugés sur ce monde

nouveau. On a la tête pleine de rêves et d’images fantaisistes. On a du

monde une idée subjective fondée sur des émotions, des doutes, et une

expérience limitée. Progressivement, on s’immerge dans une réalité

objective, faite de connaissances et de compétences qui permettent d’y

réussir. On apprend à travailler avec les autres et à supporter la critique. On

était impatient et dispersé, on devient discipliné et concentré, et on apprend

à gérer la complexité. Au bout du compte, on arrive à la maîtrise de soi et

de toutes ses faiblesses.

Une évidence s’impose : il faut choisir les postes et les situations

offrant les meilleures possibilités d’apprentissage. La connaissance pratique

est un atout suprême qui permet de toucher des dividendes pour les

décennies à venir. C’est beaucoup plus important qu’un poste

trompeusement lucratif qui ne présente que de faibles opportunités

d’apprentissage. On doit relever des défis qui permettent de s’améliorer et

de s’endurcir le cuir en jugeant objectivement ce que l’on fait et en quoi on

progresse. Il ne faut jamais choisir un apprentissage facile et confortable.

En d’autres termes, on doit suivre les pas de Charles Darwin. On est

seul au monde, embarqué pour une traversée dont dépend notre avenir.

C’est le temps de la jeunesse et de l’aventure, de l’exploration du monde, de l’ouverture d’esprit. Chaque fois que l’on aborde en cours de carrière une