Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)
Chapitre 47
Kristina Varjan. Le sniper de la sénatrice Walker. Romero, le gangster. Ce type étranglé, Thomas. Enfin, le tueur du sergent Moon.
Et s’il y avait une connexion entre eux tous ? Et s’ils étaient tous des assassins sous contrat, y compris le mystérieux Thomas sur lequel Scotland Yard gardait le secret ? Participaient-ils à une opération conjointe ? Dirigée par une seule et même personne ?
Comme mon appréhension, mon pressentiment sinistre, ne faisait que croître au fur et à mesure que je ruminais ces interrogations, j’optai pour la prudence en partant du postulat qu’ils étaient bel et bien tous des tueurs à gages entraînés.
Cinq professionnels du meurtre, voire davantage, qui se trouvaient tous à moins de cent cinquante kilomètres de Washington. Certes, la raison de leur présence restait inconnue, mais l’un d’entre eux avait déjà assassiné une sénatrice, et ce fait avéré était au centre de mes réflexions.
Ils n’en ont pas fini.
Un bruit de sabots résonna de nouveau dans ma tête et je sus tout au fond de mes tripes que quelque chose de terrible allait se produire. Un véritable cataclysme.
Pivotant sur mes talons, je me mis à courir pour retourner chez moi au plus vite.
Je ressentais le danger jusque dans mes muscles et mes os.
47.
À 4 h 30, Pablo Cruz fut confronté à des mesures de sécurité renforcées à Washington DC Arena, où le Congrès mondial de la jeunesse débutait ce matin-là. Une armada de vigiles, policiers et agents du Secret Service gardaient les lieux.
Les cheveux et le bouc rasés, il portait un bleu de travail sur lequel était brodé le logo de l’Arena. Il présenta un permis de conduire au même nom que le badge professionnel l’identifiant comme Kent Leonard, employé dans l’équipe d’installation et de maintenance affectée à l’événement de trois jours.
Cruz déposa dans la bannette trente dollars, une montre bon marché, des clefs sur un anneau, deux paires de lunettes, une pour la lecture et l’autre pour le soleil, un paquet de chewing-gums, et enfin trois lingettes désinfectantes à l’alcool dans des emballages individuels en aluminium. Puis il se tourna vers l’agent du Secret Service qui attendait et lui montra ses oreilles en déclarant d’une voix nasale à la Donald Duck :
— Je porte des aides auditives. Faut que je les enlève ?
— Oui, s’il vous plaît, monsieur. Pas de téléphone ?
— Ben non, paraît que c’est interdit. De toute façon, j’entends rien dans ces portables.
Il ôta ses prothèses et les déposa dans la bannette avant de franchir le portique de détection de métaux. Comme il était entré avec les mêmes pièces d’identité et appareils acoustiques déjà trois fois au cours des deux jours précédents, il escomptait qu’on lui ferait signe de passer sans autre formalité.
Pourtant un type du Secret Service muni d’un détecteur manuel l’intercepta derrière le portique. L’agent spécial Crane – d’après son badge – lui ordonna d’étendre les bras et d’écarter les jambes.
Il feignit de n’avoir rien entendu. Lewis, le coéquipier de Crane, récupéra les prothèses auditives dans la bannette. Cruz les mit, puis cette fois obéit à l’injonction de l’agent spécial, qui promena le détecteur sur tout son corps sans se préoccuper du sifflement quand l’appareil approchait des oreilles.
Ce contrôle terminé, Crane confia le détecteur à son collègue en train de consulter un iPad.
— Je dois maintenant vous palper, monsieur Leonard.
— Pas de problème.
L’agent spécial tâta les jambes et les poches de l’assassin, tandis que Lewis confirmait :
— Il est bien sur la liste.
Crane acquiesça avant d’arriver aux bras de Cruz. Là, son expression se durcit.
— Veuillez relever vos manches, monsieur.
Cruz s’exécuta calmement, dévoilant la sorte de toile d’araignée en résine translucide qui enveloppait ses avant-bras.
— Qu’est-ce que c’est ? l’interrogea Crane.
— Des attelles pour les tendinites ou les fractures de fatigue, expliqua-t-il avec son accent nasillard. C’est mon cousin qui les a inventées. Il a fait les mêmes pour les genoux.
— J’en aurais bien besoin d’une ! lança Lewis. Elles sont déjà commercialisées ?
— Le site internet est en finition, et l’attelle pour le genou sort le mois prochain, je crois. La marque, c’est Spiderweb Braces. Les miennes sont des prototypes.
— Et elles sont efficaces ? demanda l’agent en reculant pour le laisser passer.
Cruz sourit.
— C’est le premier jour que je les mets. Je vous dirai en ressortant, vous le saurez même avant mon cousin.
— Bonne journée, monsieur Leonard.
— Si Dieu le veut, répliqua Cruz, puis il s’éloigna.
Avec le sentiment d’avoir déjà remporté une bataille primordiale, et guidé par le souvenir du dédale qu’il avait reproduit au ruban adhésif sur le sol de l’usine désaffectée, le tueur à gages trouva son chemin dans les couloirs faisant le tour du complexe. Il s’arrêta devant une porte anonyme et se servit pour l’ouvrir d’un passe volé, copié et rendu au portier deux jours plus tôt.
D’un coup d’œil circulaire, il s’assura que les lieux étaient encore déserts à cette heure matinale, avant de se glisser dans la cage de l’escalier de service. Il dévala deux volées de marches métalliques et sortit au second sous-sol, desservi par une suite de corridors plus étroits qu’il parcourut avec assurance jusqu’à une intersection en T. Là, il bifurqua à gauche ; à son soulagement, il n’y avait toujours personne dans les parages.
Cruz alla directement à une porte signalée par le pictogramme de l’électricité, la déverrouilla, et pénétra dans un petit local technique surchauffé, aux murs couverts de compteurs mesurant la consommation d’énergie du bâtiment.