Atteindre l'excellence

Greene Robert · Chapitre 66 sur 82

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Atteindre l'excellence

8. La pensée redimensionnée

sans être certains de ce vers quoi elles nous conduisent. Au lieu de parcourir

en ligne droite le plus court chemin entre l’idée et la réalisation, le

processus de création se développe plutôt comme un arbre tordu.

La leçon est claire : la véritable créativité est issue de notre ouverture

d’esprit et de notre adaptabilité. Quand nous tombons sur quelque chose de

nouveau, il nous faut être capables de l’étudier sous différents angles et d’y

discerner le potentiel caché en plus de ce qui est évident. Nous imaginons

que les objets qui nous entourent peuvent servir à différents usages. Ne

nous accrochons pas à notre idée initiale, ne restons pas les esclaves de

notre ego qui est très attaché à ce que nous ayons toujours raison.

Intéressons-nous à ce qui se présente à chaque moment et exploitons les

chemins de traverse et les événements inattendus. Ainsi, nous

transformerons des plumes en rémiges permettant de voler. La différence ne

réside pas dans la capacité créatrice initiale du cerveau, mais dans la façon

dont nous contemplons le monde et la souplesse avec laquelle nous pouvons

recadrer ce qui est sous nos yeux. Créativité et adaptabilité sont

inséparables.

 

8. La pensée redimensionnée

 

En 1798, Napoléon Bonaparte envahit l’Égypte pour en faire une colonie,

mais l’invasion tourne court à cause de l’opposition britannique. Un an plus

tard, la guerre durait toujours quand un soldat, qui travaillait à renforcer les

fortifications d’un fort à proximité de la ville de Rosette, tomba sur un

étrange rocher en creusant une tranchée. L’objet une fois extrait, on

s’aperçut qu’il s’agissait d’une antiquité égyptienne : une dalle de basalte

couverte de texte. Si Napoléon avait monté son expédition égyptienne, c’est en partie parce que tout ce qui était égyptien le passionnait. Il était

accompagné de nombreux scientifiques et historiens ayant pour mission

d’étudier ce qu’ils découvriraient.

La « pierre de Rosette » passionna les savants. Elle contenait un texte

en trois langues : en haut, des hiéroglyphes égyptiens ; au milieu, du

démotique, langue du peuple de l’Égypte ancienne ; en bas, du grec. En

traduisant la partie grecque, ils surent que ce texte était une banale

proclamation faisant l’éloge de Ptolémée V (203-181 av. J.-C.). La fin du

texte précisait que cette proclamation devait être écrite en trois versions, ce

qui prouvait que le contenu était le même en démotique et en hiéroglyphes.

En se calquant sur le texte grec, il sembla soudain possible de déchiffrer les

deux autres versions. Comme les derniers hiéroglyphes connus avaient été

écrits en 394 de notre ère, toutes les personnes capables de les déchiffrer

étaient mortes depuis longtemps. C’était une langue complètement morte et

intraduisible : le contenu d’innombrables écrits gravés sur les temples ou

couchés sur papyrus restait un mystère insoluble. Mais grâce à la pierre de

Rosette, ces secrets allaient être percés.

La pierre fut transportée dans un organisme du Caire mais, en 1801, les

Anglais battirent les Français en Égypte et les rejetèrent à la mer.

Connaissant l’extrême valeur de la pierre de Rosette, ils fouillèrent tout

Le Caire pour la trouver et l’expédièrent à Londres, où elle repose encore

au British Museum. Mais les dessins avaient été relevés et, dans toute

l’Europe, on se disputa l’honneur d’être le premier à déchiffrer les

hiéroglyphes. Certains étaient inscrits dans une sorte de rectangle appelé

cartouche. On estima qu’il s’agissait des noms de personnages de la famille

royale. Un professeur suédois parvint à identifier le nom de Ptolémée dans

le texte démotique, et émit l’hypothèse que les caractères avaient une valeur

phonétique. Mais après l’enthousiasme initial, comme aucune percée n’était réalisée, on se demanda s’ils seraient déchiffrés un jour. Chaque savant qui

se penchait sur le problème soulevait des questions nouvelles sur le système

d’écriture représenté par les symboles eux-mêmes.

