Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

James Patterson · Chapitre 92 sur 101

Pages du PDF

Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

Chapitre 97

Cruz palpa l’homme et sortit le pistolet de son holster de poitrine.

— Maintenant, ouvre cette porte, dit Varjan au directeur de la sécurité.

Comme celui-ci n’obéissait pas, Cruz plaça le canon de l’arme contre sa tempe en lui soufflant :

— Décide-toi.

— Il faut un code, objecta Stapleton.

Mais il finit par le réciter à contrecœur et Potter enfonça les touches d’un boîtier fixé au mur. Ils entendirent la serrure se débloquer avec un déclic. La lame toujours collée sous le menton de son otage, Varjan le poussa à l’intérieur. Ses deux complices s’empressèrent de les suivre.

— Que personne ne bouge ! ordonna-t-elle aux occupants de la pièce tandis que Cruz refermait le battant d’un coup de pied. Ou cet homme est mort !

 

97.

 

À 18 h 40 ce lundi soir, nous survolions en hélicoptère les faubourgs d’Atlantic City. À travers le cockpit vitré, je voyais en bas la vie se dérouler normalement. Depuis cette hauteur, on n’aurait jamais deviné qu’au cours des derniers jours la nation s’était retrouvée sous le coup de la loi martiale et plongée dans une crise constitutionnelle.

Mon téléphone vibra pour me signaler un SMS. Encore Nina Davis.

Dr Cross, aidez-moi, svp. Je crois qu’on me suit, c’est moi qui suis traquée maintenant. J’ai vraiment peur !

Je relus attentivement le message avant d’écrire : Suis toujours pris par l’enquête. Enfermez-vous. Si la menace persiste, faites le 911. Je vous appelle dès que je peux.

Plutôt que de guetter une réponse, j’éteignis mon portable.

— Regardez ces gyrophares ! s’exclama Carstensen qui contemplait la ville par la vitre de son côté. Ils vont tous en direction de notre point d’atterrissage. Pilote, informez-vous de la situation.

— Entendu.

Je pouvais voir à présent les véhicules de patrouille, cinq en tout, en train de foncer vers l’est et l’océan. La voix du pilote s’éleva dans la radio :

— La police rapporte un meurtre plus des vols avec violence dans le parking souterrain du casino du Tropicana. Trois victimes, trois agresseurs, tous déguisés.

— Bon, cela ne concerne pas notre affaire, fit Carstensen. Déposez-nous sur ce toit.

Je voulus en savoir plus.

— Qu’est-ce qui a été volé ?

— Des passes VIP pour un championnat.

— Ces déguisements, ils étaient de quel style ?

— On ne me l’a pas dit. Mais je vais me renseigner, promit le pilote.

Secoué par les rafales, l’hélicoptère fit un cercle complet avant d’atterrir sur une aire aménagée au sommet du casino de l’hôtel Tropicana. Un vent de mer glacial et piquant nous cueillit à la sortie de l’appareil.

Carstensen s’entretint avec le chef de la sécurité du casino tandis que Ned et moi descendions un escalier et l’attendions en bas. Puis nous parcourûmes à pied quelques centaines de mètres jusqu’au Boardwalk Hall, un célèbre complexe qui héberge toutes sortes d’événements et où se sont déroulés des matchs de boxe historiques.

Ce soir-là, la marquise annonçait en caractères lumineux :

 

E-SPORTS VICTORIOUS

FINALES DU CHAMPIONNAT DU MONDE

 

Chacun présenta son insigne aux vigiles filtrant les entrées, puis Carstensen somma discrètement leur responsable de nous laisser passer et de taire notre présence, sous peine d’arrestation pour entrave à la justice.

Le hall et les couloirs du bâtiment grouillaient de gamers, costumés pour la plupart en avatars des jeux vidéo Victorious, se hâtant tous de gagner leurs sièges.

— La capacité d’accueil est de dix mille cinq cents spectateurs… soupira Ned.

— Il faut circonscrire nos recherches, conseilla Carstensen. On élimine d’office les places premier prix.

