Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

James Patterson · Chapitre 45 sur 101

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Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

Chapitre 48

Il ôta la fausse prothèse auditive de son oreille gauche et tira sur le fil ultra fin qui reliait l’amplificateur de son à l’écouteur auriculaire. Il enroula la douzaine de centimètres de fil obtenu autour du bornier de raccordement entre le plus large des compteurs et le gros câble électrique alimentant le complexe. Puis il utilisa une lingette pour nettoyer la prothèse ainsi que tous les endroits qu’il avait touchés.

Il essuya également les poignées, intérieure et extérieure, du local, avant de repartir par où il était venu. À droite de la cage d’escalier se trouvait une porte qu’il ouvrit grâce à son passe. C’était un cagibi où l’on entreposait gobelets en carton, nappes, serviettes en papier et autres fournitures.

Derrière un stock de papier hygiénique étaient dissimulés les objets et les vêtements qu’il avait apportés la veille : ses deux mini-pistolets en pièces détachées, un postiche blond-roux, des lentilles de contact colorées, une tenue complète, un badge.

Cruz retira sa combinaison de travail, la plia, puis assembla les armes avant de les insérer sous ses avant-bras dans les manchettes en résine. Il mit les lentilles ; ses iris étaient à présent d’un bleu éclatant. Enfin, il enfila pantalon, chaussures, chemise et gilet, le tout uniformément noir.

Il plaça un col blanc de pasteur avec le postiche par terre près de lui au fond du cagibi et après s’être installé sur plusieurs rouleaux d’essuie-tout, attendit son heure, méditant et somnolant dans une obscurité totale.

L’anxiété n’avait pas droit d’accès à son esprit.

Ni la peur. Ni la récapitulation du plan. Ni les rêves d’avenir.

Cruz n’était plus personne, l’espace et le temps n’existaient plus pour lui : il était devenu l’incarnation de la mort.

 

48.

À 4 h 50 ce vendredi matin, Kristina Varjan entrait dans un ascenseur vide au George Washington University Hospital, et pressait le bouton du quatrième étage.

En uniforme de personnel soignant, son apparence modifiée par une longue perruque auburn nouée en queue de cheval, des lentilles couleur noisette et des lunettes, elle tenait un kit de prise de sang dans sa main gauche et sur sa poitrine était épinglé un faux badge de GW : TERRI LE GRAND, PHLÉBOTOMISTE. Une copie quasiment parfaite du passe d’un employé de l’hôpital pendait à sa ceinture.

Tandis que la cabine s’élevait, Varjan se demanda s’il avait été judicieux d’allumer deux pétards M-80 scotchés à une paire de grenades fumigènes et de les balancer dans une poubelle au tournoi Victorious.

En tout cas, sa diversion lui avait permis de s’échapper. Non seulement ça, mais plus encore. Ces deux types étaient du FBI, les mêmes agents qui avaient investi sa chambre au motel. Elle les avait reconnus à la seconde où elle avait posé les yeux sur eux à Atlantic City.

Qu’aurait-elle pu faire d’autre ? Il lui fallait bien envoyer un message fort ?

Oui, de cela elle était certaine. Elle avait été maligne de se servir des fumigènes, et ce pour plusieurs raisons. Mais comment les fédéraux avaient-ils retrouvé sa trace ?

Elle n’eut pas le temps de s’interroger plus avant car l’ascenseur ralentit et tinta. Les portes de la cabine s’ouvrirent, elle sortit.

Dans le couloir, elle adopta un pas tranquille, bâilla en se couvrant la bouche avec sa manche.

Au comptoir d’accueil à l’éclairage tamisé, une infirmière travaillait sur un ordinateur.

— Salut ! lui dit Varjan avec un sourire. Je suis là pour Jones et Hitchcock.

La femme, une quadragénaire au type philippin, portait un sweat-shirt blanc par-dessus sa blouse et un badge avec son prénom, Brita. Elle inclina la tête sur le côté, surprise.

— Vous arrivez drôlement tôt !

— Je fais la garde du matin. Des heures sup, chuchota-t-elle sur un ton complice. D’habitude, je viens le vendredi après-midi, mais j’ai besoin de bosser plus.

Brita chaussa des lunettes, pianota sur le clavier et demanda :

— Quels médecins réclament les prélèvements ?

Varjan consulta son bloc-notes à pince.

— Meeks pour Jones. Albertson pour Hitchcock.

— Dommage de les réveiller, s’apitoya l’infirmière. Surtout Hitchcock qui a eu une mauvaise nuit.

— Je pourrais monter au labo pour commencer et repasser plus tard, si ça vous arrange.

— Non, allez-y. Je dois gérer le changement de nos équipes dans cinq minutes.

— Merci, Brita.

Varjan longea le couloir en direction des chambres et ralentit devant celle de Hitchcock. Jetant un regard en arrière, elle constata que l’infirmière en chef était de nouveau absorbée par sa tâche sur l’ordinateur.

Elle dépassa rapidement la porte de Hitchcock et la suivante, inspira à fond, et se servit de son coude pour pousser la troisième, celle de la chambre individuelle occupée par Arthur Jones.

Le malade était au lit, sa peau grise éclairée par les divers écrans de contrôle qui l’entouraient. Dans un fauteuil au fond de la pièce, sous une couverture, ronflait doucement une femme d’un âge avancé. Varjan déglutit avec peine. La situation aurait pu être pire, mais cet imprévu allait quand même la compliquer.

Heureusement, Varjan était flexible et savait s’adapter aux circonstances. Tout en s’approchant sans bruit du lit et de l’écheveau de tuyaux reliés au patient, elle concoctait déjà des prétextes plausibles à sa présence au cas où la gêneuse se réveillerait. Mais celle-ci ne bougea pas pendant que Varjan disposait son matériel sur une table.

Jones, en revanche, fut tiré du sommeil dès qu’elle lui enfila un oxymètre sur le doigt pour mesurer la saturation d’oxygène dans son sang, puis un tensiomètre autour du biceps.

— Bon sang, il est quelle heure ? maugréa-t-il d’une voix endormie.

Varjan soutint son regard, sourit et murmura :

— Bientôt 5 heures, monsieur.