Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)
Chapitre 29
— J’aime grave ce magasin ! déclara Ali tandis que nous attendions sur le trottoir.
— J’ai vu ça, surtout au moment où tu as mangé la patte de poulet marinée.
— N’empêche que je l’ai fait.
— Effectivement. Et avec style, dois-je préciser.
Ravi de l’éloge, il m’étreignit.
— Je t’adore, mon papa.
— Moi aussi, bonhomme, lui assurai-je, le serrant fort en retour. Mon petit poulet.
29.
Une heure plus tard, cela sentait divinement bon dans la cuisine, où Nana Mama aidée d’Ali faisait revenir à la poêle la farce des rouleaux de printemps. Mon téléphone vibra.
C’était Ned Mahoney.
— Alex ? Tu es seul ? dit-il dès que je décrochai.
— Donne-moi une minute, répondis-je, avant de couper le micro. Il faut que je prenne cet appel, Nana.
— On dîne à 19 heures. Bree a promis d’être rentrée à temps.
Je descendis dans mon bureau au sous-sol et refermai la porte derrière moi.
— Vas-y, Ned, je t’écoute.
— Nous avons un nouveau suspect potentiel pour le meurtre de la sénatrice Walker.
Il me parla d’un certain Viktor Kasimov, homme d’affaires russe très proche du Kremlin. Moscou l’envoyait de temps à autre comme émissaire à Washington. Des tractations hors voie officielle menées sous couvert de diplomatie.
— Ce lascar est par ailleurs un dégénéré, un hypocrite et peut-être même un violeur.
Ned me raconta que le Russe était soupçonné d’une série de viols perpétrés aux États-Unis et en Europe, qui avait commencé durant sa dernière année d’études à UCLA en Californie. Kasimov, aussi rusé qu’intelligent, n’hésitait pas à employer argent et avocats pour faire taire les plaignantes, tout en se servant de son passeport diplomatique pour se soustraire aux autorités.
Il avait en outre la réputation d’être un intermédiaire entre Moscou et des factions du Moyen-Orient cherchant à conclure des contrats d’armement, accusation qu’il avait toujours catégoriquement réfutée.
— Il est glissant comme une anguille, expliqua Ned. Il vit la moitié du temps sur un yacht ancré dans les eaux internationales, où il ne peut être ni arrêté ni détenu. Mais il a commis une erreur il y a deux semaines. Après avoir passé la nuit à faire la fête à Mexico, il s’est rendu à Los Angeles en jet privé. Devine qui l’attendait à l’aéroport ?
— Je donne ma langue au chat.
— La police d’État et le procureur général de Californie, ainsi que… la sénatrice Betsy Walker ! Il paraît que pendant son dernier séjour à L.A., Kasimov a abusé d’une de ses amies après lui avoir administré en douce la drogue du violeur.
Je gardai le silence.
— Bien qu’il ait invoqué à cor et à cri son immunité diplomatique, il a fini dans la prison du comté, poursuivit Ned. Il y est resté presque une semaine avant qu’une armée d’avocats payés par les Russes obtienne d’un juge sa libération sous une caution de deux millions de dollars.
— Chaque minute naît un imbécile heureux.
— Exactement. Bref, Kasimov a donné un chèque du montant complet. Donc pas besoin de garant. Mais écoute la partie la plus intéressante. Il est sorti du tribunal fou furieux contre Betsy Walker, en disant qu’en Russie on l’aurait incarcérée ou exécutée.
— Et là-bas on coupe les couilles aux violeurs.
— Tu as sans doute raison, ricana Mahoney.
— Laisse-moi deviner la fin. Il a filé malgré la caution de deux millions de dollars ?
— Justement non, Alex. Il n’a pas quitté le pays.
— On ne l’a pas mis sous surveillance ?
— Bien sûr que si. Kasimov et son entourage proche ont pris un vol régulier de L.A. à Washington la semaine dernière. Après un rendez-vous à l’ambassade de Russie, il a loué une suite au Mandarin Oriental. Depuis, on ne l’a pas vu à l’extérieur de l’hôtel. Ça fait six jours. Son secrétaire prétend qu’il a une vilaine grippe, attrapée en prison à cause de la sénatrice.
— Il ne porte pas de bracelet électronique à la cheville ?
— Ce n’était pas une condition de sa libération.
— Totalement abruti, ce juge
— Ou totalement corrompu.
— Tu penses que Kasimov en voulait à Betsy Walker au point de la tuer ?
— Ou de commanditer son meurtre ? Oui. C’est la rumeur qui court. Et il y a autre chose.
— Quoi donc ?
— C’est un sacré bon tireur à la carabine et au pistolet. Onzième au classement général des derniers Jeux olympiques.
— Et il se trouvait toujours à Washington hier ?
— Effectivement.
— Dans ce cas, nous devrions avoir une petite conversation avec lui au plus vite.
— On se retrouve au Mandarin dans une heure ?
Je regardai ma montre : 18 h 20.
— Disons plutôt deux. Ali et Nana Mama nous concoctent un festin, et je sais que Bree tiendra à y faire honneur.