Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

James Patterson · Chapitre 13 sur 101

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Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

Chapitre 11

Il rabattit le capot de l’ordinateur, se rendit dans le vestibule et pressa le bouton du haut-parleur.

— Oui ? Qui est-ce ?

Une voix féminine à l’accent traînant du sud répondit :

— Un cadeau de votre agent très content de vous.

Un cadeau sous cette forme ? Bien qu’exceptionnelles, les primes en nature n’étaient pas si rares dans le domaine d’activité d’un assassin, en particulier lorsque la cible avait été aussi sensible que celle-là. Pourtant, il se sentait mal à l’aise.

— Alors ? ronronna la femme. Je monte ? Ou dois-je repartir et lui dire que vous n’étiez pas intéressé ?

Indécis, Lawlor calcula : Ça fait combien de temps ? Trois semaines ? Non, au moins quatre.

Il déclencha l’ouverture du hall en indiquant :

— Deuxième étage, au bout du couloir.

 

11.

 

Émoustillé mais prudent, Lawlor fonça dans la chambre, où il revêtit un pantalon noir en toile et un tee-shirt de même couleur à col en V, avant de sortir de sa valise un couteau à cran d’arrêt protégé par une gaine dont il noua la bride autour de sa cheville. Puis il coinça un petit pistolet Ruger neuf millimètres entre ses reins sous sa ceinture.

Un coup discret résonna à la porte d’entrée. En baskets, il marcha à pas feutrés jusqu’au vestibule, et à travers l’œilleton vit une femme d’une bonne trentaine d’années, très chic dans un long manteau noir en fausse fourrure qui mettait en valeur sa chevelure de jais, ses pommettes hautes, ses lèvres rubis et sa peau très pâle.

Spectaculaire ! s’extasia-t-il en son for intérieur tandis qu’il tournait la poignée. Une putain d’œuvre d’art !

Lorsqu’elle pénétra dans l’appartement, Lawlor huma son parfum ainsi que son enivrante odeur corporelle.

Il referma la porte, saisit la visiteuse par le poignet et la fit pivoter face au mur, contre lequel il la plaqua fermement.

— Hé ! protesta-t-elle, sans pour autant se débattre.

— Mains en l’air, à plat sur le mur, ordonna-t-il. Je dois fouiller ton sac et tes poches.

— Que cherchez-vous ? demanda-t-elle tout en obéissant.

— Des choses que je n’aimerais pas trouver.

Il lui retira son sac et le mit sur le sol. Puis il la palpa par derrière, de haut en bas. Rien.

— Tourne-toi et ouvre ton manteau.

Avec un soupir, elle s’exécuta et détacha les deux agrafes qui maintenaient le vêtement fermé.

Les pans s’écartèrent, dévoilant un corps affûté ; la femme ne portait en tout et pour tout que de la lingerie noire en dentelle, des bas assortis, de longs gants et des escarpins à talons aiguilles.

— Surprise ! lança-t-elle avec un sourire coquin.

— Mes excuses, poupée, fit Lawlor. Une vieille habitude.

— Vous étiez flic ? s’enquit-elle, nerveuse.

— Soldat, rectifia-t-il en ramassant le sac à main.

— De quel pays venez-vous ?

Il ignora la question, occupé à faire l’inventaire du sac : un smartphone, deux préservatifs, un élastique à cheveux noir, un petit flacon de lubrifiant, une paire de gants chirurgicaux en latex, une brosse anti-peluches, un bonnet de douche dans son étui offert par l’hôtel Willard, des pastilles mentholées, un rouge à lèvres.

— Pourquoi les gants ? s’étonna-t-il.

Elle eut une moue narquoise.

— Certains messieurs réclament un massage de la prostate.

— C’est pas mon truc, grommela Lawlor.

Elle haussa les épaules.

— On a fini, ou vous voulez une fouille au corps ?

— C’est bon, fit-il, et il lui rendit son sac.

— Vous êtes doué pour mettre l’ambiance, vous ! le taquina-t-elle.

— Donne-moi juste le temps.

Comme elle lui décochait une œillade aguicheuse, il l’invita d’un geste à le précéder dans le couloir.

— Puis-je te prendre ton manteau ?

— Pas encore, il fait partie du strip-tease, roucoula-t-elle avec un rire de gorge, tout en marchant jusqu’au salon. Il est bien, votre appart !

— Airbnb, précisa-t-il.

— Sans blague ? (Manifestement impressionnée, elle observa les lieux, avant de s’approcher du radiateur.) Ça vous dérange si… je monte le chauffage ?

— Je t’en prie.

Elle manipula le thermostat, puis se retourna pour évaluer Lawlor du regard, semblant le trouver à son goût.

— Tu fais de la musculation ? s’enquit-elle, à présent familière.

— Oui. Et toi ?

— Tous les jours. Tu es britannique ?

