Atteindre l'excellence
8. La pensée redimensionnée
sans être certains de ce vers quoi elles nous conduisent. Au lieu de parcourir
en ligne droite le plus court chemin entre l’idée et la réalisation, le
processus de création se développe plutôt comme un arbre tordu.
La leçon est claire : la véritable créativité est issue de notre ouverture
d’esprit et de notre adaptabilité. Quand nous tombons sur quelque chose de
nouveau, il nous faut être capables de l’étudier sous différents angles et d’y
discerner le potentiel caché en plus de ce qui est évident. Nous imaginons
que les objets qui nous entourent peuvent servir à différents usages. Ne
nous accrochons pas à notre idée initiale, ne restons pas les esclaves de
notre ego qui est très attaché à ce que nous ayons toujours raison.
Intéressons-nous à ce qui se présente à chaque moment et exploitons les
chemins de traverse et les événements inattendus. Ainsi, nous
transformerons des plumes en rémiges permettant de voler. La différence ne
réside pas dans la capacité créatrice initiale du cerveau, mais dans la façon
dont nous contemplons le monde et la souplesse avec laquelle nous pouvons
recadrer ce qui est sous nos yeux. Créativité et adaptabilité sont
inséparables.
8. La pensée redimensionnée
En 1798, Napoléon Bonaparte envahit l’Égypte pour en faire une colonie,
mais l’invasion tourne court à cause de l’opposition britannique. Un an plus
tard, la guerre durait toujours quand un soldat, qui travaillait à renforcer les
fortifications d’un fort à proximité de la ville de Rosette, tomba sur un
étrange rocher en creusant une tranchée. L’objet une fois extrait, on
s’aperçut qu’il s’agissait d’une antiquité égyptienne : une dalle de basalte
couverte de texte. Si Napoléon avait monté son expédition égyptienne, c’est en partie parce que tout ce qui était égyptien le passionnait. Il était
accompagné de nombreux scientifiques et historiens ayant pour mission
d’étudier ce qu’ils découvriraient.
La « pierre de Rosette » passionna les savants. Elle contenait un texte
en trois langues : en haut, des hiéroglyphes égyptiens ; au milieu, du
démotique, langue du peuple de l’Égypte ancienne ; en bas, du grec. En
traduisant la partie grecque, ils surent que ce texte était une banale
proclamation faisant l’éloge de Ptolémée V (203-181 av. J.-C.). La fin du
texte précisait que cette proclamation devait être écrite en trois versions, ce
qui prouvait que le contenu était le même en démotique et en hiéroglyphes.
En se calquant sur le texte grec, il sembla soudain possible de déchiffrer les
deux autres versions. Comme les derniers hiéroglyphes connus avaient été
écrits en 394 de notre ère, toutes les personnes capables de les déchiffrer
étaient mortes depuis longtemps. C’était une langue complètement morte et
intraduisible : le contenu d’innombrables écrits gravés sur les temples ou
couchés sur papyrus restait un mystère insoluble. Mais grâce à la pierre de
Rosette, ces secrets allaient être percés.
La pierre fut transportée dans un organisme du Caire mais, en 1801, les
Anglais battirent les Français en Égypte et les rejetèrent à la mer.
Connaissant l’extrême valeur de la pierre de Rosette, ils fouillèrent tout
Le Caire pour la trouver et l’expédièrent à Londres, où elle repose encore
au British Museum. Mais les dessins avaient été relevés et, dans toute
l’Europe, on se disputa l’honneur d’être le premier à déchiffrer les
hiéroglyphes. Certains étaient inscrits dans une sorte de rectangle appelé
cartouche. On estima qu’il s’agissait des noms de personnages de la famille
royale. Un professeur suédois parvint à identifier le nom de Ptolémée dans
le texte démotique, et émit l’hypothèse que les caractères avaient une valeur
phonétique. Mais après l’enthousiasme initial, comme aucune percée n’était réalisée, on se demanda s’ils seraient déchiffrés un jour. Chaque savant qui
se penchait sur le problème soulevait des questions nouvelles sur le système
d’écriture représenté par les symboles eux-mêmes.
