Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)
Chapitre 60
Deux heures environ après l’attentat contre le président Hobbs, je décollai avec Ned Mahoney du toit du siège du FBI dans un hélicoptère à destination de Joint Base Andrews, anciennement nommée Andrews Air Force Base.
En contemplant la capitale de la nation, je vis des tanks flanquer les ponts et des soldats en armes se poster à chaque extrémité. Des policiers et des agents fédéraux fouillaient tous les véhicules quittant Washington. Depuis le temps que je vivais là, jamais je n’avais assisté à un tel déploiement de forces, même après le 11-Septembre.
Les médias dépeignaient une population au bord de la panique. Apparemment, les magasins d’alimentation et les armureries étaient dévalisés. Les gens avaient peur et désespérément besoin de savoir ce qui se passait.
— On va choper celui qui a tiré sur le président et sur le ministre de la Défense, affirma Ned, interrompant mes pensées moroses. Même si aucune caméra ne l’a filmé en flagrant délit.
— Krazy Kat va sûrement pouvoir nous dégoter quelque chose, dis-je.
Ned fit la grimace.
— Fallait-il vraiment faire appel à lui ?
— Rawlins est le meilleur dans son domaine, rappelai-je. Pour moi, il est notre seule chance de mettre rapidement un visage sur le tueur.
En bougonnant, l’agent spécial se replongea dans l’écran de son téléphone. Comme nous volions au-dessus de mon quartier, j’essayai d’apercevoir ma maison tout en me demandant quand j’y retournerais. Je fermai les yeux et priai pour que cela soit le plus tôt possible.
À la base aérienne, notre appareil se posa non loin du Marine One, l’hélicoptère présidentiel. L’Air Force One était également là, mais il me semblait différent en grandeur nature. Il y avait trois autres Boeing E-4 identiques, tous anonymes, stationnés sur le tarmac avec dix avions de chasse et une demi-douzaine de jets privés.
Des militaires armés contrôlèrent nos papiers d’identité. Partout où se portait le regard, des soldats et des officiers en tenue de combat.
Pour la première fois, j’eus le sentiment que cette nation pouvait bel et bien être en guerre.
Ma génération d’Américains n’avait pas connu d’assassinat politique. Et aucun complot de cette ampleur n’avait jamais marqué l’histoire des États-Unis.
J’en fus secoué. Au sens propre. Je comprenais soudain pourquoi mes concitoyens étaient en proie à l’affolement. Personne ne savait qui avait fomenté cette attaque, ni pour quelle raison, et encore moins ce qui pouvait encore survenir. Cette appréhension et cette incertitude suffisaient à pousser les gens à bout, et je m’attendais à entendre sous peu parler de pillages et d’émeutes.
Un soldat nous mena jusqu’à un hangar assez vaste pour contenir un ou deux avions-cargos C-130. Pendant que nous traversions l’immense espace, j’inspectai mon habillement ; très ordinaire, il ne convenait pas vraiment à une rencontre avec le Président, même en ces circonstances. Nana Mama en serait consternée.
Notre escorte s’arrêta à une porte ouverte et s’effaça devant nous. Je suivis Ned dans une grande pièce comportant six longues tables rectangulaires.
Parmi la vingtaine de personnes assises, j’en reconnus plusieurs au premier regard. À l’extrémité d’une des tables, Samuel Larkin, le Président par intérim, était entouré d’un petit groupe : Sanford, le directeur du FBI, le général Hayes, la ministre de la Sécurité intérieure Elaine Monroe, et Felix White, l’homme à la tête de la CIA.
En observant mieux leurs voisins à la mine décomposée, je me rendis compte que c’étaient pour la plupart les membres survivants de l’exécutif. Le juge John Watts, président de la Cour suprême, se trouvait là également. Ainsi que les chefs des deux grands partis dans les deux chambres du Congrès.
— Pour l’amour du Ciel, qu’est-ce que je fiche ici ? murmurai-je à Ned.
— Je me demandais la même chose, chuchota-t-il.
— Mahoney, Cross ! nous héla le directeur du FBI en nous faisant signe d’approcher.