Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)
Chapitre 15
Il partit enfin, retraversant le parc jusqu’à la 26 , certain de retrouver son e chemin quand il reviendrait ici, même dans les ténèbres, même en danger de mort.
15.
Dès que les deux équipes s’alignèrent au milieu du parquet dans le Verizon Center, il apparut nettement qu’un déséquilibre global en taille et musculature avantageait Georgetown, alors première à l’Atlantic Coast Conference et quatorzième au classement national.
À la mise en jeu, grâce à ses cinq centimètres de plus que son homologue chez les Wildcats qui mesurait pourtant deux mètres, le pivot des Hoyas put aisément dévier le ballon vers un de ses arrières qui le passa à un ailier fort,
lequel fit une percée fulgurante et marqua un dunk retentissant. 8
Les joueurs de Davidson semblaient avoir les pieds plats en comparaison de ceux de Georgetown. Damon était sur le banc de touche lorsque Kendall Barnes, le meneur titulaire des Wildcats, eut le ballon.
Je n’avais encore jamais vu un basketteur du même âge courir aussi vite que ce jeune homme. Mais, coupant par la droite comme une fusée jusqu’à la zone de tir, Barnes ne remarqua pas un défenseur des Hoyas, qui lui barra la route et du bout des doigts lui fit perdre le ballon. L’autre le récupéra, remonta tout le terrain en sens inverse et réalisa à son tour un dunk tonitruant qui faillit fracasser le panneau en verre derrière l’arceau.
En liesse, les spectateurs locaux tapaient dans la main du voisin et narguaient les Wildcats visiblement hébétés. Le coach Winston eu la sagesse de réclamer un temps mort pour permettre à son équipe de se ressaisir. Je me tortillai sur mon siège.
— C’est pas David contre Goliath, p’pa, commenta Ali. Ça ressemble plus aux combats entre les prisonniers et les lions dans l’arène à l’époque des Romains.
Jannie lui donna un coup léger sur l’épaule.
— Tu es trop savant, frérot.
En la toisant d’un air supérieur, Ali rétorqua du tac au tac :
— Je ne savais pas que c’était possible d’en savoir trop.
— Qui a faim ? intervint diplomatiquement Bree.
Après avoir noté notre commande de hot dogs, frites et sodas, elle se dévoua pour aller la chercher seule alors que sonnait la fin de l’arrêt de jeu.
— Damon rentre sur le terrain ! s’exclama soudain Jannie.
Je regardai en bas et vis qu’elle avait raison : Damon prenait le poste de l’arrière situé du côté opposé à Barnes. Le coach avait en outre remplacé l’un des ailiers titulaires par un grand maigrichon en première année à Davidson, un dénommé Tanner Ott natif du Missouri.
Barnes eut de nouveau le ballon. Il feignit d’appliquer la même stratégie que précédemment. Mordant à l’hameçon, les Hoyas changèrent leur défense et il en profita pour faire une passe en arrière à Damon, qui s’était placé à la limite de la ligne du tir à trois points.
Mon fils réceptionna le ballon, prit son élan et sauta en tirant.
— Droit dans le mille ! cria Jannie, avant même que le ballon survole l’arceau et tombe dans le filet.
Nous nous levâmes tous pour acclamer Damon pendant qu’il revenait vers son camp, le poing en l’air.
Le meneur des Hoyas dribbla jusqu’à la zone adverse et essaya de glisser le ballon à son pivot. Mais Tanner Ott intercepta la passe puis retraversa toute la longueur du terrain pour marquer facilement d’un layup.
— On est en tête d’un point ! hurla Jannie, qui jaillit de son siège et applaudit frénétiquement.
Une avance consolidée à quatre points lorsque Damon mit un nouveau panier ; les Hoyas demandèrent à leur tour un temps mort.
Après la reprise, malheureusement, les choses dégénérèrent pour l’équipe de Davidson.
En effet, les Hoyas réussirent cinq tirs d’affilée suivis d’un à trois points, avant que Barnes donne une occasion à Ott, lequel marqua et obtint un
lancer franc en provoquant une faute de Georgetown dans la raquette . À 9 partir de ce moment-là, on assista à une bataille rangée.
Le coach Winston avait appris à ses joueurs à se servir de leur atout principal, la vitesse, pour faire le pressing en défense, et à se montrer agressifs envers leurs adversaires, supérieurs en taille, afin de les pousser à la faute offensive. Bien que dominés physiquement, les Wildcats se débrouillèrent, grâce à leurs tireurs de lancer franc et au troisième panier à trois points de Damon, pour atteindre à la mi-temps un score respectable de trente-sept à quarante-trois.
— J’arrive pas à croire que le score est si bas, s’étonna Ali.
Et Jannie d’ajouter :
— Je parie que Georgetown est du même avis.
— Davidson a une bonne défense, je vous l’accorde, dit Nana entre deux bouchées du hot-dog que Bree lui avait apporté.
— Tu penses qu’ils vont tenir longtemps comme ça ? me demanda ma femme.
Je souris en haussant les épaules.
— À mon sens, ils peuvent considérer comme une victoire le fait de n’avoir que six points de retard à la mi-temps d’un match contre une équipe de niveau national.
Ali insista :
— Donc pour toi, s’ils perdaient par douze points, ce serait quand même une victoire ?
— Bon, disons une belle performance, concédai-je.