En 1814, un nouveau personnage descendit dans l’arène : un Anglais,

le Dr Thomas Young. Rapidement, il devint le principal candidat au

déchiffrement de la pierre de Rosette. Étant médecin, il avait tâté de toutes

les sciences et était considéré comme un génie. Il avait la bénédiction des

autorités anglaises et un accès total à tous les papyrus et autres antiquités

confisqués par les Anglais, dont la pierre de Rosette elle-même. De surcroît,

il avait une grosse fortune personnelle et pouvait consacrer à ses études tout

le temps qu’il voulait. Ainsi, il se lança dans ce travail avec beaucoup

d’enthousiasme, et ne tarda pas à progresser.

Il approcha le problème sous l’angle mathématique. Il compta le

nombre de fois où tel mot – « dieu » par exemple – apparaissait dans le

texte grec, et trouva le mot qui apparaissait le même nombre de fois en

démotique ; il émit l’hypothèse qu’il s’agissait du même mot. Il fit tout ce

qu’il pouvait pour faire entrer les lettres démotiques dans son cadre : si le

mot apparemment équivalent à « dieu » semblait trop long, il en conclut

paisiblement que certaines lettres n’avaient pas de sens. Il supposa aussi

que les trois textes étaient présentés dans le même ordre et qu’il pouvait

apparier les mots selon leur place. En cela, il eut parfois raison, mais le plus

souvent, cela ne le conduisait nulle part. Il fit une découverte clef : le

démotique et les hiéroglyphes sont liés, le premier étant une forme

manuscrite simplifiée des autres. Il comprit aussi que le démotique se sert

d’un alphabet phonétique pour épeler les mots étrangers, mais qu’il s’agit

surtout d’un système de pictogrammes. Mais il aboutit à tant d’impasses

qu’il ne s’attaqua jamais vraiment aux hiéroglyphes. Au bout de quelques

années, il finit par abandonner. Champollion dira en effet de ses prédécesseurs anglais : « Leurs explications ne sont justement que de l’eau

de boudin. »

Eh oui, un tout jeune homme était entré en scène qui semblait un

candidat fort peu crédible pour gagner cette course : Jean-François

Champollion (1790-1832), originaire de Figeac, dans le Lot. Sa famille était

relativement pauvre et, jusqu’à l’âge de sept ans, Champollion ne fréquenta

pas l’école. Mais il avait un avantage sur ses contemporains : dès son tout

jeune âge, il s’était senti attiré par l’histoire des civilisations antiques. Il

voulait découvrir des choses nouvelles sur l’origine de l’humanité et, dans

ce dessein, il s’était attaqué à l’étude des langues anciennes : le grec, le

latin, l’hébreu et plusieurs autres langues sémites, qu’il maîtrisa avec une

étonnante rapidité dès l’âge de douze ans.

Bientôt, son attention fut attirée par l’Antiquité égyptienne. En 1802, il

entendit parler de la pierre de Rosette et annonça à son frère aîné qu’il serait

le premier à la déchiffrer. Dès l’instant où il se mit à étudier la vie des

Égyptiens de l’époque pharaonique, il s’identifia de façon très personnelle

avec tout ce qui avait trait à cette civilisation. C’était un enfant, il avait

donc une excellente mémoire visuelle. C’était de plus un dessinateur

virtuose. Il avait une propension à considérer l’écriture (même en français)

comme une succession de dessins, et non un alphabet. Dès qu’il eut des

hiéroglyphes sous les yeux, ils lui apparurent comme étrangement familiers.

Bientôt, ils devinrent une véritable obsession pour lui.