En 1814, un nouveau personnage descendit dans l’arène : un Anglais,
le Dr Thomas Young. Rapidement, il devint le principal candidat au
déchiffrement de la pierre de Rosette. Étant médecin, il avait tâté de toutes
les sciences et était considéré comme un génie. Il avait la bénédiction des
autorités anglaises et un accès total à tous les papyrus et autres antiquités
confisqués par les Anglais, dont la pierre de Rosette elle-même. De surcroît,
il avait une grosse fortune personnelle et pouvait consacrer à ses études tout
le temps qu’il voulait. Ainsi, il se lança dans ce travail avec beaucoup
d’enthousiasme, et ne tarda pas à progresser.
Il approcha le problème sous l’angle mathématique. Il compta le
nombre de fois où tel mot – « dieu » par exemple – apparaissait dans le
texte grec, et trouva le mot qui apparaissait le même nombre de fois en
démotique ; il émit l’hypothèse qu’il s’agissait du même mot. Il fit tout ce
qu’il pouvait pour faire entrer les lettres démotiques dans son cadre : si le
mot apparemment équivalent à « dieu » semblait trop long, il en conclut
paisiblement que certaines lettres n’avaient pas de sens. Il supposa aussi
que les trois textes étaient présentés dans le même ordre et qu’il pouvait
apparier les mots selon leur place. En cela, il eut parfois raison, mais le plus
souvent, cela ne le conduisait nulle part. Il fit une découverte clef : le
démotique et les hiéroglyphes sont liés, le premier étant une forme
manuscrite simplifiée des autres. Il comprit aussi que le démotique se sert
d’un alphabet phonétique pour épeler les mots étrangers, mais qu’il s’agit
surtout d’un système de pictogrammes. Mais il aboutit à tant d’impasses
qu’il ne s’attaqua jamais vraiment aux hiéroglyphes. Au bout de quelques
années, il finit par abandonner. Champollion dira en effet de ses prédécesseurs anglais : « Leurs explications ne sont justement que de l’eau
de boudin. »
Eh oui, un tout jeune homme était entré en scène qui semblait un
candidat fort peu crédible pour gagner cette course : Jean-François
Champollion (1790-1832), originaire de Figeac, dans le Lot. Sa famille était
relativement pauvre et, jusqu’à l’âge de sept ans, Champollion ne fréquenta
pas l’école. Mais il avait un avantage sur ses contemporains : dès son tout
jeune âge, il s’était senti attiré par l’histoire des civilisations antiques. Il
voulait découvrir des choses nouvelles sur l’origine de l’humanité et, dans
ce dessein, il s’était attaqué à l’étude des langues anciennes : le grec, le
latin, l’hébreu et plusieurs autres langues sémites, qu’il maîtrisa avec une
étonnante rapidité dès l’âge de douze ans.
Bientôt, son attention fut attirée par l’Antiquité égyptienne. En 1802, il
entendit parler de la pierre de Rosette et annonça à son frère aîné qu’il serait
le premier à la déchiffrer. Dès l’instant où il se mit à étudier la vie des
Égyptiens de l’époque pharaonique, il s’identifia de façon très personnelle
avec tout ce qui avait trait à cette civilisation. C’était un enfant, il avait
donc une excellente mémoire visuelle. C’était de plus un dessinateur
virtuose. Il avait une propension à considérer l’écriture (même en français)
comme une succession de dessins, et non un alphabet. Dès qu’il eut des
hiéroglyphes sous les yeux, ils lui apparurent comme étrangement familiers.
Bientôt, ils devinrent une véritable obsession pour lui.
