Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

James Patterson · Chapitre 50 sur 101

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Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

Chapitre 53

Ils prirent la direction du nord-est, vers le pick-up et sa remorque, en avançant aussi vite que le permettait le terrain accidenté. Leur mission accomplie, ils ne pensaient déjà plus qu’à rentrer chez eux.

Il était 7 h 32 au Texas.

 

53.

 

À 9 h 40, heure de la côte Est, Martin Franks sifflotait en examinant son reflet dans la vitre d’une voiture garée sur South End Avenue à Battery Park, à la pointe de Manhattan. Il ne ressemblait plus en rien à l’homme qui avait quitté le Mandarin Oriental la veille dans la matinée et pris un Amtrak l’après-midi pour la gare de Penn Station à New York.

Ses cheveux étaient coupés à ras dans le style militaire. Son costume bleu marine, sa chemise blanche, sa cravate lui allaient bien mais restaient du prêt-à-porter. Les Ray-Ban réfléchissantes et l’oreillette achevaient de le cataloguer comme représentant des forces de l’ordre. À une chaîne autour de son cou étaient suspendus badge et insigne d’un agent spécial du ministère des Finances.

Du fond de teint atténuait l’ecchymose qui avait fleuri après le direct du sergent, et pour laquelle il avait une histoire toute prête.

Chargé d’un plateau Starbucks en carton avec trois grands cafés et des serviettes en papier, Franks marchait vers le Gateway Plaza Garage et y pénétra au moment où il se mit à pleuvoir. Il emprunta l’ascenseur jusqu’au deuxième étage, et en sortit en imitant de son mieux la démarche du baroudeur arrogant et bravache.

À sa droite, il vit un Suburban Chevrolet blindé garé en travers sur trois places. Deux hommes, eux aussi en costume sombre et munis d’oreillettes, attendaient à l’extérieur du SUV ; ils portèrent immédiatement leur attention sur Franks qui tint le plateau en équilibre sur une main pour leur montrer son badge de l’autre.

— Vous êtes Penny et Cox ? demanda-t-il avec un accent traînant du sud.

— Cox, confirma l’un d’eux, un rouquin.

— Penny, fit son coéquipier au cou de taureau.

— Kevin Stoddard, se présenta Franks, lâchant son badge pour tendre sa main libre. En détachement provisoire à l’antenne de New York. Mon boss m’a dit de venir vous relayer si vous avez besoin d’aller pisser, et au moins de vous apporter du café chaud.

Penny lui broya les doigts. Puis, il attrapa un gobelet en le regardant dans les yeux.

— C’est qui ton superviseur ?

— Warner. Je suis sur le planning de service.

Cox sortit son téléphone, pianota avec les pouces. Malgré son expression sereine, le tueur à gages priait pour que le hacker ait pu faire son boulot sans problème ; sinon, c’était lui qui allait en avoir un de problème, et vite.

Le garde du corps quitta l’écran du regard et hocha la tête, satisfait.

— Tu es basé où d’habitude, Stoddard ?

— Nouvelle-Orléans. Depuis environ neuf ans.

— Fausse monnaie ? demanda Penny.

— Principalement. Mais il y a aussi de temps à autre des menaces sur lesquelles on doit enquêter. Certains bouseux du bayou ont le sang chaud et promettent de tuer le président de la Banque centrale. Ce genre de trucs.

Le costaud s’esclaffa.

— J’ai entendu parler d’histoires comme ça. Et qu’est-ce qui t’amène ici ?

— La Louisiane est inondée en ce moment de billets de cinquante très bien contrefaits, expliqua Franks. Il y a deux mois, des coupures de même qualité ont fait leur apparition dans le Queens. On cherche à remonter jusqu’à leur source commune.

Tout en sirotant son café, le rouquin y alla de son commentaire :

— Ces faussaires sont devenus balèzes pour reproduire le filigrane numérique.

— Qu’est-ce qui t’est arrivé à la joue ? s’étonna Penny.

Franks arbora un air à la fois dégoûté et amusé.

— Mon neveu de onze ans, le gosse de ma sœur, a commencé le taekwondo. L’autre soir, il a voulu me montrer quelques techniques qu’il avait apprises. Je ne m’attendais pas à recevoir un coup de pied circulaire sur la tronche ! Il a bien failli me mettre K.O. !

Les gardes du corps étaient hilares. Franks rit à son tour en ajoutant :

— Et moi qui me prenais pour un dur à cuire !

Il posa le plateau en carton et les serviettes sur le toit du Suburban, garda le troisième gobelet pour lui.

— Vous volez à quelle heure, les gars ? s’enquit-il.

Penny consulta son collègue du regard avant de répondre :

— Le décollage est prévu à 11 heures à JFK.

— C’est pratique d’avoir les motards de la police qui vous ouvrent la voie jusqu’à l’aéroport.

Cox secoua la tête.

— Justement non, aucune escorte. Bowman n’aime pas ça, elle préfère l’incognito.

Son coéquipier rétorqua :

— Je trouve qu’elle a raison. S’il n’y a que cette voiture banalisée, personne ne devinera que l’un des maîtres de l’univers est dedans, en route vers le jet gouvernemental.

Franks vida son gobelet. Ces types lui étaient sympathiques. Le sel de la terre, comme sa mère avait coutume de dire. Des ex-militaires. Avec femme et enfants. Malgré tout, il n’éprouvait au fond aucune pitié, seule montait en lui une jouissance anticipée de l’action.

À 9 h 56, les gardes du corps portèrent chacun la main à leur oreillette.

Cox déclara :

— Bien reçu.

Penny se dirigea vers la portière passager.

— Merci pour le jus de chaussette de luxe, Stoddard, plaisanta-t-il.

— De rien, content d’avoir été utile, répliqua Franks.

Récupérant le plateau vide, il décolla le Ruger calibre .25 qui était scotché en dessous.