— Il y a longtemps que j’ai quitté l’Angleterre. Et toi, tu viens d’où ?

— De Floride. Tu es acteur, artiste, ou quelque chose comme ça ?

Perplexe, Lawlor haussa les sourcils.

— Mais si, l’agent « content de toi » ? expliqua-t-elle.

— Oh ! En fait, c’est plutôt un intermédiaire. Je bosse dans la sécurité, et il m’obtient des contrats de garde du corps pour ses stars.

Elle se dirigea vers un fauteuil club en cuir et mit son sac sur le guéridon à côté.

— Ça paraît dangereux comme boulot. Stressant.

— Parfois, admit-il. Veux-tu un verre ? De la vodka ?

Souriante, elle tapota le fauteuil.

— C’est ton stress qu’il faut évacuer, bébé, pas le mien. Allez, mon mignon, assieds-toi là et laisse-moi m’occuper d’absolument tout.

Lawlor la dévorait des yeux. Ça doit faire au minimum un mois.

Il s’installa dans le siège. Avec ses dents, elle retira l’un de ses longs gants en cuir et dentelle, prit son smartphone et pressa l’écran tactile jusqu’à ce que s’élève Love Me Harder d’Ariana Grande.

Elle posa l’appareil sur le guéridon et renfila son gant, puis dansa en rythme avec la musique, balançant les hanches, jouant avec les pans de son manteau pour lui offrir de brefs aperçus de ce qu’il avait déjà admiré. Soudain, elle se mit à califourchon sur lui et se frotta doucement contre son entrejambes tout en approchant sa bouche pulpeuse de la sienne.

Plaqué contre le dossier, Lawlor sentait son pistolet s’enfoncer entre ses reins ; il ajusta sa position pour mieux savourer le baiser. Son excitation était déjà à son comble lorsque la femme s’écarta. Elle promena ses doigts habillés de cuir le long du torse de l’assassin, stoppa à la taille. Puis se releva sans le quitter de ses yeux brillants, au moment où le refrain reprenait.

Chantant en chœur, elle recula de quelques pas et laissa le manteau s’ouvrir en grand.

— Alors, ça te plaît ?

— Il faudrait être débile pour ne pas adorer, ma belle, gloussa-t-il.

Satisfaite de la réponse, elle le rejoignit en se trémoussant, lui effleura à nouveau la poitrine, puis se plaça derrière le fauteuil. Comme elle se penchait pour lui caresser la nuque des lèvres, sa chevelure retomba sur le visage de Lawlor.

— Ça va être bon, chuchota-t-elle à son oreille. Très, très bon.

Un frisson le parcourut quand elle titilla son lobe du bout de la langue.

— Mmm, c’est déjà délicieux.

— Attends la suite, mon mignon, souffla-t-elle, avant de se redresser et de lui passer une corde de piano autour du cou.

 

12.

Au cours de sa fouille, Lawlor n’avait pas détecté la corde que Kristina Varjan avait cachée dans la doublure de la manche droite de son manteau. Toutefois, à la seconde où il la sentit sur sa gorge, il dut comprendre ce qui lui arrivait.

En professionnel aguerri, il n’essaya pas de lutter ni de saisir la boucle d’acier que Varjan serrait et tirait brutalement en arrière. Au contraire, il cambra le dos.

Il a une arme sous sa ceinture ! devina-t-elle aussitôt, se rappelant qu’il avait changé de position quand elle était à califourchon sur lui. Un flingue !

Dans la main gauche de Lawlor s’était matérialisé un petit Ruger ; le tueur à gages le leva et appuya sur la détente, une demi-seconde trop tard, car elle avait eu le réflexe de se jeter de côté, tout en gardant sa prise sur la corde. Le pistolet aboya. Sa gueule était si proche de l’oreille de Varjan qu’elle crut son tympan rompu par la détonation.

Des années de pratique l’aidèrent à ravaler la douleur et à tenir bon. Comme Lawlor, à moitié étranglé, s’efforçait de la viser à nouveau, elle libéra une main pour l’abattre sauvagement sur son trapèze, à la jointure avec la nuque.

Le coup paralysa le bras de l’homme. Le pistolet fit feu une deuxième fois, mais la balle manqua largement son but. Varjan continua à frapper jusqu’à ce que l’autre lâche son arme.

Elle resserra la corde de ses deux poings, un genou planté dans le dossier du fauteuil pour une meilleure traction ; Lawlor hoquetait déjà violemment quand elle entendit l’acier du fil couper la peau puis entamer le muscle.

Le tueur se cambra de plus belle, sortit un cran d’arrêt qu’il avait dissimulé et essaya de la poignarder. Sans succès.

Tout en esquivant la lame, elle tirait la corde en arrière de toutes ses forces, et il y eut un bruit semblable à celui d’un melon que l’on tranche lorsque le garrot pénétra dans la trachée. Lawlor émit des gargouillements, cessa d’attaquer Varjan avec le couteau, qu’il abandonna, puis de sa main valide agrippa frénétiquement la corde pour l’extirper de sa gorge.