Pour marquer des progrès décisifs, il estima qu’il lui fallait apprendre
le copte. En effet, l’Égypte devint une colonie romaine en 30 av. J.-C. ; son
vieux langage, le démotique, s’éteignit lentement et fut remplacé par le
copte, mélange de grec et d’égyptien. Quand les Arabes conquirent
l’Égypte et la convertirent à l’islam, ils firent de l’arabe la langue officielle
et seuls les Égyptiens restés fidèles à la religion chrétienne gardèrent la pratique du copte. À l’époque de Champollion, il ne restait que quelques
chrétiens encore capables de parler cette langue antique ; il s’agissait
surtout de prêtres et de moines. En 1805, un de ces moines passa dans la
bourgade où vivait Champollion et ils devinrent amis. Le moine enseigna au
jeune Figeacois les rudiments du copte puis, quelques mois plus tard, lui
apporta une grammaire copte. L’enfant travailla cette langue nuit et jour,
avec une ferveur frisant la folie. Il écrivit à son frère : « Je ne vois rien
d’autre. Je rêve en copte… Je suis si copte que, par jeu, je traduis en copte
tout ce qui me vient à l’esprit. » Plus tard, il se rendit à Paris pour
poursuivre ses études et y trouva d’autres moines ; il acquit une telle
pratique de cette langue en voie d’extinction que l’on eût pu croire que
c’était sa langue maternelle.
N’ayant à sa disposition qu’une mauvaise copie de la pierre de
Rosette, il entreprit de formuler un certain nombre d’hypothèses, qui
s’avérèrent fausses. Mais à la différence de ses prédécesseurs, Champollion
garda un enthousiasme intact. La tourmente politique qui régnait à l’époque
ne lui facilitait pas l’existence. Fils avéré de la Révolution française, il
soutint Napoléon au moment où l’empereur perdait le pouvoir. Quand Louis
XVIII monta sur le trône, les sympathies de Champollion pour Napoléon lui
coûtèrent sa place de professeur. Des années de misère et de maladie
l’obligèrent à se détourner de la pierre de Rosette, mais en 1821, il fut enfin
réhabilité par le gouvernement et s’installa à Paris. Il reprit ses efforts avec
une énergie et une détermination renouvelées.
Comme il s’était éloigné provisoirement des hiéroglyphes, il revint
vers eux avec un regard nouveau. D’après lui, le problème de ses
prédécesseurs était qu’ils avaient abordé le déchiffrement de façon
scientifique. Mais Champollion, qui parlait des dizaines de langues et lisait
de nombreuses langues mortes, savait que les langues évoluent de façon aléatoire, sous l’influence de nouveaux groupes qui s’intègrent dans la
société et se modifient avec le temps. Ce ne sont pas des entités
mathématiques, mais des organismes vivants, en évolution. Et ils sont
complexes. Il se pencha donc derechef sur les hiéroglyphes avec une vision
plus globale. Son but était de comprendre exactement de quel type
d’écriture il s’agissait : des pictogrammes (chaque caractère représente une
chose), des idéogrammes (chaque caractère représente une idée), un
alphabet phonétique ou un mélange des trois ?
Ayant ceci en tête, il tenta une chose que, curieusement, nul n’avait
essayée avant lui : il compara le nombre de mots du texte grec et de la
partie hiéroglyphique. Il releva 486 mots grecs et 1 419 hiéroglyphes. Il
avait estimé initialement que les hiéroglyphes étaient des idéogrammes,
chaque symbole représentant une idée ou un mot. Mais avec une telle
différence numérique, cette hypothèse tombait. Il tenta alors d’identifier des
groupes de hiéroglyphes susceptibles de constituer des mots, mais il n’en
releva que 180. Incapable d’établir une relation numérique simple entre les
deux langues, l’unique conclusion possible était que les hiéroglyphes
constituaient un système mixte composé d’idéogrammes, de pictogrammes
et de signes phonétiques, beaucoup plus complexe que nul n’avait imaginé.
Il se lança alors sur une nouvelle voie que n’importe qui aurait jugée
folle et inutile : utiliser ses capacités visuelles pour comparer le démotique
et les hiéroglyphes en se fondant uniquement sur le graphisme des lettres et
des signes. Ce faisant, il commença à entrevoir des correspondances et des
schémas répétitifs : par exemple, tel hiéroglyphe représentant un oiseau
avait un équivalent approché en démotique, comme une image d’oiseau
épurée et plus abstraite. À cause de son incroyable mémoire visuelle, il
identifia des centaines d’équivalences analogues entre les symboles, sans toutefois découvrir ce qu’ils signifiaient. Pour lui, ils demeuraient de
simples images.
