Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)
Chapitre 8
— Peux-tu récupérer un dossier complet sur Varjan ? Des éléments qui nous aideront à faire son profil ?
— J’ai encore mieux pour toi, répondit Ned. Un rendez-vous avec l’agent de la CIA qu’elle a essayé de tuer.
8.
En route pour le quartier général de la Central Intelligence Agency, à Langley en Virginie, j’informai Bree par téléphone que le FBI avait prolongé mon contrat.
— Pour l’affaire de la sénatrice Walker ?
— Pas le droit de donner des détails.
— Le FBI y gagne ce que le MPD y perd, soupira-t-elle. Mais rappelle-toi que le match est ce soir !
— Je n’ai pas oublié. Je te retrouve sur place, lui assurai-je.
— Promis ?
— Juré.
Après un silence, Bree reprit :
— Bon, il faut que j’y aille. Le chef me veut dans son bureau dans dix minutes.
La communication fut coupée alors que Ned garait la voiture dans le parking à l’extérieur du complexe de la CIA. Le poste de contrôle était un bloc rectangulaire en verre blindé que flanquaient deux portails en acier massif bloquant l’accès à tout véhicule non autorisé.
Ned présenta nos papiers d’identité aux gardes ; ils avaient dû être avertis de notre arrivée puisque, sans autre formalité, l’un d’eux prit une photographie de nos visages, imprima deux badges visiteurs qu’il épingla à nos vestes, puis nous fit passer sous le portique de détection de métaux.
— Entrée principale, nous indiqua-t-il. Attendez dans le hall. Quelqu’un viendra vous chercher.
— « Quelqu’un », répéta Ned dehors, tandis que nous marchions vers le bâtiment central. Tu crois qu’ils disent toujours ça ?
— C’est logique.
— Mouais, sans doute.
Le vent forcit, soufflant sur nous de la neige dure comme de la grêle, nous incitant à accélérer l’allure. Nous pénétrâmes dans le hall surmonté d’une rotonde, dont le sol en granit poli gris et noir était incrusté de l’emblème de la CIA. Postés au centre, à côté du logo, nous observions les gens qui circulaient autour de nous, certains en costume et à l’air studieux, d’autres au style décontracté de baroudeurs.
— Analystes et opérationnels, murmurai-je.
Ned allait me répondre quand une voix s’éleva derrière nous :
— Agent spécial Mahoney ? Docteur Cross ?
Je me retournai. Une femme d’une trentaine d’années, les cheveux châtains, falote mais athlétique dans son tailleur-pantalon bleu mal coupé, nous rejoignit. Nous dévisageant à travers d’épaisses lunettes perchées au bout de son nez, elle ne tendit pas la main.
— Voulez-vous bien me suivre, messieurs ?
Sans attendre, elle pivota sur ses talons et se mit en marche d’un pas martial. Nous longeâmes un couloir interminable desservant de nombreux bureaux anonymes. En l’absence de plaques distinctives, je me demandai ce qui lui avait fait choisir la porte devant laquelle elle s’arrêta. Elle y introduisit une clef magnétique.
Un léger cliquetis retentit. La femme nous précéda dans une salle de réunion banale. Une fois assise au bout de la table, mains croisées, elle nous observa en plissant les yeux.
— Bon, que voulez-vous savoir sur Kristina Varjan ?
Sa question me prit de court. J’avais cru qu’elle nous mènerait à l’agent concerné.
Les sourcils de Ned se haussèrent.
— C’est vous l’opérationnel qui l’a repérée ce matin ? demanda-t-il.
— En effet. Appelez-moi Edith, je vous en prie.
— Vous ressemblez plus à une mère au foyer qu’à une espionne, Edith, la taquinai-je.
— C’est justement le but, rétorqua-t-elle sur un ton dédaigneux.
Ned intervint :
— Donnez-nous les infos nécessaires pour choper Varjan.
— La choper, elle ? fit Edith avec un rire sarcastique. Bonne chance, messieurs ! Dieu sait que j’ai essayé. Et voici ce que j’ai récolté pour ma peine.
Elle ôta sa veste et tira sur son débardeur rouge pour dégager la clavicule gauche, sous laquelle s’étalait une vilaine cicatrice en forme de toile d’araignée.
Cette blessure remontait à trois ans, raconta-t-elle. À cette époque, la CIA soupçonnait Varjan du meurtre de deux agents en opération à Istanbul. La mission d’Edith consistait à débusquer la tueuse et l’amener de force dans un endroit discret en Europe de l’Est dédié aux interrogatoires.
— Je l’ai traquée et je pensais l’avoir acculée dans un immeuble près du Bosphore. Contrairement à moi, elle n’avait pas d’arme, ou du moins pas d’arme à feu.
Varjan avait pris l’agent par surprise en la poignardant sauvagement avec un tesson de poterie acéré.
— J’aurais dû l’anticiper, confessa Edith, qui secoua la tête et croisa les bras. C’est une improvisatrice. Elle se fait une arme avec n’importe quoi. Et tue sans la moindre hésitation.
Puis elle nous expliqua que les registres de l’immigration indiquaient l’entrée aux États-Unis de Varjan ce matin même avec un passeport de la zone européenne au nom de Martina Rodoni, née dans l’ancienne Yougoslavie et résidant à Ljubljana, capitale de la Slovénie. Comme profession, il était inscrit « conseillère de mode » et elle avait prétendu être en voyage d’affaires.
— Mais ne comptez pas sur cette identité pour la retrouver. Elle en aura déjà pris une nouvelle à l’heure qu’il est.
— Alors comment pouvons-nous la localiser ? demandai-je. Et qu’est-elle venue faire ici ?