Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)
Chapitre 102
La tête me tournait encore un peu lorsque l’hélicoptère du FBI décolla de la plage près de la promenade où Varjan avait tiré dans mon gilet en Kevlar.
À bout portant, la balle avait eu assez de puissance pour me mettre K.O.
Quoique pas longtemps. J’avais repris connaissance en quelques secondes et vu Carstensen, Ned et une petite armée d’agents d’Atlantic City qui s’agglutinaient autour du corps criblé de balles de la tueuse hongroise.
On voulait me forcer à rester étendu pour attendre l’ambulance, mais j’avais refusé et je me relevais à moitié dans les vapes quand Philip Stapleton, le directeur de la sécurité de Victorious Gaming, était arrivé, tenant à peine sur ses jambes. Carstensen avait aussitôt ordonné :
— Qu’on lui passe les menottes !
— Non ! Je n’ai rien fait !
— Vous et vos employeurs êtes en état d’arrestation, lui avait-elle rétorqué sur un ton cinglant.
— Ils ont filé ! Je suis venu vous prévenir. Ils m’ont laissé pour mort dans la loge mais je me suis traîné jusqu’ici après leur départ.
— Où sont-ils allés ? l’avait pressé Ned.
— À l’aéroport. Ils possèdent un jet.
— Qu’on l’emmène à l’hôpital et ensuite en garde à vue, avait décrété Carstensen.
— Non ! Croyez-moi. J’ai toujours servi mon pays. Je suis un fervent patriote. Je n’aurais jamais… J’ai fait semblant de m’évanouir pour écouter ce qu’ils disaient.
Et voilà comment Stapleton se retrouvait à bord, sur le siège en face de Ned et moi, menottes aux poignets. Un agent du FBI formé au secourisme soignait sa blessure à la tête.
— Parlez, maintenant, lui intima Carstensen.
Stapleton déballa son histoire d’une seule traite tandis que nous prenions de la vitesse et que le pilote contactait la tour de contrôle de l’aéroport d’Atlantic City. J’avais beau avoir l’esprit confus, tout ce que racontait le directeur de la sécurité corroborait nos soupçons.
Soudain, le pilote s’adressa à lui :
— Leur jet, c’est un Gulfstream ?
— Oui. Il ne faut pas les laisser s’envoler. Cet avion a une autonomie d’au moins dix mille kilomètres.
— On me confirme qu’ils sont bien là-bas. Ils se dirigent vers la piste de décollage bien que les aiguilleurs leur aient donné pour instruction de revenir au parking.
— Accélérez ! rugit Carstensen.
Le pilote poussa son coucou à la limite, soit deux cent trente kilomètres-heure. Puis il réduisit les gaz et bifurqua derrière la tour de l’aéroport.
Le Gulfstream effectuait son dernier virage lorsque notre appareil le survola, le dépassa et s’immobilisa en l’air perpendiculairement à la piste. Le jet ne ralentit pas. Carstensen fit coulisser la porte latérale de l’hélicoptère. Cinq agents du SWAT braquèrent leurs fusils d’assaut sur le cockpit de l’avion.
Celui-ci s’arrêta. Les moteurs s’éteignirent. L’homme aux commandes leva les mains.
Dès que nous nous fûmes posés, les fédéraux encerclèrent le jet.
— FBI ! Sortez de là, mains sur la tête ! ordonna Carstensen dans un mégaphone. Immédiatement !
Deux minutes plus tard, la porte du Gulfstream s’ouvrait lentement et l’escalier se dépliait.
Austin Crowley descendit le premier, clignant nerveusement des yeux derrière ses grosses lunettes, les doigts entrelacés au sommet de son crâne. Quant à Sydney Bronson, il avait les mains en l’air mais son attitude était ouvertement agressive.