Fort de cette connaissance, il poussa son avantage. Sur la pierre de
Rosette, il examina le cartouche royal en démotique déjà identifié comme le
nom de Ptolémée. Grâce aux nombreuses équivalences graphiques entre
hiéroglyphe et démotique, il transposa les symboles démotiques dans ce que
devrait être la version hiéroglyphique pour reconstituer ce à quoi devait
ressembler le mot « Ptolémée ». Émerveillé, il identifia bel et bien ce mot :
ce fut le premier succès décisif dans le déchiffrement d’un hiéroglyphe.
Sachant que ce nom était probablement écrit en phonétique (comme tous les
noms étrangers, normalement), il en déduisit qu’il y avait une équivalence
phonique entre le démotique et les hiéroglyphes pour le mot « Ptolémée ».
Il avait ainsi les lettres P, T et L. Il trouva dans un document sur papyrus un
cartouche dont il était sûr qu’il désignait Cléopâtre, ce qui ajouta de
nouvelles lettres à son capital. Or, Ptolémée et Cléopâtre étaient écrits avec
deux T différents. D’autres que Champollion s’y seraient cassé les dents,
mais il comprit qu’il s’agissait d’homophones : comme le F de « France » et
le PH de « phosphore ». De lettre en lettre, il entreprit ainsi de déchiffrer les
noms de tous les cartouches royaux qu’il pouvait trouver, complétant
progressivement son alphabet.
En septembre 1822, tout se débloqua de la façon la plus spectaculaire
en une seule journée. On venait de découvrir, dans une région désolée
d’Égypte, un temple dont les murs et les statues étaient couverts de
hiéroglyphes. Des reproductions fidèles de ces textes tombèrent entre les
mains de Champollion et, en les étudiant, il fut frappé de constater
qu’aucun des cartouches ne contenait de nom déjà identifié. Il décida
d’appliquer à l’un de ces cartouches l’alphabet phonétique déjà en sa
possession, mais ne put trouver que la lettre S, placée à la fin. Le premier symbole évoquait pour lui l’image du soleil. En copte, langue vaguement
apparentée à l’égyptien antique, le mot pour désigner le soleil était « Ré ».
Au milieu du cartouche, on lisait un symbole en forme de trident qui
ressemblait étrangement à son M. Très excité, il se demanda s’il ne
s’agissait pas de Ramsès, pharaon du XIIIe siècle av. J.-C.. De là à penser
que les Égyptiens avaient un alphabet phonétique remontant aussi loin dans
le temps… Cela aurait été une découverte retentissante. Il fallait l’étayer
avec d’autres preuves.
Un autre cartouche du même temple contenait le même hiéroglyphe en
forme de M. Or, le premier symbole du cartouche représentait un ibis.
Connaissant l’histoire de l’Égypte antique, il savait que cet oiseau
représentait symboliquement le dieu Thot. Ce cartouche pouvait
éventuellement s’épeler Thout-mô-sis, nom d’un autre pharaon. Dans une
autre partie du temple, il identifia un mot en hiéroglyphes composé
entièrement des signes représentant M et S. Pensant au copte, il traduisit ce
mot par « mis », ce qui signifie « donner naissance ». Il trouva justement
dans le texte grec de la pierre de Rosette une phrase faisant allusion à un
jour de naissance, et identifia son équivalent dans le texte en hiéroglyphes.
Bouleversé par sa découverte, il traversa Paris en courant pour trouver
son frère. Il entra dans la pièce en hurlant « J’ai réussi ! » et, perdant
connaissance, s’effondra sur le sol. Après presque vingt ans d’obsession
permanente, malgré les obstacles de la pauvreté et les échecs répétés,
Champollion avait enfin, en quelques mois de travail intensif, découvert la
clef des hiéroglyphes.