Notre trio se divisa. Ned partit au nord, sa supérieure au sud. Quant à moi, je montai aussi haut que possible et débouchai dans la galerie du poulailler. La salle était bien remplie. Du rap beuglait par les enceintes et il régnait une atmosphère festive autour d’un grand ring au centre de la salle, sur lequel étaient disposées six consoles de jeu. Au-dessus tournaient lentement des caméras de télévision fixées à des bras mécaniques.

Je sortis mes jumelles de poche, les braquai sur la scène du fond où commençait à s’installer un orchestre, et étudiai toutes les personnes qui s’y affairaient, sans trouver mon bonheur.

Me rappelant la recommandation de la directrice adjointe d’écarter d’emblée les places les moins coûteuses, je passai en revue les dix premiers rangs devant le ring, les meilleurs sièges. Rien.

J’examinai ensuite la partie de la salle qui était à mon opposé. Des loges privées s’alignaient au niveau inférieur. À ma surprise, elles étaient presque toutes sombres et désertes. Les e-sports n’étaient peut-être pas encore assez renommés pour attirer la clientèle d’entreprise. Quelle qu’en soit la raison, une seule semblait occupée, des lumières y brillaient. Je me déplaçai pour me positionner directement en face, puis levai mes jumelles.

Je vis tout d’abord une femme adossée à la baie vitrée. Elle portait une tenue glamour et une perruque blonde, comme l’avatar Celes Chere. À son côté, de dos lui aussi, un grand gars maigre avec un chapeau texan noir et le genre de manteau très long que mettent les cowboys pour se protéger de la pluie. Une copie conforme de l’avatar Marston.

J’allais me désintéresser d’eux lorsque du mouvement dans la loge accrocha mon regard. Je me décalai de deux pas sur la gauche et reconnus Austin Crowley et Sydney Bronson, les jeunes prodiges fondateurs de Victorious Gaming, ainsi que Philip Stapleton, leur directeur de la sécurité.

Assis au bord d’un fauteuil club, coudes sur les genoux et doigts joints en pyramide, Crowley observait à travers ses épaisses lunettes noires son associé en train de pianoter frénétiquement sur un ordinateur. Stapleton était affalé sur une chaise près de Crowley. Il avait les yeux clos et saignait abondamment d’une blessure à la tête. Debout derrière Bronson se tenait un homme affublé de la robe blanche de l’avatar Gabriel.

Je ne distinguais ce dernier qu’en partie. De plus, le cowboy me cachait son visage.

— Cross ? m’appela le pilote par radio, dans un crépitement de bruits parasites.

— À l’écoute.

— Vous vouliez savoir en quoi étaient déguisés les agresseurs du Tropicana. Un cowboy, un ange et une punk.

Au même moment dans la loge, Bronson levait les yeux de son écran et faisait un signe affirmatif au grand cowboy. Celui-ci se décolla de la baie, traversa la pièce pour le rejoindre, puis s’arrêta devant lui en me tournant toujours le dos. Il prit l’ordinateur des mains de Bronson et quitta la loge.

Si je n’avais pas été placé à cet endroit précis, sans doute n’aurais-je pas remarqué le masque en latex de Gabriel, ni la façon étrange dont pendait son aile gauche, ni ce qui ressemblait à un pistolet dans sa main droite. La vétérinaire et Jared Goldberg mentionnaient dans leur déposition que l’homme-grenouille avait eu le cubitus gauche fracturé par une balle.

Alors que je réglais le grossissement pour m’en assurer, le clone de Celes Chere pivota soudain pour regarder par la vitre le public de plus en plus nombreux.

J’abaissai mes jumelles et activai mon micro, m’efforçant de garder mon calme.

— Ici Cross. J’ai en visuel Bronson, Crowley et Stapleton dans la loge centrale, côté sud de la salle. Sauf erreur, il y a trois tueurs avec eux, dont Kristina Varjan et vraisemblablement l’assassin de Hobbs.

Dans l’attente de consignes, je repris mes jumelles et ce que je découvris me fit sursauter. Varjan, une main en visière pour bloquer la lumière aveuglante des projecteurs, avait les yeux fixés sur moi.