Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

James Patterson · Chapitre 79 sur 101

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Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

Chapitre 83

— Tu n’as pas le choix.

Poussé en avant, le jeune homme retrouva maladroitement l’équilibre et coula un regard par-dessus son épaule. Il observa le visage enflé, tuméfié et recousu de son agresseur. Puis la combinaison de plongée fut le déclic, et il paniqua pour de bon.

— Oh, mec ! geignit-il en montrant ses paumes. Allez-y, prenez ma voiture. Je dirai rien, juré. Je raconterai qu’on m’a mis K.O. et qu’on a piqué ma caisse.

— Ne discute pas, grogna Cruz. Jette ta lacrymo et bouge avant que je te bute pour me défouler !

Résigné à son sort, le vigile détacha la bombe, la lança dans l’eau, puis contourna la capitainerie pour gagner un petit parking gravillonné. Quand ils atteignirent la Camry, Cruz ordonna :

— Passe-moi ton blouson.

Le vigile obtempéra.

— Monte, dit Cruz tout en enfilant le vêtement. C’est toi qui conduis.

L’assassin attendit que le gamin soit installé au volant pour prendre place à l’arrière. Celui-ci tressaillit lorsqu’il lui tapota le crâne avec le Ruger.

— C’est quoi ton nom ?

— Jared. Jared Goldberg.

— Enchanté, Jared. Maintenant, démarre.

 

83.

 

Sur la base aérienne d’Andrews, comme partout aux États-Unis, l’angoisse montait d’heure en heure. Malgré la loi martiale, des émeutes avaient éclaté lors de veillées en faveur de la paix à New York, Dallas, Los Angeles, Portland et Seattle.

Aucun pays n’avait encore lancé de tête nucléaire vers le sol américain, mais la menace planait toujours. Chacun la gardait à l’esprit. Dans le hangar, les agents passaient autant de temps au téléphone avec leurs proches qu’à creuser des pistes, et je ne leur jetais pas la pierre.

Pour ma part, je refusais tout bonnement de laisser la perspective d’une guerre mondiale accaparer mes pensées. Sinon je n’arriverais à rien dans ma nouvelle mission.

À peine étais-je revenu de mon entretien avec le Dr Winters, que Carstensen me demandait d’intégrer l’équipe chargée de synthétiser les renseignements. Comme je lui objectais que j’étais plus utile sur le terrain, elle m’avait coupé la parole et planté là.

Aussi m’étais-je attelé à la tâche, m’immergeant toute la soirée dans le flux d’éléments que déversaient mon ordinateur et mon portable. J’avais tenté de joindre Nina Davis à deux reprises, sans succès. De toute manière, je ne devais pas me disperser. Du nouveau tombait chaque minute, un rapport d’enquête ou un résultat d’analyses en provenance des laboratoires du FBI qui ne chômaient pas.

Je savais par exemple que, grâce à la brillante initiative d’une infirmière aux urgences du George Washington University Hospital, nous avions désormais des échantillons du sang et de l’ADN de l’assassin du président Hobbs, et peut-être ses empreintes digitales, prélevées sur les montants d’un brancard. Nous connaissions déjà son groupe sanguin, O négatif, mais les autres tests prendraient quelques jours. Jusqu’à présent, il n’y avait toujours pas de correspondance pour les empreintes.

Je refermai un dossier en me posant pour la énième fois la même question : à qui profitaient les assassinats ? Kasimov ?

Si le Kremlin était à l’origine du complot, sans doute Kasimov avait-il quelque chose à y gagner, à condition que ses commanditaires russes le tiennent hors de portée du long bras de la police américaine. Mais sa disparition pouvait s’interpréter différemment. Après s’être servi de lui, son supérieur hiérarchique au Kremlin avait peut-être tout simplement donné l’ordre de faire abattre son avion au-dessus de l’océan.

Et Samuel Larkin ? Le Président avait passé la journée cloîtré en un lieu secret avec ses proches conseillers, à gérer la menace de guerre et la crise institutionnelle auxquelles le pays faisait face. L’ancien ministre de la Justice admettrait-il que Talbot, président pro tempore du Sénat, devait légitimement occuper le Bureau ovale et le remplacer aux manettes ? Si Larkin refusait de céder le pouvoir, ne serait-ce pas le signe de sa complicité dans la conspiration ?

Quant à Talbot, il avait accordé plusieurs interviews depuis les révélations de Lester Holt. Gouverner la nation, surtout à son âge, semblait l’intimider véritablement. Avant ce rebondissement inattendu, des rumeurs couraient à propos de sa retraite.

Est-ce à lui que profitait la situation en définitive ? Tout bien considéré, je n’en étais pas convaincu, mais d’un autre côté j’ai souvent entendu dire que tout sénateur rêve de devenir Président des États-Unis. Bien qu’ils jouissent d’un réel pouvoir et d’une influence non négligeable, les hommes et les femmes siégeant au Sénat sont pour la plupart animés d’une ambition dévorante que leur mandat ne saurait assouvir.

Mais de là à éliminer d’autres politiciens pour accéder à la présidence…

Mes réflexions furent interrompues par l’arrivée de divers documents dans ma boîte de réception.

Tout d’abord, le laboratoire de balistique à Quantico confirmait ce que Keith Rawlins subodorait : les balles ayant tué le président Hobbs et blessé le ministre de la Défense étaient en carbone, fabriquées par une imprimante 3D.

Suivait une note de l’informaticien lui-même, qui avait conçu des programmes et des algorithmes pour filtrer la masse de données circulant sur Internet après les attentats. Les adeptes de la théorie du complot s’en donnaient à cœur joie dans le dark web. Pour l’heure, il n’avait déniché aucune trace du complexe ballet de personnes et de faits qui avait forcément précédé les assassinats coordonnés.

Soudain, Ned surgit devant mon poste de travail.

— Alex, un homme et une femme qui convoyaient des chevaux ont loué un ranch isolé à soixante kilomètres environ au nord du lodge où Guilford et Deeds ont été abattus. Le couple est arrivé dans un pick-up Chevrolet vert avec des plaques du Wyoming. Ils ont réglé en espèces et avaient des étuis qui auraient pu contenir des carabines. Encore mieux, ils ont présenté de faux permis de conduire aux noms de Frank et Elizabeth Marker.

— A-t-on dépêché une équipe sur place ?