À la suite de sa découverte, il continua à traduire mot après mot et
détermina de façon exacte la nature des hiéroglyphes. Il transforma de
manière radicale l’idée que l’on se faisait de l’Égypte antique. Ses
traductions précédentes avaient prouvé que les hiéroglyphes, comme il l’avait entrevu, étaient une combinaison sophistiquée de trois formes de
symboles, et possédaient l’équivalent d’un alphabet longtemps avant que
quiconque n’inventât un véritable alphabet. Ce n’était donc pas une
civilisation arriérée où des prêtres dominant une culture d’esclaves
cachaient leurs secrets sous des symboles mystérieux, mais une société
vivante dotée d’un langage écrit beau et complexe, que certains
considéreraient comme l’égale de la Grèce antique.
Quand sa découverte fut publiée, Champollion devint du jour au
lendemain un héros. Mais le vieux Dr Young, son ancien rival, refusa
l’humiliation de sa défaite. Il consacra ses dernières années à accuser
Champollion de fraude et de plagiat : contre toute évidence, il refusait
d’admettre qu’une personne d’origine modeste ait accompli un tel exploit
intellectuel.
Les vies respectives de Champollion et Young offrent une belle leçon
concernant le processus d’apprentissage et illustrent les deux façons
classiques d’aborder un problème. Young s’attaqua au rébus de l’extérieur,
aiguillonné par l’ambition : il voulait devenir célèbre en étant le premier à
déchiffrer les hiéroglyphes. Pour faire plus vite, il réduisit le système
d’écriture de l’Égypte antique à des formules mathématiques bien ficelées,
en supposant qu’il n’avait affaire qu’à des idéogrammes. Ainsi, il se lança
dans le déchiffrement comme s’il s’agissait d’un rébus mathématique. Il
n’avait ainsi pas la moindre chance de décrypter un système d’écriture
extrêmement complexe, composé de plusieurs couches.
Champollion s’y prit de façon diamétralement opposée. Il avait
l’ardent désir de comprendre les origines de l’humanité et éprouvait un profond amour pour l’Égypte ancienne. Il cherchait la vérité, non la gloire.
Il vit dans la traduction de la pierre de Rosette l’œuvre de sa vie ; il était
donc disposé à y consacrer vingt ans ou davantage, autant qu’il faudrait
pour venir à bout de son projet. Il n’aborda pas le problème de l’extérieur,
ni avec des formules toutes faites, mais poursuivit son apprentissage
méthodique des langues antiques et du copte. Sa connaissance du copte
s’avéra décisive pour percer à jour le secret des hiéroglyphes. Linguiste
distingué depuis son enfance, il savait combien une langue est complexe :
elle reflète la sophistication d’une civilisation. Quand il se replongea dans
l’étude de la pierre de Rosette en 1821, avec une attention sans partage, son
esprit se mit à travailler en mode créatif-actif. Il recadra le problème dans sa
globalité. Sa décision d’aborder les deux écritures – démotique et
hiéroglyphes – sous l’aspect purement visuel fut un véritable éclair de
génie. Sa pensée était en effet plus ample et révéla suffisamment d’aspects
du langage pour le débloquer.
Dans bien des domaines, beaucoup de gens tendent à se contenter de la
méthode Young. Qu’ils étudient l’économie, le corps humain, la santé ou le
fonctionnement du cerveau, ils travaillent à coups d’abstractions et de
simplifications, réduisant des problèmes complexes et interactifs à des
modules, formules, statistiques et organes isolés à disséquer. Cette approche
peut fournir une image partielle de la réalité, comme la dissection d’un
cadavre peut apprendre des choses sur le corps humain. Mais quand on
simplifie ainsi l’étude d’un être vivant, il y manque le souffle. Suivons
plutôt le modèle Champollion. Ne nous pressons pas. Privilégions
l’approche globale. Observons notre objet d’étude sous autant d’angles
possibles, donnant à notre pensée des dimensions nouvelles. Sachons que
les parties d’un tout réagissent les unes sur les autres, et ne sauraient être
totalement séparées. Dans notre esprit, approchons-nous autant qu’il est possible de la vérité dans toute sa complexité, et de la réalité de l’objet de