Pour marquer des progrès décisifs, il estima qu’il lui fallait apprendre

le copte. En effet, l’Égypte devint une colonie romaine en 30 av. J.-C. ; son

vieux langage, le démotique, s’éteignit lentement et fut remplacé par le

copte, mélange de grec et d’égyptien. Quand les Arabes conquirent

l’Égypte et la convertirent à l’islam, ils firent de l’arabe la langue officielle

et seuls les Égyptiens restés fidèles à la religion chrétienne gardèrent la pratique du copte. À l’époque de Champollion, il ne restait que quelques

chrétiens encore capables de parler cette langue antique ; il s’agissait

surtout de prêtres et de moines. En 1805, un de ces moines passa dans la

bourgade où vivait Champollion et ils devinrent amis. Le moine enseigna au

jeune Figeacois les rudiments du copte puis, quelques mois plus tard, lui

apporta une grammaire copte. L’enfant travailla cette langue nuit et jour,

avec une ferveur frisant la folie. Il écrivit à son frère : « Je ne vois rien

d’autre. Je rêve en copte… Je suis si copte que, par jeu, je traduis en copte

tout ce qui me vient à l’esprit. » Plus tard, il se rendit à Paris pour

poursuivre ses études et y trouva d’autres moines ; il acquit une telle

pratique de cette langue en voie d’extinction que l’on eût pu croire que

c’était sa langue maternelle.

N’ayant à sa disposition qu’une mauvaise copie de la pierre de

Rosette, il entreprit de formuler un certain nombre d’hypothèses, qui

s’avérèrent fausses. Mais à la différence de ses prédécesseurs, Champollion

garda un enthousiasme intact. La tourmente politique qui régnait à l’époque

ne lui facilitait pas l’existence. Fils avéré de la Révolution française, il

soutint Napoléon au moment où l’empereur perdait le pouvoir. Quand Louis

XVIII monta sur le trône, les sympathies de Champollion pour Napoléon lui

coûtèrent sa place de professeur. Des années de misère et de maladie

l’obligèrent à se détourner de la pierre de Rosette, mais en 1821, il fut enfin

réhabilité par le gouvernement et s’installa à Paris. Il reprit ses efforts avec

une énergie et une détermination renouvelées.

Comme il s’était éloigné provisoirement des hiéroglyphes, il revint

vers eux avec un regard nouveau. D’après lui, le problème de ses

prédécesseurs était qu’ils avaient abordé le déchiffrement de façon

scientifique. Mais Champollion, qui parlait des dizaines de langues et lisait

de nombreuses langues mortes, savait que les langues évoluent de façon aléatoire, sous l’influence de nouveaux groupes qui s’intègrent dans la

société et se modifient avec le temps. Ce ne sont pas des entités

mathématiques, mais des organismes vivants, en évolution. Et ils sont

complexes. Il se pencha donc derechef sur les hiéroglyphes avec une vision

plus globale. Son but était de comprendre exactement de quel type

d’écriture il s’agissait : des pictogrammes (chaque caractère représente une

chose), des idéogrammes (chaque caractère représente une idée), un

alphabet phonétique ou un mélange des trois ?

Ayant ceci en tête, il tenta une chose que, curieusement, nul n’avait

essayée avant lui : il compara le nombre de mots du texte grec et de la

partie hiéroglyphique. Il releva 486 mots grecs et 1 419 hiéroglyphes. Il

avait estimé initialement que les hiéroglyphes étaient des idéogrammes,

chaque symbole représentant une idée ou un mot. Mais avec une telle

différence numérique, cette hypothèse tombait. Il tenta alors d’identifier des

groupes de hiéroglyphes susceptibles de constituer des mots, mais il n’en

releva que 180. Incapable d’établir une relation numérique simple entre les

deux langues, l’unique conclusion possible était que les hiéroglyphes

constituaient un système mixte composé d’idéogrammes, de pictogrammes

et de signes phonétiques, beaucoup plus complexe que nul n’avait imaginé.

Il se lança alors sur une nouvelle voie que n’importe qui aurait jugée

folle et inutile : utiliser ses capacités visuelles pour comparer le démotique

et les hiéroglyphes en se fondant uniquement sur le graphisme des lettres et

des signes. Ce faisant, il commença à entrevoir des correspondances et des

schémas répétitifs : par exemple, tel hiéroglyphe représentant un oiseau

avait un équivalent approché en démotique, comme une image d’oiseau

épurée et plus abstraite. À cause de son incroyable mémoire visuelle, il

identifia des centaines d’équivalences analogues entre les symboles, sans toutefois découvrir ce qu’ils signifiaient. Pour lui, ils demeuraient de

simples images.

