Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

James Patterson · Chapitre 65 sur 101

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Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

Chapitre 69

Pareillement, le ministre des Affaires étrangères avait informé peu de gens de cette brève escapade. Son garde du corps précisa toutefois que ses principaux conseillers avaient été avertis qu’il séjournerait au lodge.

— Ils étaient dans tous leurs états, rapporta Crown. Inquiets de ne pas pouvoir le joindre sur son portable. Comme quoi ils n’avaient pas tort.

— Nous reparlerons de ça plus tard, fis-je. On a pu déterminer d’où venaient les tirs ?

L’un des techniciens du FBI intervint :

— Nous n’en sommes pas encore à ce stade.

Pritchard, le ranger, cracha du tabac chiqué dans un gobelet en polystyrène et grommela :

— Moi, j’ai la réponse. Ils ont tiré depuis cette colline là-bas, derrière les champs. Je dirais à cinq cents, peut-être cinq cent vingt-cinq mètres de distance.

— Pure conjecture, rétorqua le technicien.

Pritchard lui décocha un regard torve tout en lissant sa moustache.

— Mon garçon, je te garantis que je peux t’amener à moins de trois mètres de l’endroit où les snipers étaient à l’affût.

— Vous êtes donc déjà allé voir ? en déduisit Ned.

— J’ai beau être un plouc, monsieur l’agent spécial, ironisa le ranger, je ne suis pas un imbécile.

 

69.

 

Pritchard nous invita à monter dans son pick-up. Un malinois noir allait et venait sur la banquette arrière, cloisonnée par un grillage.

— Mon brave Samba vous sera utile. Le meilleur chien du Texas pour une chasse à l’homme, sans me vanter. Il a remporté toutes les compétitions de Houston à Dallas, à la régulière.

— Vous ne croyez pas que les tueurs ont quitté le comté à l’heure qu’il est ? objecta Ned.

— Si, probablement. Mais Samba pourra malgré tout nous indiquer par où ils sont partis et quelle zone doivent ratisser vos gars de la scientifique.

Sa proposition me semblait judicieuse. Pritchard emprunta un chemin qui nous mena au pied de la colline. Nous sortîmes du pick-up et gravîmes une pente rocailleuse où poussaient de la sauge et des plantes du désert en fleurs qui embaumaient.

De tels parfums n’évoquent pas une scène de crime, me dis-je comme nous atteignions la crête. Ned reprit son souffle tandis que Pritchard arrivait flanqué de son chien, les techniciens du FBI fermant la marche.

Le ranger rajusta son ceinturon, puis lâcha le malinois.

— Cherche, Samba ! Cherche !

Le chien dressa les oreilles, puis s’élança, la queue levée, en décrivant des cercles sous le vent. Il ralentit après avoir contourné des arbrisseaux, renifla l’air de sa truffe palpitante. Sans vraiment m’y connaître en comportement canin, j’eus l’impression qu’il était perdu.

— Cherche ! répéta Pritchard.

Le malinois retrouva de l’allant. Il repartit au trot, parcourut une quarantaine de mètres avec détermination avant de rebrousser chemin. Durant quelques instants, on ne vit plus que sa queue qui frétillait au-dessus de la végétation.

Soudain, Samba se figea. Il commença par geindre, la respiration sifflante, puis jappa de douleur. Il bondit en arrière et tournoya sur lui-même en se frottant frénétiquement le museau.

— Merde ! grogna le ranger, qui se précipita vers son chien. Il a débusqué un porc-épic ou quoi ?

Il saisit Samba, lequel pleurait toujours et se grattait de plus belle.

— Bordel, c’est pas des piquants ! pesta-t-il. Ils ont dû répandre du chlore pur ou du poivre de Cayenne, voire les deux !

Je fis signe aux techniciens de ne pas bouger. Équipés de couvre-chaussures bleus, Ned et moi avançâmes parallèlement, à trois mètres d’écart, pour inspecter les fourrés alentour.

— J’ai quelque chose ! annonça Ned.

Au même moment, mes yeux se posaient sur une boîte rectangulaire traînant par terre.

— Moi aussi.

Je contournai un buisson, enfilai des gants en latex, m’accroupis et ramassai l’objet. De la taille d’un livre relié, il comportait des fentes à l’avant, un ventilateur en dessous, un panneau de commandes et un logo.

— Quelqu’un sait à quoi sert un Ozonics ? demandai-je à la ronde.

Pritchard avait calmé la pauvre bête et rattaché sa laisse.

— C’est un diffuseur d’ozone. Les chasseurs l’utilisent pour éliminer leur odeur, expliqua-t-il. Nos snipers sont malins.

— Pourquoi donc ? m’enquis-je.

— Le vent soufflait en direction de l’hacienda. Si les chiens du lodge avaient flairé leur présence, ils auraient aboyé et seraient certainement venus fureter par ici. Ces salopards ont vraiment paré à toute éventualité.

Je m’apprêtais à abonder dans le sens du ranger, quand Ned brandit une autre boîte métallique, moins grosse que la mienne.

— C’est quoi ce truc, monsieur Pritchard ?

Celui-ci ordonna à Samba de se coucher et alla voir ce qu’il en était. Après un examen minutieux de l’appareil, il s’adressa à l’un de ses adjoints :

— Tu as ta radio, Devin ?

L’homme acquiesça d’un signe.

— O.K., contacte-moi.

Devin s’exécuta, mais le récepteur de Pritchard ne capta rien.

— Un brouilleur, annonça-t-il. Pas surprenant que le téléphone satellite ait été hors service.

Ned fit soudain remarquer :

— On dirait que le sable a été balayé sur l’autre versant de la colline.

— Samba serait-il capable de flairer une piste en bas ? demandai-je à Pritchard.

— Son odorat est foutu pour aujourd’hui, répondit-il en secouant la tête.

— Vous connaissez bien la région ? s’enquit Ned.