Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)
Chapitre 71
— J’estime que nous avons le devoir de considérer cette hypothèse. Pas vous ?
71.
Samuel Larkin s’est adressé à la nation depuis l’avion présidentiel Air Force One. Il était 21 heures sur la côte Est.
Ned et moi avons suivi l’allocution sur les grands écrans du hangar. À l’approche du discours, les médias rapportèrent que, bravant le couvre-feu de la loi martiale, plusieurs dizaines de milliers de jeunes se rassemblaient dans des lieux publics aux quatre coins du pays, munis de drapeaux américains et de téléphones portables pour écouter Larkin.
Lorsque celui-ci apparut enfin, il affichait une mine grave, sans l’arrogance qu’on lui avait connue par le passé.
« Mes chers compatriotes, je m’adresse à vous en des temps périlleux. Nous avons subi une agression qui vise à déstabiliser notre grande nation. Les assassinats de notre Président, du président de la Chambre des représentants, des ministres des Affaires étrangères et des Finances, et la tentative d’assassinat du ministre de la Défense constituent des actes de guerre contre les États-Unis et son peuple, des actes qui ne resteront pas impunis. »
Ces derniers mots furent prononcés avec tant de véhémence et de résolution que j’avais du mal à l’imaginer participant à un complot pour s’emparer du pouvoir. Il avait néanmoins toujours été un carriériste aux dents longues. Peut-on vraiment changer sa nature ?
Le Président énuméra ensuite les dispositions prises pour identifier les assassins et leurs commanditaires. Il recommanda à la population de garder son calme pendant le déroulement de l’enquête.
« Imposer la loi martiale aux États-Unis est une mesure drastique, j’en suis bien conscient, enchaîna-t-il. Mais je l’estime nécessaire car il nous faut au plus vite contrôler la situation et découvrir qui est notre ennemi commun. Seulement alors aurons-nous les moyens de réagir avec efficacité. En attendant de savoir qui nous attaque, nous ne pouvons que nous cantonner à une stratégie de défense. Jamais je n’ai brigué la fonction présidentielle. Je pensais avoir atteint le sommet de ma carrière comme ministre de la Justice et je suis fier de mon bilan. Mais aujourd’hui que cette tâche m’incombe, je m’engage solennellement à prendre les meilleures décisions possibles pour la survie de notre grande nation et de notre mode de vie. »
Il marqua une pause, eut un léger sourire et hocha la tête. « Bien évidemment, cette promesse ne signifie pas que je ne commettrai aucune erreur ou que vous approuverez toutes mes initiatives. Mais j’assumerai la responsabilité de chacun de mes actes, et s’ils vous paraissent critiquables, je ne vous demande que de me laisser un peu de temps. Il y a une méthode
derrière ma folie . Bonne soirée. Que Dieu bénisse les États-Unis 2
d’Amérique. »
Les écrans devinrent brièvement noirs avant de montrer divers journalistes et commentateurs prompts à soutenir que le pays était « en état de siège » et « se préparait au combat ».
— Tu en as pensé quoi ? m’interrogea Ned.
— À part l’allusion nébuleuse à la méthode derrière sa folie, j’ai trouvé son discours plutôt rassurant. Il me donne l’impression de vouloir agir conformément à ses promesses.
Ned porta son regard vers les téléviseurs où l’on rediffusait certains passages du discours.
— Puisses-tu avoir raison, Alex. Parce que si tu as tort, le peu de confiance que les gens accordent encore au gouvernement s’évaporera et Dieu seul sait ce qui s’ensuivra. Des émeutes, le chaos. L’anarchie.
— Sauf si on attrape le cerveau qui a manigancé tout ça.