Fort de cette connaissance, il poussa son avantage. Sur la pierre de

Rosette, il examina le cartouche royal en démotique déjà identifié comme le

nom de Ptolémée. Grâce aux nombreuses équivalences graphiques entre

hiéroglyphe et démotique, il transposa les symboles démotiques dans ce que

devrait être la version hiéroglyphique pour reconstituer ce à quoi devait

ressembler le mot « Ptolémée ». Émerveillé, il identifia bel et bien ce mot :

ce fut le premier succès décisif dans le déchiffrement d’un hiéroglyphe.

Sachant que ce nom était probablement écrit en phonétique (comme tous les

noms étrangers, normalement), il en déduisit qu’il y avait une équivalence

phonique entre le démotique et les hiéroglyphes pour le mot « Ptolémée ».

Il avait ainsi les lettres P, T et L. Il trouva dans un document sur papyrus un

cartouche dont il était sûr qu’il désignait Cléopâtre, ce qui ajouta de

nouvelles lettres à son capital. Or, Ptolémée et Cléopâtre étaient écrits avec

deux T différents. D’autres que Champollion s’y seraient cassé les dents,

mais il comprit qu’il s’agissait d’homophones : comme le F de « France » et

le PH de « phosphore ». De lettre en lettre, il entreprit ainsi de déchiffrer les

noms de tous les cartouches royaux qu’il pouvait trouver, complétant

progressivement son alphabet.

En septembre 1822, tout se débloqua de la façon la plus spectaculaire

en une seule journée. On venait de découvrir, dans une région désolée

d’Égypte, un temple dont les murs et les statues étaient couverts de

hiéroglyphes. Des reproductions fidèles de ces textes tombèrent entre les

mains de Champollion et, en les étudiant, il fut frappé de constater

qu’aucun des cartouches ne contenait de nom déjà identifié. Il décida

d’appliquer à l’un de ces cartouches l’alphabet phonétique déjà en sa

possession, mais ne put trouver que la lettre S, placée à la fin. Le premier symbole évoquait pour lui l’image du soleil. En copte, langue vaguement

apparentée à l’égyptien antique, le mot pour désigner le soleil était « Ré ».

Au milieu du cartouche, on lisait un symbole en forme de trident qui

ressemblait étrangement à son M. Très excité, il se demanda s’il ne

s’agissait pas de Ramsès, pharaon du XIIIe siècle av. J.-C.. De là à penser

que les Égyptiens avaient un alphabet phonétique remontant aussi loin dans

le temps… Cela aurait été une découverte retentissante. Il fallait l’étayer

avec d’autres preuves.

Un autre cartouche du même temple contenait le même hiéroglyphe en

forme de M. Or, le premier symbole du cartouche représentait un ibis.

Connaissant l’histoire de l’Égypte antique, il savait que cet oiseau

représentait symboliquement le dieu Thot. Ce cartouche pouvait

éventuellement s’épeler Thout-mô-sis, nom d’un autre pharaon. Dans une

autre partie du temple, il identifia un mot en hiéroglyphes composé

entièrement des signes représentant M et S. Pensant au copte, il traduisit ce

mot par « mis », ce qui signifie « donner naissance ». Il trouva justement

dans le texte grec de la pierre de Rosette une phrase faisant allusion à un

jour de naissance, et identifia son équivalent dans le texte en hiéroglyphes.

Bouleversé par sa découverte, il traversa Paris en courant pour trouver

son frère. Il entra dans la pièce en hurlant « J’ai réussi ! » et, perdant

connaissance, s’effondra sur le sol. Après presque vingt ans d’obsession

permanente, malgré les obstacles de la pauvreté et les échecs répétés,

Champollion avait enfin, en quelques mois de travail intensif, découvert la

clef des hiéroglyphes.

