Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)
Chapitre 13
Piotr se racla la gorge.
— Avez-vous prévu de quitter tout de suite les États-Unis ou seriez-vous intéressée par d’autres contrats ?
Elle additionna mentalement l’argent qu’elle venait de subtiliser dans le compte secret de Lawlor, les honoraires qui lui seraient versés bientôt, et ses économies mises en lieu sûr à divers endroits dans le monde.
— Cela dépend des dates, finit-elle par répondre. Et de la paye.
— Ce sera dans quatre jours, pour un montant à sept chiffres. Les instructions vont suivre. Dans l’intervalle, j’imagine que vous saurez vous divertir quelque part sur la côte Est ?
Un sourire malicieux aux lèvres, elle se dirigea vers la porte de l’appartement.
— Oh oui, ça c’est sûr !
13.
Au milieu de la foule qui se hâtait vers le Verizon Center à Gallery 4 Place, un énorme complexe omnisports situé dans le Northwest, je m’arrêtai pour dévisager Bree.
— Tu me fais marcher ? Michaels exige que tu résolves le meurtre de Walker comme preuve que tu es digne d’être chef ?
— Il veut que je serve à Ned la tête du coupable sur un plateau, confirma Bree avec humeur. Je ne comprends pas. Je pensais pourtant avoir fait du bon boulot jusqu’à maintenant.
— Mieux que ça, tu as été parfaite !
— Je crois qu’il aimerait que je te remplace. Sauf que tu es irremplaçable.
— Eh bien, merci du compliment, mais tu es une enquêtrice hors pair, Bree. Puisqu’il redéfinit ton poste, vas-y, fonce !
— Et comment dois-je m’y prendre pour trouver ce tueur ? objecta-t-elle, les bras croisés. M’imposer à tous, au FBI, au Secret Service, à la police du Capitole, en disant « dégagez vos fesses de là, c’est moi la chef » ?
— Je t’imagine bien sortir ça, gloussai-je.
— Tu m’aides beaucoup, Alex.
Apitoyé par son air misérable, je la serrai contre ma poitrine.
— On surmontera tous les obstacles, la rassurai-je en lui frottant le dos. Tant que nous sommes ensemble, rien…
— Papa, grouillez-vous ! Le match va commencer !
Je me tournai vers le Verizon Center ; Jannie, emmitouflée dans une doudoune bleue, nous faisait de grands signes sur le trottoir devant l’entrée.
— On arrive ! (Je relevai le menton de Bree.) Oublions toute cette histoire pendant une heure et demie, O.K. ? Damon est là.
Elle opina avec un sourire.
— Je suis si contente de le voir !
— Et moi donc, renchéris-je.
Un bras autour de ses épaules, je l’entraînai et nous pénétrâmes dans le complexe, où des préposés à l’accueil contrôlèrent nos tickets. Les enceintes déversaient de la techno assourdissante. Jannie, Nana Mama et Ali s’étaient regroupés aux dixième et onzième rangs des gradins surplombant le centre du terrain. Je m’assis près de ma grand-mère, tandis que Bree prenait place derrière nous avec Jannie et Ali.
— Ça se présente comment ? demandai-je.
— Davidson contre Goliath, soupira Nana Mama, fan inconditionnelle de basket-ball depuis toujours. Et ça me fait mal de le dire, mais à quelques notables exceptions près, les joueurs de Davidson ne semblaient pas au top durant l’échauffement.
— Où est passée ta foi, Nana ? lui reprocha ma fille sur un ton irrité. Nous pourrions assister à un miracle, ce soir. Tout est possible après le coup d’envoi.
— Si Georgetown joue à son niveau habituel, Davidson va se faire écraser ! commenta Ali qui regarde à la télévision quantité de matchs avec ma grand-mère.
L’ambiance musicale changea, la techno remplacée par une fanfare universitaire entamant le célèbre Final Countdown. Accueillis par des jeux de lumière, les basketteurs de Georgetown University, les Hoyas, déboulèrent dans la salle.
Pendant qu’ils faisaient quelques exercices de layups de dernière minute, 5 leurs supporters les applaudirent et tapèrent des pieds avec enthousiasme.
— Voilà les Wildcats ! annonça Jannie.
L’équipe de Davidson University, en survêtement, arriva à son tour au pas de course et se livra de son côté à un ultime échauffement. Comme l’avait dit Nana Mama, les Wildcats paraissaient nerveux, à quelques exceptions près.
Mon aîné, Damon, était justement l’une d’elles. Ce gaillard d’un mètre quatre-vingt-seize, arrière spécialiste des tirs à trois points, généralement sur le banc de touche en début de match, entra avec assurance, la mine concentrée.
Damon jouait en deuxième division à Johns Hopkins, mon ancienne faculté, quand ses prouesses lors d’une ligue estivale avaient éveillé l’intérêt d’un coach de Davidson, Jake Winston, lequel lui proposa un poste de remplaçant, s’il demandait son transfert dans cette université de Caroline du Nord.
Sous la houlette de Winston, Damon était devenu un solide basketteur de
première division de la NCAA . 6
— Allez, Damon ! hurla Jannie, alors qu’il dribblait et réussissait un joli tir en suspension.
Elle siffla et applaudit, pour ma plus grande joie. Les talents en basket-ball de mon fils s’étaient révélés sur le tard, fruit d’un travail acharné. Sur le plan sportif, Damon avait longtemps été éclipsé par les exploits de Jannie à la course. Et voilà qu’il était maintenant sixième homme, soit premier remplaçant, d’une équipe classée cinquième à l’Atlantic Coast Conference. Quant à ma fille, les universités dotées des meilleures sections d’athlétisme du pays cherchaient à la recruter.
Cela me faisait donc très plaisir de voir enfin mon garçon sous le feu des projecteurs. Et encore plus de constater à quel point sa petite sœur le soutenait.