Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

James Patterson · Chapitre 70 sur 101

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Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

Quatrième Partie - Chasse à L'homme

QUATRIÈME PARTIE

 

CHASSE À L’HOMME

 

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74.

 

Un claquement de porte me réveilla en sursaut samedi matin.

Désorienté, encore dans le brouillard, je vis Ali se ruer vers moi et fondre en larmes.

— P’pa ! balbutia-t-il. On va tous mourir !

Je me mis sur mon séant, les yeux chassieux, surpris d’être habillé. Cela me revint : rentré après 3 heures, je m’étais écroulé dans le lit à côté de ma femme. Celle-ci s’arrachait à peine au sommeil. Quant à mon fils, il sanglotait, le visage déformé par la détresse.

— On va tous mourir, papa !

— Du calme, dis-je en réprimant un bâillement. De quoi parles-tu ?

— C’est ce qu’on raconte aux infos, insista-t-il. Larkin, il a fait quelque chose contre la Russie, la Chine et la Corée du Nord. Ça va être la guerre, et même, genre, avec des bombes atomiques !

— Quoi ? fit Bree en se redressant brusquement.

J’étais déjà debout. Je soulevai Ali et descendis avec lui dans la cuisine où se trouvaient Nana Mama, en robe de chambre, et Jannie, en survêtement de l’Oregon University. Captivées par la télévision géante de l’extension, elles écoutaient un expert supputer que l’on était au bord d’un conflit mondial.

Ma grand-mère se tourna vers moi, le teint gris.

— Ça recommence comme pendant la crise des missiles à Cuba, Alex.

— Qu’est-ce qui est arrivé ? demanda Bree, qui nous avait rejoints.

— Larkin a attaqué Moscou et Pékin, expliqua Jannie.

— Oh non ! m’écriai-je, épouvanté. Des missiles ?

— Non, corrigea Ali. Des cyberattaques, papa.

Nana Mama enchaîna :

— Larkin a ordonné aux informaticiens de la CIA de pirater le réseau électrique de ces villes et de le couper pendant dix minutes. Pareil pour la capitale de la Corée du Nord.

— Pyongyang, précisa Ali.

— On a les moyens de les priver d’électricité ? s’étonna Bree.

— On vient juste de le faire, dit Jannie.

À l’écran apparut le Président Larkin à bord d’Air Force One.

Il fixa la caméra d’un air résolu et déclara : « Aux autorités russes, chinoises et nord-coréennes, j’adresse un message simple : si vous persistez à pirater nos systèmes, nous serons contraints de réagir à une échelle plus importante que ce que nous vous avons déjà fait subir ; si vous envoyez des missiles, notre riposte sera immédiate et d’une puissance dévastatrice. Vous êtes prévenus. »

L’écran devint noir une seconde, puis le journal matinal reprit avec la présentatrice, manifestement décontenancée. Habituée à des sujets plus routiniers, elle resta un instant sans voix, avant de craquer en direct : « À quoi bon poursuivre cette émission ? Des bombes nucléaires ciblent peut-être Washington où je me trouve, tandis que le Président, depuis son avion qui le mène on ne sait où, est en train de déclencher la Troisième Guerre mondiale ! »

— Tu vois, p’pa ? bredouilla Ali, pris d’une nouvelle crise de larmes. Faut qu’on s’en aille d’ici !

— Ce n’est pas possible. La ville est toujours bouclée pour permettre d’appréhender l’assassin du président Hobbs.

— Non, papa, me contredit Jannie, qui pleurait à son tour. On pense qu’il est mort.

— Quoi ? fit Bree, dépassée par les événements.

Nous avions tous deux dormi moins de cinq heures, mais le monde avait totalement basculé durant ce court intervalle.

À la télévision, on aidait maintenant la malheureuse journaliste à quitter le plateau ; son coprésentateur semblait fortement tenté de l’imiter. Ma grand-mère baissa le volume.

— Il nageait dans la Rock Creek en combinaison de plongée, nous informa-t-elle. Des sans-abri qui vivent sous le pont de Virginia Avenue l’ont aperçu alors qu’il essayait de fuir par le Potomac. Des soldats en faction à la base nautique Thompson ont ouvert le feu avec des mitraillettes. Sa mort ne fait guère de doute. Ils sont en train de draguer le… Regardez !

Elle augmenta le son. La chaîne diffusait à présent des images filmées par une caméra depuis Virginia Avenue, le centre nautique au premier plan. La police fluviale et les garde-côtes sillonnaient le Potomac à la recherche d’un cadavre.

— On s’en fiche de lui ! piailla Ali, qui s’était pelotonné contre moi. Les Russes vont nous balancer leurs bombes atomiques, ou les Chinois ! C’est sûr, hein ?

Sentant son petit corps trembler de frayeur, je le serrai fort et l’embrassai sur le front.

— Personne ne souhaite une guerre de ce genre. Pas même nos pires ennemis.

— Alors pourquoi le Président leur a coupé la lumière ?

— Parce que ces pays nous ont attaqués à la suite des assassinats. Pour nous tester, voir si nous étions vulnérables. Le Président Larkin leur a prouvé que non.

— J’ai peur, p’pa, geignit mon benjamin.

— Les choses vont s’arranger. Je te le répète, personne ne veut d’un tel conflit. Il faut faire confiance à…

— Mais dès qu’on aura le droit, on pourra partir, tu promets ?

Je me tournai vers Bree.

— Ce ne serait pas une mauvaise idée que Nana Mama et les enfants aillent chez mon père en Floride, le temps que la situation s’apaise.

— Quoi ? protesta Jannie. Pas question, papa. La saison d’athlétisme de printemps va démarrer.

— D’ailleurs, comment se rendrait-on là-bas ? objecta ma grand-mère. Il n’y a ni avions, ni trains.