À la suite de sa découverte, il continua à traduire mot après mot et

détermina de façon exacte la nature des hiéroglyphes. Il transforma de

manière radicale l’idée que l’on se faisait de l’Égypte antique. Ses

traductions précédentes avaient prouvé que les hiéroglyphes, comme il l’avait entrevu, étaient une combinaison sophistiquée de trois formes de

symboles, et possédaient l’équivalent d’un alphabet longtemps avant que

quiconque n’inventât un véritable alphabet. Ce n’était donc pas une

civilisation arriérée où des prêtres dominant une culture d’esclaves

cachaient leurs secrets sous des symboles mystérieux, mais une société

vivante dotée d’un langage écrit beau et complexe, que certains

considéreraient comme l’égale de la Grèce antique.

Quand sa découverte fut publiée, Champollion devint du jour au

lendemain un héros. Mais le vieux Dr Young, son ancien rival, refusa

l’humiliation de sa défaite. Il consacra ses dernières années à accuser

Champollion de fraude et de plagiat : contre toute évidence, il refusait

d’admettre qu’une personne d’origine modeste ait accompli un tel exploit

intellectuel.

 

Les vies respectives de Champollion et Young offrent une belle leçon

concernant le processus d’apprentissage et illustrent les deux façons

classiques d’aborder un problème. Young s’attaqua au rébus de l’extérieur,

aiguillonné par l’ambition : il voulait devenir célèbre en étant le premier à

déchiffrer les hiéroglyphes. Pour faire plus vite, il réduisit le système

d’écriture de l’Égypte antique à des formules mathématiques bien ficelées,

en supposant qu’il n’avait affaire qu’à des idéogrammes. Ainsi, il se lança

dans le déchiffrement comme s’il s’agissait d’un rébus mathématique. Il

n’avait ainsi pas la moindre chance de décrypter un système d’écriture

extrêmement complexe, composé de plusieurs couches.

Champollion s’y prit de façon diamétralement opposée. Il avait

l’ardent désir de comprendre les origines de l’humanité et éprouvait un profond amour pour l’Égypte ancienne. Il cherchait la vérité, non la gloire.

Il vit dans la traduction de la pierre de Rosette l’œuvre de sa vie ; il était

donc disposé à y consacrer vingt ans ou davantage, autant qu’il faudrait

pour venir à bout de son projet. Il n’aborda pas le problème de l’extérieur,

ni avec des formules toutes faites, mais poursuivit son apprentissage

méthodique des langues antiques et du copte. Sa connaissance du copte

s’avéra décisive pour percer à jour le secret des hiéroglyphes. Linguiste

distingué depuis son enfance, il savait combien une langue est complexe :

elle reflète la sophistication d’une civilisation. Quand il se replongea dans

l’étude de la pierre de Rosette en 1821, avec une attention sans partage, son

esprit se mit à travailler en mode créatif-actif. Il recadra le problème dans sa

globalité. Sa décision d’aborder les deux écritures – démotique et

hiéroglyphes – sous l’aspect purement visuel fut un véritable éclair de

génie. Sa pensée était en effet plus ample et révéla suffisamment d’aspects

du langage pour le débloquer.

Dans bien des domaines, beaucoup de gens tendent à se contenter de la

méthode Young. Qu’ils étudient l’économie, le corps humain, la santé ou le

fonctionnement du cerveau, ils travaillent à coups d’abstractions et de

simplifications, réduisant des problèmes complexes et interactifs à des

modules, formules, statistiques et organes isolés à disséquer. Cette approche

peut fournir une image partielle de la réalité, comme la dissection d’un

cadavre peut apprendre des choses sur le corps humain. Mais quand on

simplifie ainsi l’étude d’un être vivant, il y manque le souffle. Suivons

plutôt le modèle Champollion. Ne nous pressons pas. Privilégions

l’approche globale. Observons notre objet d’étude sous autant d’angles

possibles, donnant à notre pensée des dimensions nouvelles. Sachons que

les parties d’un tout réagissent les unes sur les autres, et ne sauraient être

totalement séparées. Dans notre esprit, approchons-nous autant qu’il est possible de la vérité dans toute sa complexité, et de la réalité de l’objet de