Sauf qu’à chacun de ses mouvements, l’acier s’enfonçait davantage ; ses efforts désespérés ne firent qu’accélérer la fin. Au bout de trente secondes, il s’affaissait, mort.

Varjan lâcha enfin le garrot, et s’écroula à quatre pattes, la poitrine palpitante, les doigts engourdis, le front baigné de sueur. Hors d’haleine, elle resta dans cette position quelques instants avant que l’instinct reprenne le dessus.

Les coups de feu avaient changé la donne. Consciente du danger à s’attarder là trop longtemps, elle regarda sa montre : 16 h 12.

Encore essoufflée, elle ramassa son sac à main tombé par terre pendant la lutte, y récupéra le bonnet de douche ainsi que les gants en latex qu’elle échangea contre ceux en cuir tandis qu’elle courait jusqu’au vestibule. Puis elle enfila le bonnet tout en observant le couloir par l’œilleton, l’oreille aux aguets. Aucune porte ouverte sur le palier. Aucun curieux alerté par le vacarme. Mais si les voisins du dessous ont tout entendu ? Et s’ils ont appelé les flics ?

Elle consulta à nouveau sa montre. Une minute et quarante secondes s’étaient écoulées, auxquelles il fallait ajouter environ une minute depuis la seconde détonation. Regagnant le salon, elle écarta les rideaux de la fenêtre à guillotine pour jeter un coup d’œil dehors : quelques piétons sur les trottoirs, pas de policiers en vue. Et pas de sirène hurlant au loin.

Par précaution, elle remonta une vitre afin de mieux entendre les bruits de la rue, avant de se planter devant Lawlor, qui était avachi dans son fauteuil, les yeux exorbités et vitreux, le visage d’un bleu blafard.

La corde de piano lui avait tranché la carotide. Du sang imbibait son tee-shirt et formait une large flaque sur ses cuisses.

La brosse anti-peluches servit à Varjan à éliminer tout cheveu ou fragment de peau qu’elle aurait pu laisser sur les vêtements de l’homme. Puis elle chercha des sacs-poubelle, et en dénicha un rouleau dans le placard sous l’évier de la cuisine.

Elle détacha deux sacs et en posa un sur la paillasse. Munie de l’autre, elle retourna auprès de Lawlor, dégagea la corde de sa gorge et l’emballa.

Elle repartit dans le vestibule, regarda à nouveau par l’œilleton. Rien. Elle écouta à la fenêtre. Tout était tranquille.

À l’aide d’une éponge et de détergent au chlore trouvés dans la salle de bains, Varjan essuya toutes les parties du corps de l’assassin qu’elle avait touchées, même celles couvertes de sang. Elle nettoya également le tapis sur lequel elle avait transpiré à genoux, puis fourra l’éponge dans le sac-poubelle contenant déjà la corde.

Presque un quart d’heure avait passé depuis les tirs, et pourtant toujours aucune sirène.

Rassurée, Varjan procéda à une fouille rapide de l’appartement. Une coûteuse lunette de visée thermique était cachée dans le tiroir de la table de nuit. Elle la rangea dans son sac à main ainsi que le téléphone et le passeport de Lawlor. En revanche, elle laissa le portefeuille, après l’avoir délesté de cinq cents dollars.

Au moment de mettre l’ordinateur dans l’autre sac-poubelle, elle se ravisa et souleva le capot. À sa surprise, l’écran affichait non pas une demande de mot de passe, mais un compte bancaire au Panama avec plus de deux millions au crédit, en euros et livres sterling. Elle faillit éclater de rire en constatant que la connexion était toujours active. En cinq minutes, le compte était vide et les fonds transférés sur celui de Varjan au Salvador.

Entre cette somme et la rémunération pour l’assassinat de Lawlor, c’était décidément la journée la plus rentable de sa carrière !

La sonnerie de son smartphone la fit tressaillir. Mais elle décrocha.

— C’est bon ? s’enquit Piotr.

— Tout baigne. Je suis sur le point de filer, confirma-t-elle, son accent du sud envolé, en même temps qu’elle déconnectait le site de la banque du Panama et effaçait l’historique.

— Son téléphone ? Son ordinateur ?

— Déjà emballés. Je les déposerai là où vous m’avez laissé le manteau.

— Parfait.

— Piotr, dois-je protéger mes arrières à partir de maintenant ?

— Je ne comprends pas.

— Bien sûr que si. Ce type n’était pas ici pour s’amuser, je regarde les infos.

— Votre mission se bornait au nettoyage, alors il n’y a pas de raison de nettoyer la nettoyeuse.

Varjan n’avait confiance en personne, et encore moins en Piotr, mais il était inutile d’en rajouter.

— Mon paiement ?

— Dans une heure, ça ira ?

— Très bien.