Atteindre l'excellence
A contrario
des moyens sans précédent pour établir des liens entre les domaines et les
idées. Les barrières artificielles dressées entre les arts et les sciences se
dissoudront sous l’ardeur à connaître et à exprimer notre réalité commune.
Nos idées se rapprocheront de la nature, elles deviendront plus vivantes et
organiques. De toutes les façons possibles, efforcez-vous de faire partie de
ce processus d’universalisation et d’étendre vos connaissances à des
branches de plus en plus éloignées du savoir. Vous en serez récompensés
par la richesse des idées qui vous viendront dans le cadre de cette quête.
A CONTRARIO
Le contraire de la maîtrise consiste à nier son existence ou son importance,
et donc la nécessité de déployer des efforts en son sens. Mais ce chemin ne
peut conduire qu’à l’impuissance et à la déception. Il fait de nous les
esclaves de ce que nous appellerons le « faux moi ».
Le faux moi est l’accumulation des avis reçus de l’extérieur, par
exemple les parents et amis qui nous veulent conformes à l’idée qu’ils ont
de nous et de ce que nous devons devenir ; par exemple aussi les pressions
de la société pour adhérer à certaines valeurs par lesquelles il est facile de
se laisser séduire. Par exemple enfin la voix de notre propre ego, qui
s’efforce en permanence de nous épargner des vérités peu flatteuses. Le
faux moi s’exprime en mots clairs et, en ce qui concerne la maîtrise, il
affirme : « La maîtrise est réservée aux génies, à ceux dotés de talents
exceptionnels, à des accidents de la nature. Quant à moi, je ne suis pas né
comme ça. » Il peut aussi dire : « La maîtrise est quelque chose de vil et
d’immoral. Elle est pour les ambitieux et les égoïstes. Mieux vaut accepter
mon sort dans la vie et travailler à aider les autres plutôt qu’à m’enrichir moi-même. » Ou peut-être : « Le succès n’est qu’affaire de chance. Ceux
qui s’affirment maîtres ont simplement été au bon endroit au bon moment.
Je pourrais être à leur place si la chance m’avait souri. » Ou enfin :
« Pourquoi se tuer au travail ? Autant profiter de la vie, car elle est courte,
et me débrouiller pour m’en sortir vaille que vaille. »
Comme vous devez à présent le savoir, ces avis sont pervers. La
maîtrise n’est pas une question de gènes ni de chance, mais le résultat que
vous obtenez quand vous suivez vos inclinations naturelles et les désirs
profonds de votre subconscient. Chacun a des penchants qui lui sont
propres. Ces désirs qui naissent dans votre cœur ne sont pas motivés par
l’égoïsme ni par une chimérique ambition ; ces derniers sont des obstacles
affectifs qui barrent le chemin de la maîtrise. La maîtrise est l’expression
profonde de quelque chose de naturel qui a fait de vous, à la naissance, un
être unique. En suivant vos inclinations et en vous rapprochant de la
maîtrise, vous apportez une contribution décisive à la société, vous
l’enrichissez par vos découvertes et vos intuitions et vous exprimez au
mieux la diversité de la nature et de l’humanité. L’égoïsme, c’est se retirer
dans son fromage de Hollande, et se limiter à des ambitions médiocres et
des plaisirs immédiats. Le fait de se couper de ses inclinations ne peut
conduire à terme qu’à la souffrance, à la déception et au sentiment de
gâcher quelque chose d’unique. Cette souffrance fera de vous un aigri et un
envieux et vous n’en identifierez jamais la source.
Le vrai soi ne se répand pas en mots et phrases banales. C’est une voix
qui sourd du subconscient, de quelque chose de profondément gravé en
vous. Elle émane de votre spécificité et fait sentir sa présence par des
sensations et des désirs puissants qui semblent vous transcender. Jamais
vous ne saurez vraiment ce qui vous attire dans certaines activités et formes
de connaissances. Cela ne peut être ni expliqué ni verbalisé. Cela fait partie de votre être. En suivant l’appel de cette voix, vous réalisez votre potentiel
et satisfaites vos aspirations les plus profondes à exprimer votre créativité et
votre spécificité. Elle existe dans un but précis et l’œuvre de votre vie
consiste à la faire fructifier.
« Nous avons bonne opinion de nous-mêmes, mais pas au point
de nous croire capable de faire même l’ébauche d’une toile de
Raphaël ou une scène comparable à celles d’un drame de
Shakespeare ; nous nous persuadons que pareilles facultés
résultent d’un prodige vraiment au-dessus de la moyenne, d’un
hasard extrêmement rare ou, si nous avons encore des sentiments
religieux, d’une grâce d’en haut. C’est donc notre vanité, notre
amour-propre qui nous pousse au culte du génie : car il nous faut
l’imaginer très loin de nous, un vrai miracle, pour qu’il ne nous
blesse pas… Mais, si l’on reste sourd à ces insinuations de notre
vanité, l’activité du génie n’est pas foncièrement différente de
celles de l’inventeur mécanicien, du savant astronome ou
historien, du grand stratège ; toutes ces activités s’expliquent si
l’on se représente des hommes dont la pensée s’exerce dans une
seule direction, à qui toutes choses servent de matière, qui
observent toujours avec la même diligence leur vie intérieure et
celle des autres, qui voient partout des modèles et des incitations,
et qui enfin ne se lassent pas de combiner les moyens à leur
disposition. Le génie ne fait qu’apprendre d’abord à poser des
pierres, puis à bâtir, que chercher toujours des matériaux et
toujours les travailler ; toute activité de l’homme est une
merveille de complication, pas seulement celle du génie : et
aucune n’est un “miracle”. »
FRIEDRICH NIETZSCHE
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