— C’en est déjà une ! renchérit Bree. Leur résistance m’impressionne.
La seconde mi-temps se révéla encore plus rude que la première. Georgetown revint sur le parquet avec la ferme intention d’écraser Davidson pour de bon. Mais les Wildcats réduisirent l’avance des Hoyas à quatre points puis à un seul lorsque Damon passa le ballon à Barnes, qui marqua de derrière la ligne des trois points.
Après quoi, deux des meilleurs joueurs de Georgetown furent exclus pour avoir commis cinq fautes. Il n’y avait plus que dix minutes de jeu. L’inquiétude se lisait sur les visages des Hoyas, sentiment que partageait le public, quand leur coach demanda un nouveau temps mort.
Les Wildcats paraissaient gonflés à bloc, en particulier Ott, Barnes et Damon, que je n’avais jamais vu aussi survolté. Winston l’ayant laissé sur le terrain, mon fils montra son talent avec deux paniers à trois points, puis trois à deux points et enfin un lancer franc.
À une minute de la fin du match, le score était à égalité. En dépit de leur scepticisme, Ali et Nana se levèrent pour applaudir Davidson à tout rompre. Les Hoyas marquèrent un layup facile sur leur possession suivante. Puis Barnes parvint à passer le ballon à Ott dans la raquette ; celui-ci le déposa dans le panier et provoqua une faute. Son lancer franc rentra alors qu’il ne restait que vingt-neuf secondes de jeu. Menée d’un point, Georgetown réclama un temps mort.
— Je vais finir par m’évanouir si ce suspense dure, gémit ma grand-mère.
Jannie et Ali lui prirent chacun une main.
— Comme ça, nous te retiendrons, la rassura ma fille.
Le téléphone de Bree sonna. Elle répondit puis écouta en silence.
— J’y vais tout de suite, dit-elle à la personne au bout du fil, avant de raccrocher.
— Tu ne peux pas partir maintenant ! protestai-je.
— Pas le choix. Un meurtre à Georgetown, dans le quartier où Walker a été abattue.
— Mais c’était il y a des heures !
— Je préfère ne rien négliger, au cas où.
— Veux-tu que je t’accompagne ?
— Impossible ; tu es sous contrat avec le FBI. Michaels aura ma tête si je te laisse t’en mêler. Tu me donneras le résultat du match par texto ?
Je le lui promis et l’embrassai.
— Sois prudente.
Elle se faufila le long de la travée, et avait déjà disparu quand l’arbitre siffla la reprise. Depuis les limites du terrain, les Hoyas firent arriver le ballon jusqu’à la raquette adverse en trois passes longues et précises. Mais la défense coriace des Wildcats les empêcha d’avoir une ouverture de tir.
Lors de leur quatrième passe, Barnes se projeta en avant, intercepta le ballon et l’envoya à Ott qui le claqua dans le filet de Georgetown. Plus que dix-huit secondes à jouer.
— On a trois points d’avance ! hurla Ali.
Il ne restait de temps mort à aucune des deux équipes. Bien que gênés dans leur progression par Barnes et Damon, les Hoyas tentèrent une remontée éclair ; mais lorsqu’ils voulurent faire une passe lobée à leur pivot qui se trouvait dans la raquette, Ott sauta et repoussa le ballon. Le meneur des Hoyas l’attrapa quand même avant qu’Ott puisse le récupérer, puis le lança au meilleur tireur extérieur de Georgetown.
Comme celui-ci se mettait en position, je fus certain que nous allions droit vers une prolongation. Mais Damon déboula latéralement, et bondit devant lui en faisant des moulinets avec sa main droite.
Le ballon s’envola, les doigts de mon fils l’effleurèrent, ce qui dévia sa trajectoire juste assez pour qu’il ricoche sur l’arceau et atterrisse dans les mains habiles de Barnes, lequel fonça en dribblant, avec sur ses talons les Hoyas qui cherchaient à le toucher et à faire une faute défensive, stratégie classique pour stopper le chronomètre.
Mais Barnes était trop rapide. La sonnerie de fin de match retentit ; fous de joie, les Wildcats se congratulèrent.
— C’est le miracle de l’année ! s’écria Jannie.
Tout notre petit groupe acclama Damon et son équipe avec autant de fierté que s’ils s’étaient qualifiés pour le « Final Four », les demi-finales du championnat universitaire.
OceanofPDF.com
1. Agence fédérale chargée de missions touchant à la sécurité intérieure et au trésor public, comme la protection du
président et du vice-président des États-Unis, la lutte contre la fausse monnaie et la fraude fiscale, etc.
2. Police fédérale chargée de la protection du Congrès et de ses membres.
3. Grand Old Party (littéralement « Grand Vieux Parti »), surnom du Parti républicain.
4. Rebaptisé en 2017 sous le nom de « Capital One Arena ».
5. Tir en sautant tout en soulevant le ballon jusqu’au panier avec la paume de la main, le plus souvent après un « double-
pas », c’est-à-dire deux pas sans dribbler.
6. National Collegiate Athletic Association. Association chargée d’organiser les compétitions universitaires.
7. Équipe professionnelle de baseball, qui fait partie de la Major League Baseball.
8. Action spectaculaire qui consiste à sauter à hauteur du panier – et parfois l’empoigner – pour plonger avec force le
ballon dans le filet.
9. Zone restrictive située entre la ligne du lancer franc et le panier.
OceanofPDF.com