Atteindre l'excellence
A contrario
chaotique où les contraires se rencontrent, dans le subconscient, on est
surpris par les idées fécondes et passionnantes qui affluent à la surface.
A CONTRARIO
En Occident, il existe un mythe en vertu duquel les drogues et la folie
peuvent conduire à des éclairs de créativité majeurs. Comment expliquer
autrement que Baudelaire ait eu recours au haschich ou Verlaine à
l’absinthe ? Leurs œuvres sont si libres et spontanées qu’elles semblent
sortir des limites du rationnel.
Mais ce cliché est facile à démystifier. Baudelaire n’obtint de sa
première cuillerée de confiture verte cannabique qu’une diarrhée et un
autoportrait sans intérêt artistique. Il ne renouvela jamais l’expérience.
Quant à Verlaine, il était déjà alcoolique avant de toucher à l’absinthe et,
pendant son emprisonnement pour tentative d’assassinat, il renonça
totalement à ce poison.
Comprenons-nous bien. La création d’une œuvre d’art et le
développement d’une découverte ou d’une invention exigent beaucoup de
discipline, de sang-froid et d’équilibre. Il faut aussi acquérir la maîtrise du
domaine concerné. Les drogues et la folie ne peuvent qu’anéantir ces
capacités. Ne sombrons pas dans les mythes romantiques sur la créativité :
il n’existe pas de panacée qui rende créatif en quelques gorgées ni en
quelques bouffées. Quand on étudie la créativité exceptionnelle des maîtres,
il ne faut pas oublier les années d’exercice, les répétitions méthodiques, les
moments de doute, ni la ténacité dont ces personnes ont fait preuve pour
surmonter les obstacles. L’énergie créatrice est le fruit de l’effort, et de rien
d’autre.
« Ce travail qu’avaient fait notre amour-propre, notre passion,
notre esprit d’imitation, notre intelligence abstraite, nos
habitudes, c’est ce travail que l’art défera, c’est la marche en
sens contraire, le retour aux profondeurs, où ce qui a existé
réellement gît inconnu de nous, qu’il nous fera suivre. »
MARCEL PROUST
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