Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

James Patterson · Chapitre 71 sur 101

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Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

Chapitre 75

— Nous aviserons le moment venu et…

Mon téléphone vibra dans ma poche. C’était Ned Mahoney.

— Tu as pu te reposer ? s’enquit-il.

— À peine. Es-tu au courant des derniers événements ?

— Oui, je t’appelle pour ça. On nous demande de regagner Andrews dare-dare.

 

75.

 

La pluie s’était enfin arrêtée, la température remontait et les nuages se dissipaient quand le Gulfstream atterrit sur la base d’Andrews. Il était 14 h 15, ce samedi 6 février.

Tandis que le jet fédéral roulait vers nous, je me retournai pour contempler le hangar où des centaines d’abeilles industrieuses s’efforçaient d’accomplir au mieux leurs tâches malgré la tension et l’inquiétude palpables.

Les médias en ébullition pronostiquaient que le bras de fer engagé par le Président Larkin avec deux super puissances et un régime totalitaire ne pouvait qu’aboutir à une guerre totale. Des manifestations éclataient aux quatre coins du pays. La population paniquait, on signalait un peu partout des pénuries alimentaires, des émeutes et des pillages. D’énormes embouteillages bloquaient les autoroutes à la sortie des grandes villes en proie à un exode de masse.

Cependant, la menace qui planait au-dessus de toutes les têtes à Andrews, y compris la mienne, c’était de voir la côte Est entièrement rasée par des champignons nucléaires.

Toute la matinée depuis mon retour à la base, je m’étais efforcé de mener à bien ma propre tâche : éplucher chaque élément nouveau nous parvenant, à la recherche d’une piste exploitable. Mais il suffisait qu’en haut sur les écrans une chaîne d’actualités rapporte l’évolution de l’état du ministre de la Défense, ou que l’on montre sur CNN comment porter un masque à gaz, pour que des conjectures en boucle viennent balayer ma concentration.

C’était aussi le cas pour un bon nombre des enquêteurs présents. Globalement, nous avions le sentiment de faire du surplace.

On avait eu beau consacrer des heures à draguer la confluence de la Rock Creek et du Potomac et à ratisser les rives, le mystérieux plongeur en combinaison demeurait introuvable depuis que la garde nationale de Virginie lui avait tiré dessus dans la nuit.

L’« homme-grenouille », comme l’avait baptisé la presse, était-il l’assassin de Hobbs ? Sinon, comment expliquer sa trempette dans une Rock Creek à quatre degrés, par une température extérieure en dessous de zéro, de surcroît en plein couvre-feu ? D’autant que ce n’était pas si loin de l’hôpital George Washington où Bree avait été à deux doigts de le serrer.

Mon intuition me soufflait que l’homme-grenouille ne faisait qu’un avec le pasteur blond qui avait assassiné l’ancien président, blessé grièvement le ministre de la Défense, tué un légiste et écorché un mort pour lui prendre son visage. Or il avait disparu dans la nature.

Ned voulait me convaincre que son cadavre avait dû couler à pic dans l’eau glaciale du fleuve, que le corps referait surface tôt ou tard en aval. Je restais dubitatif.

Alors que des soldats en armes encerclaient le Gulfstream immobilisé, une sirène lente et persistante se déclencha dans le lointain.

Le temps se figea brusquement.

La plupart des militaires avaient détourné les yeux du jet pour scruter le ciel. La peur altérait leurs traits. Je la sentais marquer aussi les miens.

Est-ce qu’un missile arrivait sur nous ?

Même si l’alarme était donnée, à quoi cela servirait-il ? En dépit de mes efforts, il m’était impossible de ne pas songer à ma famille.

Je nous imaginai en train de dîner tous ensemble dimanche soir, les taquineries et les rires, une discussion sur la possibilité que l’équipe de Damon enchaîne les victoires et se qualifie pour le tournoi de la NCAA en mars.